Le sommet pour l’emploi à Milan veut débloquer une mécanique grippée

Protest

Manifestations contre le chômage à Madrid en avril 2013. [Popicinio/Flickr]

Les chefs d’Etat européens souhaitent débloquer concrètement les 6 milliards d’euros promis en 2013 pour  l’emploi des jeunes. Le sommet s’attaquera aussi à la pérennisation du dispositif sur le long terme.

Une vingtaine de chefs d’État se réunissent mercredi 8 octobre à Milan pour tenter de faire avancer les projets de l’UE sur l’emploi. Une tâche compliquée, qui ne manque pourtant pas de volonté politique.

C’est en effet la troisième fois que les ténors européens se réunissent au chevet de ce que Jean-Claude Juncker a appelé le 29ième État de l’Union européenne : le chômage. Après Berlin à l’été 2013, puis Paris en novembre 2013, une somme de 6 milliards d’euros a été débloquée sur 2 ans, 2014 et 2015, pour répondre fissa au problème de l’emploi des jeunes, un sujet identifié comme prioritaire à l’unanimité. Mais la réponse peine à se mettre en place.

Seulement 1 % des fonds versés la première année

Un an plus tard, l’objectif premier de ce nouveau sommet est d’ordre technique : il s’agit de débloquer les fonds, concrètement. Car la mécanique d’allocation des fonds européens s’avère inadaptée à ce projet pour l’emploi prévu sur 2 ans.

« Les fonds pour l’emploi obéissent aux mêmes règles que les autres fonds européens, ce qui veut dire que seulement 1 % sont débloqués la première année. Il faut imaginer une solution pour contourner cela, par exemple des prêts relais pour financer les projets, qui seront remboursés ensuite par le budget européen» explique-t-on à l’Élysée. 

La France évalue sa propre enveloppe issue directement du budget européen à 400 millions d’euros, pour 11 régions métropolitaines et 5 DOM, des lieux où le chômage des jeunes dépasse les 25 % de la population. L’État et les régions doivent théoriquement se répartir cette manne ; mais pour 2014, les fonds ne sont pas encore disponibles.

Alors que les idées ne manquent pas. Au niveau étatique, les fonds seront répartis entre les missions locales pour l’emploi et Pôle Emploi, mais serviront aussi à la montée en puissance du service civique, qui concerne 35.000 jeunes en France en 2014. Le projet est d’augmenter le service civique de 9000 postes. Et d’arriver, en 2015, à aider 50.000 jeunes, contre 10.000 pour l’heure.

« Soit on arrive à lever la règle en question, soit on trouvera des solutions françaises, mais il faut que les projets démarrent » avance-t-on à l’Élysée. D’autres pays pâtissent encore plus que la France de cette situation. En Espagne, où le chômage des jeunes atteint un niveau record, le pays pourrait théoriquement prétendre à un financement de 1 milliard d’euros. Une somme dont le pays ne pourrait de toutes façons pas disposer, quand bien même la règle des 1 % était levée : comme 24 autres pays européens, l’Espagne n’a pas vu encore son plan national approuvé.

3 programmes nationaux approuvés sur 28

En effet, à  ce jour, le programme est aussi en retard parce que les projets nationaux doivent être visés par la Commission. Et à ce jour,  seulement 3 pays sur 28 ont vu leurs plans approuvés : la France en premier, puis l’Italie et la Lituanie.

>>Lire aussi : Le coup de pouce européen pour l’emploi des jeunes

La Commission européenne a tapé du poing sur la table, mardi 7 octobre, en pointant du doigt la responsabilité des Etats dans la lenteur du programme.

« A l’heure où l’on discute de nouvelles façons de promouvoir l’investissement, notre priorité doit être d’utiliser les fonds qui ont déjà été mobilisés pour l’emploi, l’apprentissage, la formation, ou l’aide à la recherche d’emploi, notamment pour les jeunes » a souligné le président de la Commission européenne, Manuel Barroso, dans un communiqué. « Pour que cela se concrétise, il faut que les Etats membres répondent à leurs engagements budgétaires » a-t-il insisté.

Pérenniser les fonds

En plus de lever ces deux blocages, le troisième objectif de ce sommet est de pérenniser les fonds : 6 milliards d’euros ont été débloqués sur 2 ans, l’Italie et la France souhaitent désormais qu’ils passent à 20 milliards d’euros.

La question du « plan Juncker » de 300 milliards d’euros sera donc nécessairement abordée, afin que le plan d’investissement aborde au mieux la question de l’emploi. Même si le casting n’est pas le bon pour une telle discussion : le futur homme fort de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ne doit pas participer à ce sommet. Ce qui en limite de facto sa portée.

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février 2013 du lancement de l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 8 milliards d'euros - dont 6 milliards dès février - en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et le restant serait disponible pour la durée du cadre financier pluriannuel sur sept ans.

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation.

  • 8 octobre: Sommet européen pour l'emploi -  Milan

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