L’UE cherche sa voix sur la scène internationale

Angela Merkel au Niger en août 2017, pour aborder la question migratoire.

Les crises géopolitiques s’enchainent et l’Union peine à s’affirmer sur la scène internationale. Un constat dressé par deux spécialistes des questions de politique étrangère, Arnaud Danjean et Norbert Rottgen.

« Le service européen pour l’action extérieure (SEAE) est un outil plus bureaucratique que diplomatique » . Pour Arnaud Danjean, eurodéputé PPE et président du comité de rédaction de la Revue stratégique sur la défense, l’organe instauré il y a 8 ans n’aura pas permis l’avènement d’une diplomatie européenne stricto sensu.

« Que ce soit lors de la crise en Crimée, ou lors de la guerre en Syrie, l’Europe n’a pas pu jouer son rôle », explique l’eurodéputé invité à s’exprimer sur l’avenir de la diplomatie européenne à Paris par le Conseil européen des relations internationales (ECFR). La voix de Federica Mogherini, la haute représentante pour les Affaires étrangères de l’Union, peine à se faire entendre. Malgré des progrès évidents par rapport à sa prédécesseur, Catherine Ashton, les décisions qui concernent la politique étrangère commune se prennent à l’unanimité des voix des 27, et les divisions sont nombreuses entre pays atlantistes et bloc de l’Est.

Pessimisme à moyen terme

« Trop de crises structurelles secouent l’Europe et attisent les antagonismes », rappelle le député. Selon lui, « la crise migratoire et sa gestion par l’Union exacerbent les oppositions entre États membres ». Au cours des dernières années, la gestion des flux migratoires a provoqué une crise au sein de l’Union. Les États de l’Est, qui n’ont pas de tradition d’accueil ou de passé colonial, refusaient de remplir leur devoir de solidarité vis-à-vis des États exposés à la migration comme la Grèce ou l’Italie.

Mogherini appelle à une solution «pacifique, pas militaire» en Corée

Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a appelé la communauté internationale à user de « moyens pacifiques et non militaires » pour mettre fin à la crise avec la Corée du Nord, qui doit pour sa part éviter « tout nouvel acte de provocation ».

Ces crises internes déteignent sur la politique étrangère de l’Union : « à moyen terme, je ne pense pas qu’une politique commune efficace puisse émerger en Europe », prédit l’expert des questions de défense, pour qui la résolution de la crise migratoire est un préalable à tout développement d’une diplomatie européenne.

Trump, l’espoir fédérateur

L’absence de position commune en Europe fait l’affaire des autres puissances. « Les pays des Balkans qui étaient tournés vers l’Union regardent désormais vers la Russie ou la Turquie » poursuit Arnaud Danjean, qui s’inquiète de la perte d’influence de l’UE.

Seul point fédérateur au compteur : Donald Trump. « Le président américain rassemble les États membres. Personne ne le soutient » constate le député qui considère que Trump est un « challenge pour la diplomatie européenne ». Un défi à relever, notamment vis-à-vis de l’accord sur le climat, alors que la Syrie vient d’affirmer son intention de ratifier les accords de Paris, faisant des États-Unis le seul pays à rejeter la Cop21.

Le couple franco-allemand doit ouvrir un chantier diplomatique

Le tandem franco-allemand, espéré par Emmanuel Macron mais toujours en suspens du fait des tractations au Bundestag, pourrait inverser la vapeur. « Une voie est tracée, mais il faut se mettre en route », résume Norbert Rottgen, président de la commission des affaires étrangères du Bundestag. « L’Europe a besoin d’un leadership franco-allemand qui prenne en considération les autres États membres », assure-t-il, notamment à l’intention de la Pologne, « plus grand pays du bloc de l’Est » et allié stratégique de l’Allemagne sur le plan énergétique.

La diplomatie polonaise auprès de l’UE mise à mal

La semaine dernière l’ambassadeur polonais auprès de l’UE, Jarosław Starzyk, a démissionné de son poste à Bruxelles. Notre partenaire Gazeta Wyborcza revient sur les circonstances de son départ.

En matière de politique extérieure, c’est pourtant la France qui devrait ouvrir la voie : « pour des raisons historiques, l’Allemagne n’est pas une puissance diplomatique » concède Norbert Ruttgen, même si son pays « est plus interventionniste qu’avant ». L’envoi de troupes allemandes au Mali au côté de la France dès 2015 a correspondu à une forme de prise de conscience outre-Rhin : « nous ne pouvons pas être une grosse Suisse » ironise le député allemand. La France reste la voix qui compte en matière de diplomatie européenne mais l’Allemagne n’a pas l’intention de lui laisser le champ libre.