Les consultations citoyennes ont surtout séduit les pro-européens

Au CESE, 27 organisateurs de consultations citoyennes se sont succédé pour présenter leur action.

En France, 70 000 personnes ont participé au débat sur l’Europe durant les 7 derniers mois. Problème : les eurosceptiques ont peu pris part aux discussions.

Avec 1076 débats organisés par la société civile dans toute la France, auxquels ont participé 70 000 personnes, les consultations citoyennes qui s’achèvent le 31 octobre semblent avoir gagné leur pari : celui d’animer le débat pré-électoral. Mais surtout entre Européens convaincus.

Imaginées par le président français, ces consultations se sont déroulées dans la quasi-totalité des pays de l’UE, entre avril et octobre 2018. Avec pour  objectif de reconnecter les citoyens au projet européen, et préparer les élections européennes de mai 2019, à l’heure où la montée du populisme inquiète .

Seule la Hongrie avait refusé de participer à l’exercice, « mais les Hongrois ont été très nombreux à participer à la consultation sur l’avenir de l’Europe en ligne menée par la Commission européenne », souligne un responsable des consultations citoyennes en France.

Reconnecter les citoyens à Bruxelles, le pari ambitieux des consultations citoyennes

La France espère reconnecter Bruxelles et les citoyens européens en suscitant des débats organisés par la société civile. La participation de Jean-Claude Juncker à la première rencontre le 17 avril reste en suspens.

 

Autre pays aux abonnés absents, l’Italie. Le pays avait pourtant fait partie des participants actifs au début des consultations. « Mais après les élections, l’Italie a décroché du projet », explique le responsable.

>>Participer à la consultation sur l’avenir de l’Europe

En France, le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) a organisé le 30 octobre un bilan de ces 7 mois de débats français.  « Nous avons voulu redonner la parole au peuple », a expliqué Nathalie Loiseau, la ministre chargée des affaires européennes, qui a elle-même participé à 53 consultations citoyennes. Et les résultats sont au rendez-vous, selon elle, car « il y a une envie d’une Europe plus efficace, mais il y a une envie d’Europe », a-t-elle affirmé.

Pour obtenir le label de consultation citoyenne, les débats organisés devaient répondre à un cahier des charges, qui prévoit notamment que 50% du temps soit réservé aux échanges avec le public, pour éviter l’effet « cours magistral sur l’Europe ». Exit aussi les débats purement politiques. 34 événements considérés comme des meetings politiques se sont d’ailleurs vu refuser le label consultation européenne à ce titre.

Dans les faits, certains évènements n’ont pas échappé à l’embûche du cours magistral.  « On a vu certaines consultations qui étaient vraiment des conférences sans débat public. L’appellation de consultation citoyenne n’avait pas vraiment de sens »,  assure un participant dont l’association a organisé une vingtaine de consultations. « Comme il s’agit d’un label volontaire, le format du débat participatif n’était pas toujours bien mis en place » explique le porteur de projet.

Les débats menés en France et dans les autres États membres feront l’objet d’une synthèse nationale, qui doit être remise le 19 novembre. Les différentes conclusions seront ensuite rassemblées pour être débattues lors du Conseil européen de décembre. Un processus qui ne devrait pas influencer véritablement le débat entre chefs d’États et de gouvernement. « On n’est pas naïfs à ce point ! », commente un porteur de projet.

Macron prévoit de lancer les consultations citoyennes mi-avril

Lancement des consultations citoyennes sur les élections européennes souhaitées par Emmanuel Macron le 17 avril à Strasbourg.

L’exercice de restitution au sommet vise aussi à montrer aux participants qu’ils ont été entendus. « Honnêtement quand on s’est lancé dans l’organisation de notre consultation citoyenne, on ne pensait pas que nos propositions remonteraient jusqu’ici » se félicite Christine l’Huillière, organisatrice d’une consultation citoyenne à Épinal,  qui a rassemblé 180 personnes, notamment des jeunes, sur des thématiques variées telles que l’éducation ou la spiritualité en Europe.

« L’autre bon point, c’est qu’on a vraiment réussi à donner la parole à des gens qui ne l’ont pas d’habitude » se félicite-t-elle. « Et lorsqu’on écoute les conclusions des consultations, on se rend compte que tout se rejoint en matière de recommandation » poursuit-elle.

Un biais pro-européen

Mais c’est justement cette convergence d’idées qui reflète le biais du processus. Selon les analyses de la  commission nationale de débat public (CNDP), le public eurosceptique, qu’il soit d’extrême-droite, d’extrême-gauche ou des autres partis, ne s’est quasiment pas déplacé. Résultat, les options retenues par les différentes consultations sont globalement très pro-européennes. Or le parti LREM est certes en tête des intentions de vote, mais le Rassemblement national le tallonne, les deux partis étant crédités d’un peu plus de 20 % des intentions de vote.

Les conclusions préliminaires font ressortir des propositions, parfois assez générales, mais aussi des solutions très techniques et détaillées, par exemple en matière d’environnement. Parmi les thématiques qui sont largement ressortis des consultations : le manque de la visibilité des actions de l’Union européenne ; la question de la citoyenneté,  les questions de gouvernance et de démocratie des institutions européennes et enfin  la politique.

Côté intervenants, les représentants eurosceptiques ont rarement participé aux débats, portés par des organisateurs europhiles.

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