Les votes de l’extrême-droite européenne contredisent son discours

Les dirigeants des partis européens d'extreme-droite, en janvier 2017. EPA/SASCHA DITSCHER

Les votes au Parlement européen de 11 partis d’extrême-droite montrent leur proximité avec les intérêts des grandes entreprises ou de la finance. Plutôt que du peuple dont ils prétendent défendre les intérêts.

Ils ont en commun d’être anti-européens, de se ranger à droite toute sur l’échiquier politique, et de vendre la désillusion et la peur pour les élections européennes. Selon un rapport de l’ONG Corporate Europe, qui s’appuie sur l’analyse de 14 votes clés au Parlement européen, les partis de droite autoritaire ont aussi en commun de mentir sur leurs objectifs. Ils disent défendre les travailleurs et les classes défavorisées ; en pratique ils défendent plutôt les intérêts de l’élite, du business, voire leurs propres intérêts.

Le Parlement dénonce des mesures insuffisantes contre l'évasion et la fraude fiscale

Le Parlement a approuvé en plénière un rapport demandant aux institutions et pays de l’UE d’adopter des mesures contre le blanchiment de capitaux, l’évasion et la fraude fiscales. Un article d’Euroefe.

Les votes examinés portaient sur le congé paternité, la sécurité au travail, l’impact du sucre sur la santé, la comptabilité pays par pays, les conditions de travail, l’autorité européen contre l’évasion fiscale, la taxation des entreprises à 25 %, l’exposition au risque de cancer, la taxe numérique sur le chiffre d’affaires, ou encore l’écart de salaires hommes/femmes

Fidesz, une illustration de la droite autoritaire au pouvoir depuis 10 ans

Le parti hongrois s’est abstenu ou a voté contre 12 des 14 textes de loi examinés. Ses votes vont à l’encontre de son discours politique : Fidesz avait notamment dénoncé durant une campagne législative l’absence de paiement de taxes par Apple. Comme en Hongrie, au Parlement européen la vision économique de Fidesz consiste au contraire à associer taxes très faibles pour les entreprises, salaires très bas et coopération étroite avec l’industrie : le salaire minimal est à 464 euros en Hongrie, alors que les taxes sont parmi les plus faibles d’Europe. Un mixe qui a favorisé l’implantation de nombreuses entreprises, notamment pour la production automobile, qui représente 21 % du PIB hongrois.

En Autriche, le FPO proche des entreprises et de la Russie

Accusé de longue date de divers affaires de corruption, le parti du chancelier Kurz ne cesse de supprimer des réglementations depuis son arrivée au pouvoir : la semaine de travail a pu passer de 48 à 60 heures, et l’interdiction du tabac dans les lieux publics, prévue pour 2018, a été annulée, alors que Japan Tobacco et British American Tobacco sont particulièrement actifs dans le pays.

L’Afd allemand, des financements douteux

Le financement du parti de droite antieuropéen Afd pose sérieusement question en Allemagne. En 2016, comme en 2017, le parti a reçu des amendes pour avoir fait de fausses déclarations sur ses soutiens. Des individus auraient été payés pour confirmer qu’ils avaient donné de l’argent au parti. Le milliardaire de l’immobilier Henning Conle serait en réalité derrière. Au Parlement européen, le parti s’est opposé à 10 des 14 votes retenus.

PiS, le parti du charbon polonais

Très présent à la COP24 à Katowice, le parti au pouvoir en Pologne s’est engagé à augmenter le niveau de vie des Polonais. Mais c’est surtout les ministres qui ont  tous reçu de confortables bonus en 2017, soit plus d’un an de salaire moyen chacun. Plusieurs affaires de corruption ont concerné des membres du parti.

En Italie, la Lega accueille les fraudeurs du fisc

Les membres de la Lega sont visiblement intéressés par l’argent. Le précédent dirigeant du mouvement est accusé d’avoir truandé le fisc de 49 millions d’euros. Le parti a voté contre la moitié des textes cités par Corporate Europe, et surtout contre tous les textes protégeant le climat et l’environnement, malgré des engagements inverses. Un des eurodéputés du parti est un des 30 élus les plus riches du Parlement européen, et déclare des revenus supplémentaires à son traitement d’eurodéputé compris entre 5.000 et 10.000 euros.

Le parti est par ailleurs soutenu par le Medef italien, Confindustria, avec lequel un des eurodéputés, Ciocca, a eu 7 rendez-vous en tant qu’élu, alors que dans le même temps il ne rencontrait aucun syndicat.

En France, financement russe et poursuites judiciaires

En 2014, le Rassemblement national avait contracté un prêt auprès d’une banque russe, occasionnant une commission à l’intention d’un de ses eurodéputés, Jean-Luc Schaffhauser.

Pour 2019, Mediapart a décortiqué un autre système de financement. Le parti a fait appel aux levées de fonds auprès de ses sympathisants pour financer sa campagne. Il promet un rendement de 5 %, nettement supérieur aux taux d’intérêt en vigueur (3,4 %). Or, la différence sera financée par l’Etat français, qui rembourse les dépenses de campagnes aux partis atteignant plus de 3 % des voix – et le RN est assuré de les obtenir. Le parti a ainsi levé 4 millions d’euros, soit le montant de sa campagne, par ce biais : 200.000 euros seront financés par l’Etat français pour payer les intérêts aux contributeurs du RN.

L’Ukip, le parti des très riches

Les scandales n’ont pas cessé de toucher le parti Ukip et son chef-de-file Nigel Farage. Initialement financé par des milliardaires, comme la campagne Leave, le parti a largement utilisé, comme le Rassemblement national, les fonds européens pour financer ses activités nationales. Un eurodéputé a démissionné après s’être vu réclamer 100.000 euros, et Farage a été pénalisé de 40.000 euros sur son salaire 2018. L’office anti fraude européen s’interroge sur le financement européen de partis proches de Ukip.

Les plus petits partis de droite autoritaires, belge, finlandais, suédois ou tchèques sont aussi frappés par des épisodes de corruption ou de financement douteux.

« Le langage de ces partis s’appuie sur le rejet des élites et de la classe dirigeante, pour promettre un futur meilleur aux classes populaires. Leur vision pour leur pays est simpliste, et s’appuie sur la diabolisation des autres (migrants, minorités ethniques, LGBT). L’autre est défini comme une menace, ce qui justifie une réponse autoritaire de l’Etat armé par le biais d’attaques envers les droits de l’homme, la société civile » explique l’ONG.

S’ils évoquent souvent le « pouvoir du peuple », ils n’envisagent pas de développer la démocratie, mais plaident au contraire pour une politique paradoxale :  ultra nationaliste et prête à coopérer avec la Russie, la Chine ou les Etats-Unis. Et surtout, ils défendent les intérêts des grandes entreprises plutôt que des travailleurs : aucun des partis étudiés n’a soutenu l’idée d’une taxe minimal de 25 % sur les bénéfices des entreprises, alors que tous ou presque ont voté contre la création d’une autorité de lutte contre l’évasion fiscale.

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