Les libéraux continuent de faire pression contre le Hongrois Navracsis

Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen à Strasbourg - Copyright: Parlement européen

Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen à Strasbourg - Copyright: Parlement européen

Les libéraux tentent de faire pression contre le commissaire Navracsics alors que les Verts ont décidé de voter contre la nouvelle Commission.

Réunis à Strasbourg pour la session parlementaire, les différents groupes politiques du Parlement européen tentent d’arracher quelques engagements de dernière minute à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, sur la répartition des postes au sein du collège et les priorité du mandat. 

Malgré l’accord entre les trois principaux groupes politiques du Parlement européen pour soutenir le Luxembourgeois, les négociations avec le futur président sont toujours en cours à la veille du vote en session plénière à Strasbourg, qui doit entériner le nouvel exécutif européen.

>>Lire: Ultimes remaniements au sein de la nouvelle Commission Juncker

C’est notamment du côté du groupe des libéraux (ALDE) que le bras de fer semble le plus fermement engagé. « Notre groupe prendra sa décision ce soir » a indiqué Guy Verhofstadt, président du groupe ALDE au Parlement européen.

Pas de blanc-seing chez les libéraux

Le point majeur d’achoppement demeure la composition du portefeuille du commissaire hongrois, Tibor Navrascis, chargé de  l’Éducation, la Culture, la Jeunesse et la Citoyenneté, auquel les parlementaire reproche sa proximité avec le régime liberticide de Viktor Orban, dont il a été ministre.  

« Nous estimons qu’il ne peut pas assumer le portefeuille de la citoyenneté, et même celui de la culture. Nous attendons une clarification sur ces points » a expliqué Guy Verhofstadt, prévenant qu’un changement de portefeuille était « absolument nécessaire ». 

« Les auditions doivent avoir des conséquences » a-t-il poursuivi, faisant référence au vote de la commission Culture et éducation, qui s’était opposée le 6 octobre à ce que la compétence en matière de citoyenneté ne revienne au Hongrois.

Autre préoccupation des libéraux, la réparation des compétences entre les différents commissaires en charge d’un portefeuille économique.  « Nous avons reçu une lettre de Jean-Claude Juncker détaillant les responsabilités de chacun, dont nous allons discuter ce soir au sein du groupe » a indiqué Guy Verhofstadt.

« Jean-Claude Juncker répondra demain à cette interrogation. Je suis convaincu qu’il va donner des réponses satisfaisantes» s’est contenté de répondre Manfred Weber, président du groupe PPE, la famille politique de Jean-Claude Juncker.  

Si la ligne rouge est clairement posée du côté des libéraux, le groupe des socialistes a d’ores et déjà décidé de voter en faveur de la Commission Juncker, malgré plusieurs dissidences. « Nous voulons que la Commission prenne ses fonctions le 1er novembre comme prévu» a martelé Gianni Pittella, président du groupe socialiste.

>>Lire : Remous au sein de la coalition avant le vote pour la nouvelle Commission

Certaines délégations nationales du groupe des  socialistes (S&D) ont toutefois individuellement menacé de ne pas voter en faveur du nouveau collège, malgré la consigne de groupe. C’est notamment le cas de la délégation belge, qui réserve son vote, tandis que les socialistes espagnols sont fermement décidés à voter contre.

Vote plié chez les socialistes

« Nous nous réunissons ce soir pour discuter du vote sur la Commission Juncker. Mais j’ai rencontré le président hier soir et il m’a apporté des garanties sur les priorités qui conditionnent le vote de notre groupe » a souligné Gianni Pittella, président du groupe des Socialistes et Démocrates lors d’une conférence de presse à Strasbourg.

Parmi les demandes acceptées par Jean-Claude Juncker, l’eurodéputé italien a cité le financement du plan d’investissement de 300 milliards d’euros par des ressources « privées et publiques », la révision de la directive sur les travailleurs détachés ainsi que le rapatriement de la politique des médicaments sous la houlette de la direction générale dédiée à la Santé, et non à l’Industrie.

Vigilance sur le plan d’investissement

Autre épée de Damoclès qui reste suspendue au-dessus du nouvel exécutif, le contenu du plan d’investissement de 300 milliards d’euros promis par Jean-Claude Juncker pour relancer la croissance et l’investissement en Union européenne.  

« Nous craignons que ce plan d’investissement ne soit pas à la hauteur » a regretté Guy Verhofstadt, rappelant que le manque d’investissement en UE était plutôt de l’ordre de « 1000 milliards d’euros que de 300 milliards ».

« Il n’y a absolument rien de concret dans ce plan » a fustigé Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts, qui votera contre la nouvelle Commission. « J’avais espéré que la Commission européenne, et en particulier le vice-président Jyrki Katainen, propose une liste d’option de financement et de priorité de dépenses » a-t-elle expliqué, mettant en garde contre un possible échec du grand projet de la législature.

« Jean-Claude Juncker sait qu’il joue sa crédibilité sur ce sujet » a également averti le socialiste Gianni Pittella.

Dernier grand oral

Le 22 octobre, Jean-Claude Juncker  devra donc défendre bec et ongle son collège devant l’ensemble des eurodéputés rassemblé à Strasbourg, en amont du vote qui doit se tenir à 12 h.

Une dernière occasion pour le président d’annoncer les ultimes aménagements et précisions réclamés par les différents groupes politiques et de s’assurer une majorité large avec l’appui des libéraux.  

«  Demain j’espère que nous pourrons donner un mandat fort à la Commission Juncker » a plaidé Manfred Weber, président du groupe PPE, auquel est affilié le nouveau chef de file de l’exécutif européen», estimant qu’un score inférieur à celui de son élection ou la perte des libéraux serait un signal négatif. 

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles au sein de la nouvelle Commission européenne.

Parmi les nouveaux commissaires, qui devraient gagner leur poste le 1er novembre, 18 sont d'anciens ministres voire premiers ministres. Le Président s'est félicité et a déclaré que la nouvelle Commission était « très politique ».

La nouvelle Commission doit maintenant faire l'objet d'un vote d'approbation dans son ensemble par le Parlement européen. Les auditions se sont tenues du 29 septembre au 20 octobre. Les 27 commissaires ont été passés au crible par les eurodéputés issus des commissions correspondant au poste brigué par le candidat. Malgré plusieurs candidatures critiquées, seule la candidate slovène, Alenka Bratušek, a été finalement retoquée par les eurodéputés. 

Le Parlement  européen doit maintenant soit accepter soit rejeter le collège dans son ensemble.

  • 22 octobre : les eurodéputés s'expriment sur la Commission Juncker en séance plénière;
  • 1er novembre : la Commission Juncker prend ses fonction

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