Les leaders européens se rapprochent d’un accord au quatrième jour des négociations

Une réunion des « frugaux ». De gauche à droite : Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais ; Sebastian Kurz, le chancelier autrichien ; Sanna Marin, la Première ministre finlandaise ; Stefan Löfven, le Premier ministre suédois ; et Mette Frederiksen, la Première ministre danoise. [Union européenne]

Les dirigeants de l’UE se rapprochent d’un compromis sur le nouveau budget à long terme et le fonds de relance post-coronavirus à plusieurs milliards d’euros. Dans l’après-midi de ce lundi 20 juillet, ils entameront leur quatrième journée de pourparlers.

Après des heures de réunions bilatérales qui ont commencé dimanche à minuit, le président du Conseil européen, Charles Michel, a fixé l’interruption des discussions à six heures du matin. Depuis le début du sommet, les États membres sont parvenus à rapprocher leurs positions, mais elles restent très divergentes.

Charles Michel présentera sans doute une nouvelle proposition qui rééquilibrera la part des subventions et des prêts, à la demande des « quatre frugaux » (les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark, la Suède). Selon plusieurs sources diplomatiques, les 500 milliards d’euros de subventions pourraient être abaissés à 390-400 milliards d’euros.

Reste à savoir si le montant total s’élèvera à 750 milliards d’euros, avec 360 milliards d’euros de prêts. Un nouveau cadre de négociation serait en cours de préparation.

L’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce demandent un plan de relance plus ambitieux, qui soit assez puissant pour redresser leurs économies affaiblies par la crise sanitaire et le confinement.

L’UE fait face à la pire récession de son histoire. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la production économique devrait chuter de 8,3 % dans l’ensemble de l’Union, et jusqu’à 10 % dans les pays les plus durement touchés.

Questions en suspens

Autre pomme de discorde lors des pourparlers du week-end : la gouvernance du plan de relance.

Les États membres doivent présenter une série de réformes nationales qui s’alignent sur les recommandations formulées pour chaque pays par la Commission. L’exécutif analysera ensuite ces propositions de réforme, puis le Conseil européen décidera ou non de débloquer les fonds sur la base de cette évaluation.

Si le vote à la majorité qualifiée est maintenu pour les décisions sur les plans nationaux, les dirigeants européens se monteraient prêts à accepter le « frein d’urgence » demandé par les Pays-Bas.

Par ce mécanisme, tout État membre qui douterait sérieusement de l’utilisation des fonds et du respect des engagements pourrait faire part de son inquiétude à l’Eurogroupe ou au Conseil européen. Les flux de trésorerie se retrouveraient ainsi gelés jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise.

Si le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a été le seul à réclamer un système de contrôle plus strict, il a reçu le soutien des trois autres « radins »  et de la Finlande. Ces derniers se sont battus avec acharnement pour limiter le fonds de relance et ont exigé des rabais plus importants de leurs contributions au budget de l’UE.

Pour l'ambassadeur d'Italie auprès de l'UE, l'argent de la relance n'est pas un cadeau

Selon Maurizio Massari, le fonds de relance de 750 milliards d’euros proposé par l’UE ne doit pas être considéré comme un cadeau aux États membres, mais comme un instrument destiné à financer notamment le verdissement et la numérisation de l’économie européenne.

À l’issue des discussions de ce week-end, le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a affirmé que « des négociations difficiles [avaient] pris fin » et s’est dit « très heureux du résultat ».

Toutefois, l’attitude des quatre frugaux mettrait les autres États membres mal à l’aise — en particulier la France et l’Allemagne, qui ont tenté de jouer les médiateurs au cours des pourparlers et craignent aussi que la position des quatre radins ne porte préjudice à un soutien financier vital.

À la fin de la réunion, le Premier ministre slovène, Janez Janša, a déclaré que les dirigeants étaient « un peu plus proches de l’accord », mais de façon « un peu moins » solidaire. Il a aussi souligné que la question des rabais était en suspens. « Avec quelques innovations, cependant, il s’agit peut-être de la proposition finale » de budget à long terme et « un outil suffisamment solide pour la relance de l’UE », a-t-il dit.

Les quatre derniers jours de pourparlers ont été presque entièrement consacrés à la taille du plan de sauvetage et à la part des subventions et des prêts.

Quant aux autres questions en suspens, comme le lien entre l’octroi des fonds et le respect de l’État de droit et des engagements climatiques, une source diplomatique a indiqué que certains dirigeants européens espéraient voir ces objectifs se concrétiser une fois le consensus sur le plan de relance établi.

La tension monte

Les dernières heures ont été marquées par une intensification des tensions entre États membres, ouvertement exprimées par ceux-ci. Pour le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, les négociations opposent « la grande majorité des pays » qui « défendent le projet européen » aux « soi-disant frugaux ».

D’après une source européenne, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, ont même menacé de quitter les pourparlers si les obstacles pour parvenir à un accord persistaient — ce qui a finalement poussé les quatre radins à faire des compromis.

La réunion a duré si longtemps que le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a eu le temps de rentrer chez lui pour une réunion d’urgence, car les cas de COVID-19 n’ont cessé d’augmenter au cours des dernières semaines dans le pays. Une piqûre de rappel qui vient souligner que la pandémie, qui a coûté la vie à environ 130 000 personnes en Europe, est loin d’être terminée.

Lors d’une conférence de presse après la réunion, Xavier Bettel a affirmé que « rarement, en sept ans », il avait vu « des positions aussi diamétralement opposées sur autant de points ».

À Berlin, Conte rappelle que le temps presse pour l’adoption des mesures d’aide de l’UE

Cinq jours avant un sommet européen consacré au budget européen et au fonds de relance, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a rencontré Angela Merkel à Berlin. Tous deux plaident pour qu’un accord soit conclu à la fin de la semaine. Un article d’Euractiv Allemagne.

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