Les sénateurs français appellent à la mise en place d’un « Agenda rural européen »

Si la campagne fait rêver de plus en plus de Français, d'importants fractures persistent entre territoires ruraux et urbains, notamment en termes de mobilité et d'accès aux soins. [Massimo Santi/Shutterstock]

Alors que la crise sanitaire a relevé « l’appétence » des Européens pour le monde rural, le Sénat a adopté, jeudi (4 novembre), un texte qui invite la Commission européenne à mieux prendre en compte les territoires ruraux dans ses politiques et « encourager une relance économique par le local ».

Les Français sont de plus en plus nombreux à se tourner vers la campagne : 92 % d’entre eux disent aujourd’hui trouver le monde rural « attractif et agréable à vivre », 20 % de plus qu’il y a encore deux ans, avant la crise.

Mais en parallèle, un « sentiment d’abandon » persiste dans ce même monde rural où la crise a aussi mis en évidence les « inégalités et fractures » entre ruraux et urbains, notamment en matière de mobilité, mais aussi d’accès aux soins, aux services et au numérique. C’est de ce constat que part la demande, formulée par des sénateurs français autour de Patrice Joly (SER), de mettre en place un « Agenda rural européen ».

Adoptée en ce jeudi 4 novembre, la proposition de résolution invite la Commission européenne « à mieux prendre en compte les questions rurales dans les politiques publiques européennes et les fonds européens et rétablir ainsi une relation d’égalité entre urbains et ruraux dans la mise en œuvre des politiques de l’Union ».

Car si les territoires ruraux restent aujourd’hui encore marqués par la « multiplication des déserts », notamment médicaux et numériques, ils possèdent également de nombreux vertus et potentiels – « autant de relais de croissance déterminants pour l’attractivité et la vitalité de l’Union européenne », soulignent les sénateurs.

Leurs ressources naturelles pourraient notamment permettre aux ruralités « d’être au cœur de l’économie verte », faisons d’elles un potentiel « acteur majeur de la transition énergétique, véritable secteur d’avenir ».

Des atouts que devrait appuyer un « Agenda rural européen » pour « encourager une relance économique par le local » et « relever, par la coopération, les défis d’un monde en mutation », estiment Patrice Joly et ses collègues.

Présidente von der Leyen : il est temps que les communes et les régions soient pleinement engagées dans la relance européenne !

En mettant en oeuvre son plan de relance, l’Union européenne ambitionne d’accélerer les grandes transitions numérique et climatique. Mais celles-ci ne pourront se réaliser qu’avec les gouvernements locaux et régionaux.

Pour un « socle de services universels » et plus de synergie à tous les niveaux

Un tel agenda ne serait pas une nouveauté : en 2015, l’Union européenne avait déjà lancé son « Agenda urbain » pour mieux prendre en compte les besoins des villes dans les politiques européennes, favoriser les échanges entre les niveaux urbain, national et européen et faciliter l’accès des villes aux fonds européens, rappellent les sénateurs.

Un « Agenda rural européen » devrait porter une ambition similaire – cette fois en faveur du développement des territoires ruraux, soit la campagne, les petites et moyennes villes.

Le but : mettre en place des mesures « perceptibles » par les habitants ruraux et leur garantir l’accès à un « socle de services universels à moins de 30 minutes de trajet ».

L’Agenda devrait stimuler la croissance et la diversification économique des ruralités, mais aussi le bien-être social, la protection de la nature et l’interconnexion avec les zones urbaines pour « favoriser la cohésion et éviter le risque de fragmentation territoriale ».

Il s’agirait d’encourager projets et partenariats entre les institutions publiques, privées et associatives et mieux prendre en compte les forces des différents niveaux des collectivités locales pour développer ensemble des services décentralisés, des solutions énergétiques et des technologies et innovations numériques, territoriales et sociales, soutiennent les sénateurs. Ceux-ci appellent également de leurs vœux un plan de soutien au commerce rural et une politique de logements ambitieuse.

Le texte demande enfin un engagement européen sur la question de l’inclusion des femmes – qui jouent un rôle « plus important qu’il n’y parait » dans l’économie des zones rurales – et les besoins de la jeunesse, notamment en termes de mobilité et d’accès aux emplois qualifiés.

Tout cela sans oublier les besoins de financement : ainsi, les sénateurs demandent à la Commission européenne « qu’elle s’assure que la ruralité bénéficie d’une part de crédit [au titre des Fonds structurels et d’investissement européens, ndlr] correspondant à son poids démographique et spatial dans l’Union européenne ».

Somme toute, il serait « urgent » de mettre en place un tel « Agenda rural européen » : celui-ci devrait faire partie des objectifs stratégiques de la relance de l’Union européenne, estiment les sénateurs, qui en appellent à son intégration rapide dans le Plan de relance pour l’Europe.

Les territoires ruraux de France, « zones blanches » en termes d’égalité femmes-hommes

A l’occasion de la journée internationale des femmes rurales, ce vendredi (15 octobre), la délégation aux droits des femmes du Sénat vient de présenter un rapport sur la situation difficile des femmes dans les territoires ruraux de France.

Supporter

Mesure cofinancée par l'Union européenne

Le contenu de cette publication représente uniquement le point de vue de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. Le parlement européen n'accepte aucune responsabilité quant à l'utilisation qui pourrait être faite des informations contenues.



Subscribe to our newsletters

Subscribe