L’Europe globalement insatisfaite avant son sommet avec la Chine

epa07464114 Le président français Emmanuel Macron (2e à droite), la chancelière allemande Angela Merkel (à droite), le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (2e à gauche) et le président chinois Xi Jinping (à gauche) avant leur réunion au palais présidentiel de l'Élysée à Paris, France, le 26 mars 2019. [EPA-EFE/Thibault Camus / POOL]

L’Union européenne serait prête à refuser de signer une déclaration conjointe lors de son prochain sommet bilatéral avec la Chine, le 9 avril.  Les Européens voudraient que le géant asiatique s’engage davantage pour l’économie, le commerce et les droits de l’Homme.

Les négociations avec les hauts-représentants chinois pour l’élaboration d’une proposition de déclaration conjointe ont été « lentes et compliquées », à en croire le compte-rendu d’une réunion des 28 ambassadeurs européens, à l’approche d’un sommet UE-Chine le 9 avril.

L’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède et la Belgique ont refusé de signer la déclaration finale tant que la formulation du texte n’était pas entièrement revue. Les États membres ont également souhaité inclure une réforme des règles de l’OMC afin de réduire les subventions et les transferts de technologies forcés vers la Chine et demandé l’élimination de tous les obstacles aux investisseurs européens en Chine. Un point de vue partagé par les représentants de l’UE et d’autres délégations nationales.

Le compte-rendu de la réunion des ambassadeurs traduit un changement d’attitude des Européens après des années de promesses et d’engagements non tenus du côté chinois. Dans un document récent approuvé par les dirigeants de l’UE en mars, la Commission européenne qualifiait Pékin de « rival systémique » et de partenaire, soulignant que la Chine avait accru son poids économique et technologique sur la scène mondiale.

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L’ère du changement ?

Ce ne serait pas la première fois qu’un sommet EU-Chine se conclut sans déclaration conjointe, comme cela avait été le cas en 2016 et en 2017. Des hauts-représentants allemands ont toutefois jugé que cette fois-ci était « différente » en raison du contexte géopolitique actuel et de la guerre commerciale qui oppose la Chine aux États-Unis.

Dans le même ordre d’idées, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré que la Chine aurait « gros à perdre » si aucune déclaration n’était signée, faisant référence aux efforts de l’UE en matière de coopération pour le développement de la téléphonie mobile de nouvelle génération (5G). L’échec de la signature affecterait particulièrement le géant de la technologie Huawei, mis en quarantaine par les autorités américaines ainsi que par d’autres gouvernements.

Le président du Conseil a également défendu l’importance de l’adoption d’un « langage convaincant au sujet des droits de l’Homme » dans le communiqué final du sommet.  Pékin n’a toutefois pas encore abandonné et est prêt à avancer sur un accord d’investissement et sur un texte distinct pour la protection des indications géographiques des produits alimentaires. La Chine voudrait utiliser cet argument pour faire bonne figure au sommet, mais les Européens considèrent que ce n’est pas suffisant. Un porte-parole de la mission de la Chine à l’UE a refusé tout commentaire à ce sujet.

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Barrières au commerce

Les Européens sont « particulièrement inquiets » du refus de la Chine à supprimer les barrières au commerce ainsi que de son attitude réfractaire pour réduire les subventions et les transferts de technologie forcés.

La Commission a non seulement noté une absence d’efforts en ce qui concerne ces points cruciaux, mais également une régression sur d’autres questions. Par exemple, Pékin a refusé toute référence à un « ordre international fondé sur des règles », qui figurait pourtant dans la déclaration signée l’an passé.

La Chine s’oppose également à toute référence d’une extension du mandat du Forum mondial de la sidérurgie, qui vise à revoir les subventions accordées à Pékin dans ce secteur. Le mandat de cet organisme, créé pour remédier à la surproduction d’acier, qui concerne particulièrement la Chine, arrive bientôt à échéance.

« Certains efforts ont été faits sur les indications géographiques et l’accord d’investissement, mais pour le reste de nos demandes, nous sommes aux antipodes », a résumé un diplomate.

Pourtant, même sur ces deux points moins problématiques, les Européens demeurent profondément insatisfaits. La Chine aimerait réduire de 100 à 79 le nombre d’indications géographiques reconnues qui seraient signées au sommet et s’est engagée à traiter le cas de 21 indications restantes lors des six prochains mois.

Les Européens sont farouchement opposés à cette solution et voudraient que toutes les questions relatives aux indications géographiques soient traitées avant la signature de l’accord.

En ce qui concerne « l’Accord global sur l’investissement », aucune date n’est prévue pour la conclusion des négociations, malgré une décennie de pourparlers. Les négociateurs de l’UE voulaient fixer la date butoir à 2020.

Seul le chapitre du texte relatif aux affaires étrangères et notamment à l’Iran et à l’Afghanistan a pleinement satisfait les Européens.

Marchés publics

La France et l’Allemagne sont les pays qui ont voulu resserrer les vis dans d’autres parties du texte, notamment en ce qui concerne l’accès de l’Europe au marché public chinois. Paris veut à tous prix inclure une référence aux marchés publics dans le texte final du sommet.

La France souhaite un meilleur accès aux marchés publics des pays tiers, notamment celui de la Chine. Le gouvernement français veut aussi garder une référence au renouvellement de mandat du Forum mondial sur la surcapacité sidérurgique.

Berlin veut aussi inclure une référence aux normes internationales et aux exigences de transparence de l’initiative « Nouvelle route de la soie » de la Chine. Le projet massif d’infrastructure chinois a récemment mis Rome en porte-à-faux puisque l’Italie est la première nation du G7 à le rejoindre.

L’Italie a tenté de dissiper les tensions en assurant que le pays travaillait avec d’autres États membre pour forger une position européenne dans le cadre du Forum qui aura lieu à Pékin ce mois-ci sur la Nouvelle route de la soie. Rome a par ailleurs conseillé à la Commission européenne d’envoyer un vice-président à cet événement.

Rome a aussi accepté de ne pas signer la déclaration commune si le texte préliminaire n’était pas amélioré.

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