Les Chrétiens veulent remettre l’humain au coeur de l’UE

Lieu de réflexion géré par l'Eglise catholique, le collège des Bernardins réfléchit sur le futur de l'UE

Le département Politique et Religion du Collège des Bernardins a publié fin janvier  « Retrouver le goût de l’aventure européenne ». Soit dix propositions pour un avenir personnaliste de la civilisation européenne.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les pères fondateurs, intellectuels et responsables politiques marqués par l’expérience de la guerre, ont eu une vision humaniste de la construction européenne. Cette doctrine philosophique place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de tout.

Cet humanisme s’est réalisé dans un projet économique, en pensant que le social en découlerait tout naturellement, dans « l’affirmation solennelle d’une solidarité profonde entre six peuples qui, si souvent au cours des temps, s’étaient retrouvés dans des camps opposés… et qui maintenant se rejoignent et s’unissent, à travers la richesse de leur diversité, pour la défense d’un même idéal humain » comme le souligna Paul-Henri Spaak, ministre des affaires étrangères de Belgique, lors de la cérémonie de signature des traités de Rome le 25 Mars 1957. L’Union Européenne en fera sa devise en l’an 2000 « Unie dans la diversité »

Pourquoi l’Europe rebute ?

Montée des populismes, Brexit, sentiments anti-européens grandissant dans de nombreux pays de l’Union, rejet de l’immigration… il y a une réelle crise de confiance en l’avenir du projet européen. « Bruxelles » est devenu le bouc émissaire commun de toutes les frustrations. En délaissant l’idéal communautaire et les aspects sociaux au profit de toujours plus d’intégration économique, l’Union européenne s’est éloignée des idées chrétiennes-démocrates des pères fondateurs.

Le séminaire de recherche « Passé et avenir de la civilisation européenne » s’est donné comme double objectif de « redéfinir le cœur de l’identité européenne, à savoir son humanisme personnaliste et son désir de construire la paix d’une part, et, d’autre part, de proposer des voies de mise en œuvre de la relance du projet européen au niveau de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe ».

Cette réflexion personnaliste s’est nourrie de nombreuses contributions de personnalités et d’experts réunies autour des membres permanents du séminaire, d’Antoine Arjakovsky et du père Jean-Baptiste Arnaud, codirecteurs du département Politique et Religions, ainsi que des consultations citoyennes sur l’avenir du projet européen organisées au Collège des Bernardins.

Le personnalisme pour nourrir le débat sur l’avenir de l’Europe.

« Nous souhaitons réhabiliter le personnalisme : cette idée que l’individu est un sujet de droit parce qu’il possède une dignité infinie, qui ne peut toutefois s’épanouir que par autrui au nom du bien commun » explique l’historien orthodoxe Antoine Arjakovsky dans un entretien au journal La Croix.

Fondé par Emmanuel Mounier au début des années 1930, le personnalisme, courant d’idées recherchant une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme, prônent comme valeurs principales le respect et la dignité de la personne. Une vision chrétienne de la politique, sans faire du christianisme une condition d’appartenance, qui s’attache à une vision de la société dans son ensemble, une communauté de personnes, qui rejette le totalitarisme et se définit dans notre relation à l’autre en rejetant l’individualisme.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour replacer l’être humain au cœur du projet européen. Déjà en 2014, Henri Malosse, alors Président du Comité Économique et Social européen, exhortait les dirigeants européens a « redonner un sens à la construction européenne, et ce sens c’est l’Homme. C’était cela l’esprit du projet de Jean Monnet et de Robert Schumann ». Il constatait le retour de l’idéologie du « tout finance » et la nécessité de remettre au cœur du projet européen les citoyens, les leaders syndicaux, les associations, les chefs d’entreprises… Ceux-là même qui bâtirent les fondements de la construction européenne et qui, aujourd’hui, « ne sont plus visibles à Bruxelles ».

Pour le Pape François, cette politique personnaliste doit être inclusive et solidaire, attentive aux plus fragiles et soucieuse de transmettre ses valeurs – d’où l’importance du travail historique et d’un enseignement de l’histoire européenne dès le plus jeune âge..

Le 4 février dernier, dans une tribune au JDD, dix organisations mutualistes européennes, dont la Mutualité française, ont défendu « une vision de l’Europe, juste, re-distributive, respectueuse de l’humain et de l’environnement ».

Autant d’idées reprises dans dix propositions très concrètes, avec l’approfondissement de notre modèle d’économie sociale de marché, la mise en œuvre d’une politique culturelle européenne, d’une politique énergétique écologique reposant sur un pacte social, entre autres, ce travail de recherche souhaite contribuer à redonner le goût de l’aventure européenne aux citoyens en les associant pleinement aux réflexion sur l’avenir de la « communauté » européenne, même au-delà des frontières actuelles de l’Union et inspirer la refondation du projet politique européen à nos gouvernants.

 

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