Les Français rêvent d’une Europe écologique

Exemple d'un "arbre argumentatif", lors de la remise du rapport sur les consultations citoyennes, le 4 décembre qu Quai d'Orsay

Le Conseil européen des 13 et 14 décembre se penchera sur le résultat des consultations citoyennes. Les Français rêvent d’une Europe plus écologique, à laquelle les citoyens participent plus, et plus juste socialement. L’UE est-elle capable de répondre à leurs attentes ?

Le jour-même où le gouvernement annonçait renoncer à la hausse de la taxe carbone française, face à la pression des gilets jaunes, la ministre de l’Europe se voyait remettre un rapport présentant une réalité très différente. Celle des consultations citoyennes, qui ont rassemblé depuis 6 mois quelques 70.000 personnes lors de 1082 évènements distincts.

Reconnecter les citoyens à Bruxelles, le pari ambitieux des consultations citoyennes

La France espère reconnecter Bruxelles et les citoyens européens en suscitant des débats organisés par la société civile. La participation de Jean-Claude Juncker à la première rencontre le 17 avril reste en suspens.

 

Organisés par des associations, des think-tank, des collectivités locales ou l’état, mais aussi dans le privé, ces débats ont permis aux participants d’exprimer leurs envies et leurs souhaits pour l’Europe de demain. Au programme, environnement, citoyenneté, social : les thèmes les plus souvent évoqués ne reflètent guère l’agenda politique actuel des institutions européennes.  C’est d’ailleurs l’objet de ces consultations citoyennes organisées dans toute l’Europe, dont le résultat doit permettre d’orienter la vision du futur de l’Europe qui sera évoquée à Sibiu, en Roumanie, le 9 mai prochain, lors d’un conseil exceptionnel.

L’environnement est l’enjeu qui devrait le plus être traité au niveau européen, selon les consultations françaises qui soulignent que « le nouveau rêve européen est écologique ».

« C’est le thème qui est revenu le plus souvent, ce n’est pas pour cela qu’il est le premier sujet de préoccupation » tempère Chantal Jouanno, à la tête de la Commission nationale du débat public qui  a décortiqué les résultats des consultations, au terme d’une mission complexe face à l’importance des données à traiter.

Besoin d’informations

La CNDP a choisi d’organiser les propositions autour de 14 grands thèmes, ou arbres argumentatifs, et la vision des Français pour l’Europe montre un réel appétit pour plus d’Europe. Si le discours sur les institutions est souvent critique, c’est pour appeler à plus y participer : les propositions vont toutes dans le sens d’un souhait de rapprocher les citoyens des institutions. Que cela passe par l’apprentissage, à l’école, de l’histoire européenne plutôt que purement française, ou des langues, ou par la communication en général autour de comment marche l’Europe ou ses dispositifs, les Français réclament plus d’informations. Ils n’opposent pas l’idée de la citoyenneté nationale et de la citoyenneté européenne, vécues comme complémentaires.

Le Brexit, grand absent du discours sur l’état de l’Union ?

Le climat, l’immigration ou la montée du nationalisme devraient occuper une place de choix dans le dernier discours de Jean-Claude Juncker sur l’état de l’Union, à l’inverse du Brexit qui se rapproche pourtant à grand pas.

Une Europe trop libérale

L’approche de l’économie européenne est perçue comme trop libérale, et les Français souhaitent insérer plus de social dans la construction européenne.  L’effort d’harmonisation fiscale, visant à taxer les multinationales, revient souvent dans le discours.

Au final, certaines idées qui ressortent des propositions peuvent sembler assez disruptives, qu’il s’agisse de demander que les questions sociales soient gérées au niveau européen, ou que l’histoire européenne plutôt que française soit enseignée. « C’est assez contraire aux idées reçues » reconnait Chantal Jouanno.

La méthodologie de recrutement des citoyens qui ont donné leur avis est sans doute une des explications de cette situation inattendue : la démarche n’est pas scientifique, la population n’étant pas représentative. Les personnes ayant participé aux consultations l’ont fait de leur plein gré, par intérêt pour les structures qui les organisaient ou pour le sujet européen. Beaucoup de consultations ont été organisées en région parisienne, mais ce sont les petites villes qui en ont vu le plus, ce qui donne une image fragmentaires de la géographie française, les villes moyennes notamment n’étant pas ou très peu représentées.

Les consultations citoyennes ont surtout séduit les pro-européens

En France, 70 000 personnes ont participé au débat sur l’Europe durant les 7 derniers mois. Problème : les eurosceptiques ont peu pris part aux discussions.

 

Il ressort néanmoins que les citoyens français « seraient fiers d’appartenir à une Union dont l’horizon politique serait centré sur une meilleure capacité à défendre leurs valeurs et leurs intérêts communs, ainsi que sur une ambition sociale et environnementale humaniste », comme le résumait le panel organisé, à Paris fin octobre, avec une quarantaine de participants représentatifs de la société française.

Des attentes ambitieuses qu’il s’agit désormais de satisfaire, ce qui ne sera pas facile. Le résultat des consultations citoyennes françaises doit désormais être confronté à celui des 26 autres pays européens. La probabilité de trouver un dénominateur commun à l’ensemble n’est pas évidente .

Ne serait-ce que parce que l’effort n’a pas été forcément partagé. La Hongrie a organisé quelques consultations très verticales, l’Italie de Salvini a tout simplement renoncé, et si certains Etats comme la Grèce sont allés jusqu’à proposer d’organiser des consultations écrites sur internet, ou à mobiliser leurs instituts de formations de adultes comme l’Allemagne, beaucoup se sont aussi contenté d’un service minimum.

Les premières conclusions seront néanmoins débattues lors du Conseil européen la semaine prochaine, et un rapport commun élaboré pour le 9 mai 2019.

 

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