Les tensions internes à l’UMP pourraient peser sur les élections européennes

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L’UMP est la première délégation française au Parlement européen. Pour la constitution des listes et le programme, les partisans de François Fillon et de Jean-François Copé s’affrontent. Les recalés des législatives cherchent aussi une place.

Le combat fratricide à la tête de l’UMP, depuis l’automne 2012, touche la délégation de l’UMP au Parlement européen.

Au mois de septembre, 14 membres des 29 députés se sont prononcés en faveur de François Fillon.

Parmi eux, Joseph Daul, le chef du groupe parlementaire du Parti populaire européen ou Michel Dantin, l’un des rapporteurs de la réforme de la Politique agricole commune.

Dans son édition du 29 août 2012, le Canard Enchaîné avait d’ailleurs publié le sms de Laurent Wauquiez,  lieutenant de l’ancien Premier ministre, qui menaçait Françoise Grossetête d’être exclue des listes en 2014 si elle ralliait Jean-François Copé.

Les derniers couacs de la primaire organisée à Paris pour les élections municipales ont ravivé les craintes d’une paralysie de l’UMP alors que les scrutins des municipales et des européennes approchent.

“Personne ne veut que les Dati se multiplient”

Aucun sortant n’a pour le moment renoncé à l’idée de se représenter. Certains poids lourds de la délégation comme Alain Lamassoure, président de la commission des Budgets, Alain Cadec, rapporteur sur l’un des pans de la réforme de la politique commune de la pêche ou Jean-Paul Gauzès, en pointe sur la régulation financière, ont déjà affiché leur intention de briguer un nouveau mandat.

Certes, la chute de l’UMP dans les sondages, aujourd’hui créditée d’un peu plus de 20%, inquiète. Mais c’est surtout le risque de voir apparaître sur les listes les perdants des élections législatives qui agace.

Le nom de Nadine Morano est par exemple évoqué pour conduire la liste dans la circonscription Est (Alsace, Lorraine, Bourgogne, Champagne-Ardennes, Franche-Comté).

Mais « personne ne veut que les Dati se multiplient », lâche-t-on à l’UMP. L’ancienne ministre de la Justice est réputée pour son inactivité. Son implication est « proche de zéro », lâche la députée luxembourgeoise Astrid Lulling, pourtant elle aussi issue du PPE. 

En parallèle, depuis 2009, sept élus UMP sur 29 ont abandonné leur mandat en cours de route. Or, les législatives de 2017 ont toutes les chances de provoquer une nouvelle transhumance.

L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, actuellement commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier, souhaite d’ailleurs que les candidats aux européennes s’engagent à effectuer leur mandat jusqu’au bout.

Dans l’année à venir, l’équilibre des listes a le temps de changer à de nombreuses reprises. Si l’épisode de 2009 se reproduit, les noms définitifs seront actés « la veille du scrutin », ironise Alain Lamassoure. 

Réciprocité et frontières

La convention sur l’Europe du parti, coup d’envoi d’une réflexion sur le projet européen, a été discutée le 30 mai. Les discours se sont voulus rassembleurs, mais les divergences entre les partisans de l’intégration européenne et les souverainistes sont importantes.

Pour tenter de resserrer ses rangs, les discussions se sont recentrées, comme en 2009 ou lors de la campagne présidentielle de 2012, sur des sujets comme la réciprocité dans les échanges commerciaux et les frontières de l’Europe (immigration, Schengen). Le non à l’adhésion de la Turquie a également été brandi plusieurs fois.  

L’action européenne du président de la République fait aussi l’unanimité contre lui. François Hollande est accusé de détruire le couple franco-allemand, moteur de l’UE. 

Pour faire barage au Front national, dont la percée inquiète, l’idée de listes parallèles issues du courant à tendance souverainiste de la « droite populaire » a été un temps évoqué dans la presse. Un membre de la commission nationale des investitures estime toutefois que ce serait la pire des stratégies et que l’unité devait prévaloir. 

Comme en 2009, Franck Riester a été nommé directeur national de la campagne pour les élections de 2014.

Copé brouille les cartes

 

A Bruxelles, le Parti populaire européen, dans lequel siège l’UMP, prépare le manifeste qui servira de base aux programmes nationaux. Les délégations de chaque pays y sont étroitement associées. Le travail devrait aboutir en septembre.

Le président de l’UMP brouille cependant les cartes. Mercredi 5 juin, Jean-François Copé a ainsi annoncé la formation d’un groupe de travail avec les conservateurs britanniques sur l’avenir de l’Europe. Ces derniers ne sont pas membres du PPE, mais siègent avec les eurosceptiques polonais et tchèques, au sein du groupe des conservateurs et réformistes européens.

« Je suis étonné », a commente un membre impliqué à l’UMP, y voyant surtout « un effet d’annonce ».

« Mais il faut faire attention », précise cette même source. « A terme, nos amis conservateurs allemands, avec qui nous travaillons, pourraient être contrariés ».

Surtout que le nom du Français Michel Barnier circule dans les couloirs bruxellois pour être le candidat du PPE à la présidence de la Commission européenne. Le Français réfléchirait à se lancer dans la bataille.

Lors de son intervention à l’UMP le 30 mai, il s’est voulu offensif et déterminé. « Il faut expliquer aux Français pourquoi il faut être pro-européen en plus d’être patriote (…). Je ne dis pas que tout est parfait à Bruxelles (…) mais je veux de l’ambition. »

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