Le sommet européen s’ouvre dans l’ombre Juncker

Sommet européen - Ypres - 26 juin 2014

Herman Van, David Cameron, Francois Hollande, Angela Merkel et Donald Tusk au sommet européen - Ypres - 26 juin 2014 ©European Union

Les dirigeants européens se sont retrouvés à Ypres pour le coup d’envoi du sommet européen et la cérémonie du centenaire de la Première Guerre mondiale, avant d’entamer les hostilités sur le futur président de la Commission européenne à Bruxelles.

Le premier ministre britannique David Cameron a tout fait, depuis les élections européennes du 25 mai, pour éviter que le démocrate-chrétien Jean-Claude Juncker ne soit nommé.

Mais il a été lâché par tous ses alliés, à l’exception du Hongrois Viktor Orban, y compris par ceux qui dénoncent un coup d’État institutionnel puisque l’ancien Premier ministre luxembourgeois est sur le point d’être désigné à la faveur de sa nomination par les députés de centre-droit.

David Cameron a refusé toutes les mains tendues et fait du rejet de ce candidat trop fédéraliste et pas assez neuf à ses yeux une question de principe, encouragé en cela par la poussée des souverainistes de l’Ukip lors du scrutin européen.

>>Retrouvez l’actualité du sommet européen en direct : Juncker sera-t-il le président de la Commission ?

« Je pense que ce sera mauvais pour l’Europe. Je pense qu’ils font une erreur », a-t-il dit dans des propos diffusés par son entourage, se disant prêt à défendre sa position à Bruxelles. « Ils renoncent au droit des chefs d’État et de gouvernement à choisir le président de la Commission, c’est une erreur. »

Il a réitéré sa volonté de renégocier les conditions de l’appartenance de son pays à l’UE avant un référendum sur son maintien dans le groupe des Vingt-Huit d’ici 2017.

>> Lire : Les diplomates européens comprennent difficilement la stratégie de Cameron

Le sommet a débuté sur un symbole de réconciliation, David Cameron, la chancelière allemande Angela Merkel et François Hollande se tenant côte à côte à la Porte Ménin, à Ypres, où sont tombés 50.000 soldats du Commonwealth il y a un siècle.

La joute européenne, elle, n’a pas été au centre du débat qui a animé le dîner. Elle reprendra vendredi 27 juin par un vote à la majorité qualifiée qui fera très probablement de Jean-Claude Juncker le candidat désigné et de David Cameron un dirigeant isolé.

Garder le Royaume-Uni dans l’UE

Le Britannique a lui-même demandé ce vote pour ne pas renter à Londres en ayant donné l’impression d’abandonner. Certains, comme le président français, ont tenté de minimiser l’affrontement jeudi à son arrivée en Belgique.

« S’il y a une demande d’un vote, je suis pour le vote », a dit François Hollande en marge de la réunion du Parti socialiste européen (PSE), rappelant que les sociaux-démocrates voulaient d’abord peser sur le programme de l’UE pour cinq ans.

« Il ne s’agit pas d’un choix qui va déterminer, pour un pays, son avenir, ce qui justifierait un veto (…) Ce qui compte, c’est la personne bien sûr, mais surtout les orientations qui vont être définies, le mandat qui va être confié au président de la Commission européenne. »

Sur ce plan, le projet de conclusions du sommet laissait à penser que le centre-gauche, emmené par le président du Conseil italien Matteo Renzi, allait obtenir satisfaction.

Souplesse du pacte budgétaire européen

Le document fait état d’un accord entre dirigeants pour user au mieux des souplesses offertes par le pacte de stabilité afin de soutenir la croissance, en prenant en compte les réformes structurelles dans l’évaluation des politiques budgétaires.

Si le projet ne ravit pas l’Allemagne, même si Angela Merkel a toujours dit qu’il fallait utiliser toutes les flexibilités déjà prévues par le pacte de stabilité, la présidence française se montrait jeudi 26 juin relativement optimiste sur le contenu du document final.

Les conseillers étaient encore en train de finaliser les termes du document, tard dans la soirée, d’autant que l’Italie a demandé un langage très clair, selon des sources italiennes.

David Cameron n’a pas cherché la confrontation sur ce sujet puisqu’il est, lui, concentré sur le dossier de Jean-Claude Juncker.

Or tous les Européens, s’ils veulent avancer vite sur les personnes – un Conseil européen semble s’organiser pour le 17 juillet afin d’évoquer les noms des commissaires appelés à prendre leurs fonctions le 1er novembre -, ne veulent pas isoler totalement le Royaume-Uni.

Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, qui a tardé à soutenir Jean-Claude Juncker parce qu’il s’opposait à la prise de pouvoir des parlementaires, l’a rappelé jeudi.

« Nous sommes tous responsables, désormais, du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne », a-t-il dit. « Je ferai tout ce que je peux pour que les Britanniques restent dans l’UE. »

Les élections européennes du 22 au 25 mai étaient les premières tenues dans le cadre du traité de Lisbonne.

Le traité de 2009 prévoit que le Parlement européen élise le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE). Cette disposition s'applique pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

Le Parti populaire européen (PPE- centre droit), dont la tête de liste Jean-Claude Juncker est le prétendant à la succession de José Manuel Barroso, a remporté le plus grand nombre de sièges au sein du Parlement européen, faisant de lui le candidat naturel au poste de l'exécutif européen.

Mais le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a mis en garde contre des attentes qui ne peuvent être satisfaites.Les dirigeants européens sont divisés sur la question également. Le premier ministre britannique, David Cameron, est par exemple fermement opposé à la candidature du Luxembourgeois.

>> Lire notre LinksDossier : hautes fonctions européennes : à qui le tour ?

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