Macron et Merkel signent la déclaration de Meseberg pour réformer l’Europe

[EEPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

Le président et la chancelière ont tenu une conférence de presse commune pour afficher les positions franco-allemandes avant un sommet européen fin juin. Au menu : Europe de la défense, les migrants, la réforme de la zone euro. Un article de notre partenaire Ouest-France.

« Nous avons une bonne discussion bilatérale », a commencé Angela Merkel lors d’une conférence de presse le 19 juin. Avec Emmanuel Macron, elle vient de signer la déclaration de Meseberg pour plusieurs réformes de l’Union européenne sur la zone euro, la question migratoire ou l’Europe de la défense.

Les deux dirigeants se sont retrouvés au château de Meseberg, près de la capitale allemande, pour un sommet franco-allemand, dix jours avant le Conseil européen à Bruxelles où l’accord entre Paris et Berlin sera déterminant pour aboutir à un consensus.

La réforme de la zone euro

Sur la zone euro, « c’est là où les travaux ont été les plus compliqués entre nous », a commenté la chancelière. Elle soutient cependant l’idée française d’un budget commun de la zone euro et demande que le mécanisme européen de solidarité (MES) soit transformé en Fonds monétaire européen (FME). Emmanuel Macron y voit « une deuxième étape de notre monnaie unique ». La France espère que ce fonds permettra à un pays européen faisant face à un choc asymétrique de bénéficier d’un système d’aide financière.

Les deux dirigeants sont d’accord pour faire du budget de la zone euro un instrument de convergences entre économies de cette zone. « Nous voulons faire démarrer ce budget lors du prochain budget, les négociations commençant en 2021 », a précisé le président de la République. « Jamais un tel accord franco-allemand n’avait été trouvé », s’est-il félicité.

« Nous voulons agir pour que ce budget soit employé pour renforcer les investissements », s’est déclarée Angela Merkel, confirmant ensuite qu’elle était en faveur d’une base commune à l’impôt sur les sociétés.

Sur l’union bancaire, les deux dirigeants affirment qu’ils ont trouvé un accord pour la mise en place d’un filet de sécurité, appelé « backstop », pour les banques européennes.

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France et Allemagne se retrouvent le 19 juin à Berlin pour un sommet préparatoire au Conseil européen de la fin du mois. Les deux pays conservent des positions divergentes sur l’économie.

 

Avancer sur l’Europe de la défense

Angela Merkel estime que l’Union européenne doit « être davantage en capacité d’agir » sur les questions de politique de sécurité commune. « Nous développerons non seulement une culture commune dans les systèmes d’armement, mais aussi dans les missions de nos armées. En matière de politique étrangère, on peut envisager un Conseil de sécurité européen (sur le modèle de l’ONU, NDLR) pour ne pas tout décider à l’unanimité », a-t-elle précisé.

Le président français confirme qu’il y aura bien dans les prochains mois la mise en place d’une coopération renforcée, « structurée » a-t-il précisé. 10 pays vont mettre en place « une force européenne d’intervention pour mieux coordonner nos doctrines d’interventions ».

La question migratoire

« Ce sujet nous agite beaucoup ces derniers temps », reconnaît Angela Merkel. « Il s’agit d’abord de lutter contre les causes des migrations, avec de l’aide au développement pour les pays d’Afrique ». France et Allemagne soutiennent l’idée d’un renforcement de Frontex. Emmanuel Macron a quant à lui précisé que cette « véritable police européenne des frontières » doit atteindre le contingent de 10 000 personnes.

« Notre objectif reste d’avoir une réponse européenne en évitant que l’Europe se divise », déclare la chancelière, à l’image de ce qu’il s’est passé avec le bateau de l’Aquarius la semaine précédente. « Nous soutenons les plans de la future présidence autrichienne en termes de renforcement de la protection de nos frontières. Il faut harmoniser les normes d’octroi de l’asile » énonce-t-elle.

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Réunis à Paris, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte, le nouveau président du conseil des ministres italien, ont fait montre d’amitié et de coopération après une semaine de déclarations acides au sujet de l’Aquarius.

 

Elle tend la main à l’Italie reconnaissant que « les États les plus impactés doivent bénéficier de notre solidarité et nous devrons prendre en compte les positions italiennes, notamment vis-à-vis de la Libye ».

De son côté, le président français appelle aussi « à agir de manière européenne et coordonnée » en la matière. Il faut « démanteler les réseaux de passeurs, car le risque humanitaire commence à la seconde où on quitte les rives de la Libye » explique-t-il. Il demande également que les examens de demande d’asile aient lieu « dès l’arrivée sur le sol européen », tout en défendant l’idée d’une « révision accélérée » du règlement de Dublin qui définit le droit européen sur ce sujet.

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Les failles de la solidarité européenne se sont creusées avec le blocage du navire humanitaire l’Aquarius par Malte et l’Italie. Une situation qui rend encore plus urgente la réforme du système de Dublin.

Merkel sous pression de la CSU

Les Bavarois de l’Union Chrétienne-Sociale (CSU) et les chrétiens-démocrates de la CDU, le parti de la chancelière, se déchirent sur l’accueil des migrants. Le parti de la Bavière prône sur ce point une alliance avec l’Italie et l’Autriche, deux pays gouvernés par des populistes anti-immigration.

Le ministre allemand de l’Intérieur, le très conservateur Horst Seehofer, a prévenu qu’il sera prêt « en juillet » à « refouler immédiatement » les migrants arrivant aux frontières allemandes en provenance d’un autre pays européen si la chancelière ne parvient pas à une autre solution à l’occasion d’un sommet de l’UE des 28-29 juin.

Angela Merkel avait de son côté promis de tout faire pour trouver d’ici là des accords bilatéraux et européens sur la question, mais elle a rejeté l’ultimatum de son ministre, assurant qu’il n’y aura aucune fermeture « automatique » aux demandeurs d’asile en cas d’échec de ses efforts. « Nous ne voulons pas agir de manière unilatérale, non-concertée et dommageable pour des tiers », a-t-elle dit.

Vendredi, l’Union chrétienne sociale (CSU) a dû démentir tout projet de rupture avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière allemande Angela Merkel, après un canular sur Twitter.

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