L’UE interpelle la Turquie sur les droits humains mais souligne un « partenariat » important

Les dirigeants européens ont demandé des "gestes crédibles" et des "efforts durables" de la part d'Ankara et l'ont placé sous surveillance jusqu'au mois de juin tout en agitant la menace de sanctions. [PRESIDENTAL PRESS OFFICE]

Les dirigeants de l’Union européenne, en visite mardi en Turquie pour relancer les relations bilatérales, ont interpellé le président Recep Tayyip Erdogan sur les droits humains, tout en soulignant l’importance du « partenariat » avec un pays qui a soulagé l’Europe en accueillant plus de quatre millions de réfugiés.

Parlant lors d’une conférence de presse après avoir rencontré M. Erdogan à Ankara, le président du Conseil, Charles Michel, a affirmé lui avoir transmis « les profondes inquiétudes » de l’UE quant aux violations des droits.

« L’Etat de droit et le respect des droits fondamentaux sont des valeurs essentielles de l’UE », a-t-il déclaré.

« La Turquie doit respecter les droits humains », a renchéri la présidente la Commission, Ursula von der Leyen, regrettant notamment le récent abandon par Ankara de la Convention dite d’Istanbul contre la violence à l’égard des femmes. « C’est un mauvais signal », a-t-elle dit.

Outre le retrait de la Turquie de cette convention, elle a cité le cas du mécène et personnalité de la société civile Osman Kavala et du dirigeant kurde Selahattin Demirtas, tous deux détenus, et affirmé que la question des droits humains était pour l’UE « non-négociable ».

Les deux dirigeants européens ont toutefois relevé que la Turquie demeurait « un partenaire important » de l’UE et souligné son rôle dans l’accueil de réfugiés, notamment Syriens, dont plus de 4 millions y sont installés.

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Le président du Conseil, Charles Michel, et la présidente la Commission, Ursula von der Leyen, doivent soumettre lors de cette visite au président turc Recep Tayyip Erdogan les modalités de la reprise graduelle des relations économiques et discuter du soutien pour les réfugiés installés dans son pays.

« Partenaire  » 

« L’UE est le plus large partenaire de la Turquie », a dit M. Michel. « Nous sommes reconnaissants pour l’accueil de réfugiés par la Turquie ».

Mme Van der Leyen a elle aussi souligné que la Turquie était « un partenaire important » et affirmé que l’UE était déterminée à aider Ankara pour répondre aux besoins des réfugiés.

Après une année de tension, les responsables turcs ont multiplié les appels au dialogue avec les Européens pour régler les sujets délicats, qui, outre la dispute maritime gréco-turque en Méditerranée orientale, portent notamment sur le rôle de la Turquie dans les conflits en Syrie, en Libye et plus récemment au Nagorny Karabakh.

Mais les dirigeants européens ont demandé des « gestes crédibles » et des « efforts durables » de la part d’Ankara et l’ont placé sous surveillance jusqu’au mois de juin tout en agitant la menace de sanctions.

Ils réclament du président turc des actes pour démontrer sa volonté d’apaisement, notamment en lien avec son contentieux en Méditerranée orientale avec la Grèce et de Chypre, le retrait de ses troupes de Libye et le respect des droits fondamentaux dans son pays.

« Nous voulons aller de l’avant ensemble vers des meilleures relations à l’avenir mais nous sommes au début du chemin et les semaines et mois à venir montreront jusqu’où on pourra aller », a affirmé Mme Van der Leyen à Ankara.

Soulignant que les entretiens s’étaient déroulés « dans une atmosphère positive », le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, a affirmé que M. Erdogan a présenté aux dirigeants européens « la perspective de la Turquie quant aux relations futures avec l’UE » et leur a fait savoir qu’Ankara visait toujours d’obtenir « une adhésion complète à l’UE ».

La politique de l’apaisement menée depuis peu par la Turquie survient alors qu’Ankara s’inquiète d’un possible durcissement américain avec l’entrée en fonctions d’une nouvelle administration à Washington moins conciliante à son égard que celle de Donald Trump.

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La réunion de mardi s’inscrit dans la deuxième phase des pourparlers dits « exploratoires« , un mécanisme réactivé fin janvier après cinq ans d’interruption.

 « Extension rapide » 

En guise d’encouragement, l’UE s’est dite prête à engager la modernisation de l’Union douanière, à reprendre le dialogue à haut niveau suspendu en 2019 sur certains sujets comme la sécurité, l’environnement ou la santé, et à accorder certaines facilités de visas aux ressortissants turcs.

Ankara souhaite aussi le renouvellement de l’accord signé en 2016 avec l’UE, qui a permis de réduire considérablement le passage de migrants vers l’Europe depuis la Turquie en contrepartie d’une importante aide financière.

Selon M. Kalin, le président turc a appelé lors des entretiens à une « extension rapide » de ce pacte, qui a expiré en mars.

Bruxelles reproche à Ankara d’avoir arrêté de reprendre les migrants en situation irrégulière sur les îles grecques depuis le début de la pandémie de coronavirus.

« Nous nous attendons à ce que la Turquie respecte ses engagements, et cela signifie empêcher les départs irréguliers et reprendre sans tarder l’accueil de ceux qui sont renvoyés des îles grecques », a affirmé Mme Van der Leyen.

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