L’étonnante multiplication des dialogues citoyens

La Commission européenne dit en avoir déjà organisé 500, et veut en refaire le même nombre d’ici mai 2019. Les consultations citoyennes proposées par Macron veulent prendre le contrepied de cette méthode.

Lors d’un dialogue citoyen, organisé le jeudi 15 mars à Paris, une quarantaine de jeunes ont pu interpeller Mariya Gabriel, commissaire européenne à l’économie et la société numériques et Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique. Retransmis via un Facebook Live, le débat a comptabilisé 4 600 vues et une centaine de partages.

« Protection des données, lutte contre les fake news, soutien à l’innovation, marché unique numérique : les sujets à aborder sont nombreux », la présentation du débat sur la page Facebook de la Commission européenne en France donne le ton. Des sujets très, voire trop, nombreux en effet pour un échange qui n’a duré qu’une heure.

Un format frustrant pour certains participants : « La prochaine fois, faites en sorte que le débat ne dure pas qu’une heure. Prévoyez plus large parce que chaque question est intéressante. Il fallait commencer à l’heure plutôt que de réduire les temps de paroles », regrette une internaute sur Facebook.

Ce à quoi la Commission européenne répond qu’elle fait au mieux pour organiser ce débat en fonction « des contraintes des agendas très chargés de la commissaire et du ministre ». Une approche très « top-down », où le saint commissaire vient discourir quelques minutes avec la plèbe, qui n’est pas toujours bien perçue.

Pourtant, la machine tourne à plein régime. L’exécutif se targue d’avoir organisé 500  débats de ce type depuis 2012, et compte en organiser 500 autres avant les élections européennes de mai 2019.

500, le chiffre clé

« Près de 500 de ces débats publics interactifs se sont tenus sur 160 sites depuis 2012 et la Commission va accroître leur fréquence d’ici aux élections européennes de mai 2019, l’objectif étant d’organiser quelque 500 manifestations supplémentaires », indiquait un communiqué de la Commission, mi-février.

Un chiffre qui semble être la clé de voûte de la stratégie de communication de la Commission. « Nous avons déjà organisé 500 dialogues citoyens », s’est empressée d’ajouter Mariya Gabriel avant que le dialogue à Paris ne se termine.

La Commission envoie régulièrement ses 28 apôtres prêcher les bienfaits de l’UE et de ses politiques dans le but de répondre aux citoyens européens qui reprochent aux élites d’être trop éloignées de leurs préoccupations. Mais, en pratique, ces débats s’apparentent plus à la stratégie de communication de la Commission qu’à une discussion approfondie avec les citoyens.

D’Internet aux urnes: les jeunes doivent s’engager pour la démocratie

Le Parlement européen cherche comment transformer l’engagement en ligne des jeunes en participation électorale en 2019. Explications de Ramón Luis Valcárcel et Sylvie Guillaume.

C’est ainsi que Violeta Bulc, commissaire européenne au transport, s’est rendue à l’université de Covilha au Portugal le 4 mars. Le même jour, Vytenis Andriukaitis, était à Sofia en Bulgarie, et au salon de l’agriculture à Paris deux jours avant. Quant à Günther Oettinger, commissaire au budget, il se trouvait à Malte le 1er mars pour parler du cadre financier pluriannuel.

Leur format est souvent le suivant : des citoyens qui répondent présents en masse, de très nombreuses questions, et des réponses certes, mais des réponses concises, parfois très floues lorsque des questions peu politiquement correctes surgissent. Et puis beaucoup de photos, avant de remonter dans le train pour Bruxelles.

La Commission estime que ces dialogues motiveront les citoyens à aller voter lors des élections européennes en les incluant au débat sur l’avenir de l’Europe. Mais pour redorer l’image d’une UE souvent perçue comme trop cadrée, hiérarchisée, c’est raté.

Confiance des Français envers l’UE

« Il faut généraliser les consultations citoyennes et non pas entamer le dialogue deux mois avant les élections européennes. Il faut démarrer dès 2018 », a déclaré Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État en charge du Numérique, faisant référence à la version française des dialogues citoyens, une idée lancée par Emmanuel Macron. Mais pour la concrétisation, la France veut prendre le contre-pied de ce que fait la Commission : lancer le débat dans la société civile, sans faire intervenir les institutions.

Reconnecter les citoyens à Bruxelles, le pari ambitieux des consultations citoyennes

La France espère reconnecter Bruxelles et les citoyens européens en suscitant des débats organisés par la société civile. La participation de Jean-Claude Juncker à la première rencontre le 17 avril reste en suspens.

 

La méthode permettra-t-elle de changer la donne ? Au lendemain de l’élection du président français, la confiance des Français envers l’Union européenne s’était fortement améliorée passant de 26 % à 41 %, indique l’Eurobaromètre d’automne 2017, publié le 15 mars. Mais six mois plus tard, les Français ne sont plus que 33 % à avoir « plutôt confiance » envers l’UE soit un recul de huit points, contre 56 % qui ont « plutôt pas confiance », en hausse de sept points.

À titre de comparaison, ce pourcentage est inférieur de huit points par rapport à la moyenne des 28 États membres (41 %). Seuls le Royaume-Uni (29 %) et la Grèce (23 %) enregistrent un niveau de confiance inférieur à l’égard de l’UE.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER