L’idée d’une Europe à plusieurs vitesses ravive la fracture entre Est et Ouest

Le consensus du sommet de Versailles sur la nécessité d’une Europe à plusieurs vitesses risque de ranimer les tensions entre les pays de l’Europe centrale et orientale et ceux de l’Europe de l’Ouest.

Après la gestion difficile de la crise migratoire, le clivage entre les pays de l’Europe de l’Ouest et ceux de l’Est pourrait être ravivé par la perspective d’une Europe à plusieurs vitesses, une option de plus en plus soutenue par l’aile occidentale du Vieux Continent après le Brexit.

« Noyau dur » versus périphérie

Si l’option d’une Europe constituée d’un « noyau dur » et d’une périphérie séduit du côté de la France, de l’Allemagne ou de l’Espagne, les pays entrés plus récemment dans la communauté européenne voient d’un mauvais œil ce repli.

« Le sommet de Versailles n’est pas vu d’un bon œil si vous venez d’un petit État membre », a expliqué l’eurodéputé hongrois György Schöpflin, à l’occasion d’un débat organisé par le Club Grande Europe à Paris, le 7 mars. Selon l’élu du Fidesz, si ces pays « continuent à pousser pour un noyau dur dans l’UE, ils vont éloigner les pays d’Europe centrale et orientale ».

«L'Europe à deux vitesses serait synonyme d'apartheid»

L’eurodéputé bulgare Peter Kouroumbashev (S&D) a comparé l’idée d’une Europe à deux ou plusieurs vitesses, préconisée par la Commission européenne, à l’apartheid. Pour lui, ce projet pourrait même détruire l’Union.

Le sommet de Versailles a réuni le 6 mars les dirigeants de l’Allemagne, de la France de l’Italie et de l’Espagne, à la demande du président François Hollande. Cette réunion regroupant les quatre États membres les plus peuplés de l’UE avait vocation à préparer le sommet européen des 9 et 10 mars qui doit se tenir à Bruxelles.

UE post-Brexit

L’autre axe majeur de la réunion était le consensus autour de l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses, une option proposée par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, comme une des réponses possibles de l’UE au départ des Britanniques.

«Longtemps, cette idée d’une Europe différenciée, avec des vitesses différentes, des rythmes distincts pour progresser a suscité beaucoup de résistance. Mais aujourd’hui, c’est une idée qui s’impose. Sinon, c’est l’Europe qui explose » a estimé le président Hollande lors de la réunion de Versailles.

Le noyau dur de l’UE appelle à une nouvelle dynamique politique

Réunis à Versailles lundi 6 mars, Angela Merkel, François Hollande, Mariano Rajoy et Paolo Gentiloni ont chacun à leur façon tenté de relancer une dynamique politique autour de l’Europe.

L’option de l’Europe à plusieurs vitesses est pour l’heure l’un des cinq scénarios proposés par la Commission pour sortir l’UE de la crise. Mais parmi les options présentées dans le livre blanc, elle semble être celle qui engrange le plus de soutien du côté des États membres.

« En général, je trouve important d’avoir des débats informels entre les pays » a de son côté affirmé Petr Drulak, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères de la République tchèque, faisant référence au sommet quadripartite. « Mais toutes les initiatives qui en résultent doivent être ouvertes et les autres États membres doivent pouvoir les modifier », a-t-il prévenu.

Groupe de Visegrad

La République tchèque est membre du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne,  République tchèque et Slovaquie). Ce groupe informel permet aux quatre pays de porter des positions communes au sein de l’UE. Un processus plutôt régulier, qui permet de dégager des positions majoritaires et une négociation par bloc. Toutefois, ces alliances  informelles ne doivent en aucun cas être formalisées, au risque d’exclure du processus de décision les autres États membres.  « On peut commencer dans un groupe plus étroit, mais ensuite le débat doit s’ouvrir à tous », a rappelé l’ancien ministre.

« Je ne sais pas si l’Estonie supportera une Europe à plusieurs vitesses, car on a toujours voulu une Europe unie » a de son côté indiqué Alar Streimann, ambassadeur d’Estonie en France. Le pays balte doit prendre la présidence tournante de l’UE à partir de juillet 2017, et compte faire le l’unité européenne sa priorité absolue.  « « A 27, il y a toujours des accros. Mais l’UE fonctionne, de la perspective de l’Estonie ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.