Le rêve européen de Macron vire au tour de vis sécuritaire

Mark Rutte, Angela Merkel et Emmanuel Macron [@consilium]

Le rêve européen d’Emmanuel Macron s’est heurté à un mur d’enjeux politiques nationaux lors du Conseil européen. La droitisation de l’agenda européen contrarie les réformes de fond.

Macron le dénonçait déjà durant ses meetings de campagne. Pourtant, une fois de plus, c’est l’actualité immédiate qui a eu raison du contenu du sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles les 28 et 29 juin. Une rencontre censée traiter en priorité les questions économiques  chères au président français qui souhaite accélérer l’intégration au sein de la zone euro.

Le rendez-vous pour la réforme de l’Union économique et monétaire avait été donné il y a un an. L’engagement pour la création d’un budget de la zone euro a aussi été repoussé au mois de décembre prochain. Même le projet de « backstop », ou filet de sécurité, nécessaire pour mettre en œuvre l’union bancaire est repoussé à la fin de l’année. Côté Brexit, faute de proposition côté britannique, la discussion a duré…5 minutes. Seul le sujet défense peut être une source de satisfaction pour le président français : en un an, une structure de coopération permanente a été mise en place, ainsi qu’une initiative d’intervention commune à 9 pays.

La politique allemande risque de faire trébucher la réforme de la zone euro

France et Allemagne se retrouvent le 19 juin à Berlin pour un sommet préparatoire au Conseil européen de la fin du mois. Les deux pays conservent des positions divergentes sur l’économie.

 

Élu il y a un peu plus d’un an, Emmanuel Macron qui a suscité un espoir chez les europhiles de tout le continent a néanmoins tenu à être à la manœuvre, quitte à mettre en place un compromis peu conforme aux valeurs européennes. Et en donnant des gages aux europhobes.

Alors que le sujet migration est déjà une des ombres de son bilan en France, la position dure de la France étant très critiquée par les ONG et la gauche française, le président français s’est jeté dans la mêlée à Bruxelles, y compris en permettant à la droite dure au pouvoir en Italie d’obtenir gain de cause.

La France a notamment choisi de soutenir le président du Conseil des ministres italien dès le départ, insistant sur la nécessité de montrer de la solidarité avec l’Italie, et ce malgré les positions très dures anti-migrants et anti-Roms répétées par le ministre de l’intérieur italien.

France et Italie ont donc œuvré ensemble à une proposition permettant de faire monter chacun à bord : celle de centres fermés, d’interventions croissantes en Afrique dans les pays de départ, et d’un engagement pour réviser le règlement de Dublin à moyen terme.

Conte et Macron lissent leurs différends après la tempête

Réunis à Paris, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte, le nouveau président du conseil des ministres italien, ont fait montre d’amitié et de coopération après une semaine de déclarations acides au sujet de l’Aquarius.

 

Solidarité préservée ?

« La solidarité a été préservée », assure-t-on côté français. Plusieurs interruptions de séance et mini-crises ont fait durer les négociations jusqu’aux petites heures du matin, entre jeudi et vendredi. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a aussi tenté de bloquer momentanément les conclusions, et la France a aussi dû apaiser les craintes des pays de Visegrad en acceptant de les exempter de leur devoir d’accueil des migrants.

Les propositions les plus radicales suggérées par les pays de l’Est, et le président du Conseil de l’UE Donald Tusk, n’ont pas été totalement rejetées.

Les pays de l'Est pourraient payer pour éviter d'accueillir des réfugiés

Longuement débattue mais autrefois taboue, l’idée de faire payer les pays refusant d’accueillir les réfugiés semble la seule porte de sortie face au blocage de la répartition des migrants.

 

Ainsi l’idée de « plateformes » enfermant des migrants au sud de la Méditerranée a été retenue, dans une formulation floue.

Et des « centres contrôlés » dans les pays de première entrée retiendront bien les migrants. Un projet rapidement dénoncé par le Haut Commissariat aux réfugiés, tant sa légalité semble fragile : les règles internationales et nationales de l’asile encadrent strictement les possibilités de privation de liberté

Il reste aussi un débat sur la localisation de ces « centres contrôlés » prévus sur le papier dans les conclusions du Conseil. La France estime que les signataires de l’accord, s’ils sont des pays de première entrée, acceptent de facto de monter ces centres sur leur territoire. C’est déjà le cas de la Grèce et de l’Espagne, mais l’Italie ne le confirme pas pour l’heure, au contraire.

Le psychodrame européen sur la migration se termine par un accord

Après de longues tractations nocturnes, perturbées par la détermination du président du Conseil italien, les dirigeants européens ont fini par conclure un accord sur l’immigration vendredi à Bruxelles.

Enfin la révision du règlement de Dublin qui régit les règles d’asile a été évoquée et sa refonte repoussée à décembre. « Alors que l’Autriche ne voulait pas en entendre parler », précise-t-on côté français.

Ombre finale au tableau, la relation franco-allemande semble en avoir pris un coup. Pour la première fois depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, les deux chefs d’État n’ont pas fait de conférence de presse en commun à l’issue du Conseil européen. Et surtout, la chancelière a assuré que le sujet du budget de la zone euro n’avait même pas été évoqué lors des discussions sur les questions économiques, qui évoquent le renforcement du mécanisme de stabilité mais relèvent d’un manque d’ambition patent pour la zone euro. Le rêve européen de Macron semble manquer d’adhérents pour se concrétiser.

Coup de frais sur la relation entre Paris et Berlin

Ni Berlin ni Paris ne sont prêts à reconnaître officiellement le rafraîchissement de leur relation. Mais l’absence totale de concession du nouveau gouvernement allemand crispe clairement côté français.

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