Les ambassadeurs européens optimistes pour 2012

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

 
Si 2011 fut une annus horribilis, les ambassadeurs de l’UE espèrent que les actions à venir rétabliront la confiance dans l'Union des Vingt-sept, enrayeront la crise de la dette souveraine qui gangrène l’Union et feront de 2012 une annus mirabilis.

Quand il s'agit d'évoquer les priorités pour 2012, les ambassadeurs européens rechignent à parler de l'avenir immédiat, qu'ils considèrent comme trop volatile.

Ceux qui se hasardent toutefois à faire la lumière sur les grandes inconnues de 2012 s'accordent sur la situation critique du budget européen accablé par la crise de la zone euro et les mesures d'austérité, tout en soulignant que ces mesures devraient renforcer l'UE et qu'il n'est pas question d'Europe à deux ou plusieurs vitesses pour l'instant.

« Il ne fait aucun doute que 2012 sera une année cruciale pour l'Europe qui doit apporter une réponse crédible et durable à la crise de la dette souveraine. Cette crise représente une menace majeure pour la stabilité et l'intégrité de l'Union économique et monétaire », a déclaré lors d'un entretien accordé à EURACTIV Ferdinando Nelli Feroci, représentant permanent de l'Italie auprès de l'UE.

Suite au veto britannique, les dirigeants européens ont convenu lors du sommet des 8 et 9 décembre derniers de renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro par le biais d'un nouveau traité intergouvernemental qui devrait être finalisé fin janvier et signé en mars.

« Cet accord sur le renforcement de l'union économique devrait faire preuve d'ambition et d'efficacité, non seulement en termes de discipline, mais aussi pour mettre en place les conditions nécessaires pour une croissance économique forte », a déclaré l'ambassadeur italien.

Il  a toutefois insisté sur le fait que cet accord devrait « concerner la totalité des États membres et respecter l'intégrité du cadre institutionnel de l'UE ».

« Nous pensons que la perspective d'une « Europe à plusieurs vitesses » constitue un scénario qui devrait être évité », a expliqué M. Nelli Feroci.

Jan Store, le représentant permanent de la Finlande, reconnaît également que cet accord fait partie des différents outils à disposition pour résoudre la crise économique actuelle en Europe. « Toutes ces mesures nous rendront plus forts et mieux préparés pour l'avenir », a-t-il affirmé.

Même s'il s'agissait d'une ratification à 26, ce nouvel accord ne constitue pas une modification du traité de Lisbonne. Il s'agit bel et bien d'un accord intergouvernemental visant à renforcer la confiance des marchés, a déclaré Richard Cachia Caruana, l'ambassadeur maltais auprès de l'UE. Selon lui, l'UE ne parviendra à faire preuve de leadership et à restaurer la confiance que par la mise en œuvre responsable de tous les instruments prévus, notamment du mécanisme européen de stabilité.

« Aucun traité ne peut, en soi, mettre un terme à une crise à moins que les États membres ne mettent en place un régime de discipline contraignant et rigoureux afin d'éviter qu'ils ne dépensent de l'argent qu'ils n'ont pas », a déclaré  Ilze Juhansone, la représentante permanente de la Lettonie auprès de l'UE.

L'accord conclu par les dirigeants européens en décembre est considéré par de nombreux ambassadeurs comme un instrument à moyen ou long terme. « Il est évident que l'UE devra imposer de nouvelles mesures concrètes et immédiates pour enrayer la crise à court terme et assister les pays en difficulté », a ajouté Raimundas Karobolis, le représentant permanent lituanien.

« Ce traité est une nouvelle pierre à l'édifice de l'UE et confirme sa détermination à faire tout ce qui sera nécessaire pour assurer la stabilité de la monnaie unique », a expliqué à EURACTIV le représentant permanent de l'Estonie, Matti Maasikas.

Les ambassadeurs de l'UE semblent généralement penser que le traité intergouvernemental, qui vise surtout les membres de la zone euro, pourrait représenter une bonne option pour les 27 États membres à condition qu'il reste ouvert à tous et qu'il s'avère efficace et utile.

« Par le passé, nous avons vu de petits changements prendre de l'envergure, comme les traités de Schengen et de Prüm », a déclaré le représentant permanent portugais, Manuel Lobo Antunes. Il a fait référence au traité signé en 1985 pour créer un espace sans frontières et au pacte de coopération policière de 2005 qui ne devait au départ concerner que quelques pays.

« De toute façon, l'UE devra se montrer créative et pragmatique pour servir les intérêts de tous les États membres », a déclaré le représentant portugais.

L'équilibre du nouveau budget européen

Créativité et pragmatisme semblent aussi être les nouveaux mots d'ordre pour les négociations à venir sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), le budget de l'UE, qui devraient entrer dans une phase décisive au cours des prochains mois en vue d'un accord prévu d'ici la fin de l'année.

« Les négociations poseront une délicate question d'équilibre », a admis le représentant permanent finlandais, Jan Store, soulignant qu'elles devraient refléter la situation difficile des finances publiques et renforcer les conditions nécessaires pour la croissance et l'emploi.

L'Allemagne, qui contribue au budget de l'UE à hauteur de 20 %, jouera un rôle décisif dans les négociations et insistera sans doute plus que jamais sur la nécessité d'instaurer une discipline plus stricte, alors que la plupart des pays de l'UE sont confrontés à des contraintes budgétaires.

Berlin a répété que pour garantir une répartition équitable des contributions financières parmi les États membres et pour faire accepter l'idée de dépenses européennes, il était essentiel que les grands contributeurs se situent tous au même niveau. Il faut pour cela que les fardeaux financiers placés sur ces États membres plus forts soient comparables et que toute dépense supplémentaire soit compensée par des mesures correctives sur les ressources de l'UE.

Les négociations seront sans aucun doute difficiles, a affirmé l'ambassadeur estonien en soulignant la difficulté d'arguer en faveur de l'augmentation ou du maintien du niveau d'allocations en Europe en pleine période d'austérité ou de consolidation budgétaire.

« Néanmoins, le budget de l'UE est surtout un budget d'investissements et nous devons trouver un équilibre entre les contraintes financières actuelles et les besoins en financements pour les politiques européennes », a expliqué M. Maasikas.

Le représentant permanent du Portugal a souligné qu'il fallait réunir les ressources financières adéquates au niveau européen, sous peine de « risquer de faire dévier la trajectoire de convergence que le CFP est censé nous faire suivre ».

« Sans solidarité, ni cohésion économique et sociale, nous ne parviendrons pas à rendre l'Europe plus compétitive, aussi bien à l'intérieur que sur la scène internationale. Mais je suis convaincu que nos dirigeants politiques seront à la hauteur de ce défi », a assuré M. Lobo Antunes.

Les représentants officiels se sont confiés à Daniela Vincenti, directrice de la rédaction chez EurActiv. Pour lire l’entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

Contexte

Le nouveau traité (le pacte budgétaire) devrait être signé en mars cette année et ouvert à la ratification pour les membres en dehors de la zone euro.

Ce traité forcera les États membres à disposer de budgets équilibrés et à limiter le déficit public à 0,5 % du produit intérieur brut afin d'éviter une nouvelle crise de la dette souveraine comme celle qui touche aujourd'hui la zone euro.

Si la dette d'un pays est inférieure à 60 % du PIB, un déficit de 1 % sera toléré. Des écarts temporaires ne seront autorisés qu'en cas d'évènement exceptionnel ayant un impact majeur sur la position financière du gouvernement ou en période de grave récession économique de la zone euro.

L'actuel budget de l'UE pour la période 2007-2013 prévoit que l'engagement des États membres s'élève à 976 milliards d'euros. Les versements actuels à l'UE s'élèvent à 925 milliards d'euros.

Le budget de l'UE est principalement financé par des transferts financiers directs des États membres calculés sur la base de leur revenu national brut (RNB), et non pas du produit intérieur brut (PIB).

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