Pour Macron et Merkel, changer les traités n’est plus tabou

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors de leur conférence de presse commune du 23 juin. [European Council]

Le Président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont déclaré lors de la clôture du sommet européen qu’une modification des traités ne devait pas être un obstacle aux réformes nécessaires.

En signe d’unité, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont fait une apparition commune dans la salle de presse de la délégation française, qui est plus grande que l’allemande.

Des journalistes, plus nombreux que d’habitude, attendaient avec impatience les deux dirigeants, snobant par la même occasion les dirigeants européens Jean-Claude Juncker et Donald Tusk qui évoquaient les événements de la journée de leur côté.

De telles conférences de presse entre les dirigeants français et allemand ne sont pas nouvelles. Tout le monde se souvient de celle d’octobre 2011 entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, qui avait ouvertement ridiculisé son homologue italien, Silvio Berlusconi.

Cette fois-ci, le ton était plus sobre et Angela Merkel semblait beaucoup plus confiante aux côtés d’Emmanuel Macron qu’à côté de ses prédécesseurs.

Le Président français a répété ce qu’il avait dit la veille sur l’ambition de la France et de l’Allemagne de mener le débat sur l’avenir de l’Europe et de préparer des propositions communes qui seront soumises d’ici à septembre.

Merkel et Macron s’allient sur l’avenir de l’UE

Paris et Berlin présenteront ensemble des propositions concrètes pour l’avenir de l’UE et la zone euro dans trois mois, a annoncé Emmanuel Macron.

Un journaliste a demandé sur le ton de l’humour si les propositions seraient prêtes avant ou après les élections allemandes du 26 septembre. Les sondages d’opinion indiquent que les espoirs d’Angela Merkel de briguer un quatrième mandat pourraient bel et bien se réaliser.

Interrogée sur les propositions, et si celles-ci nécessiteraient une modification des traités, Angela Merkel a répondu la première en déclarant que des changements n’étaient pas une fin en soi et que le but des futures réformes serait de rendre l’Union plus résistante face aux menaces et défis mondiaux.

« S’il est possible de faire cela via des textes de loi, alors pourquoi pas ? Toutefois, si l’on envisage de plus grands projets, alors une modification des traités est nécessaire. Ça dépend », a-t-elle expliqué.

Emmanuel Macron a quant à lui répété que l’Europe devait protéger ses citoyens. Selon lui, si la feuille de route franco-allemande proposée cet automne nécessite un changement des traités, c’est que cela découle d’une logique. « Ce n’est ni une fin en soi ni un tabou », a-t-il commenté.

Difficile de dire si Angela Merkel et Emmanuel Macron bluffent sur la modification des traités car ils savent déjà que leur proposition n’ira pas aussi loin.

Une modification des traités est une procédure extrêmement laborieuse qui nécessite la ratification de tous les États membres et il est fort probable qu’un ou plusieurs pays rejettent les propositions.

Le populisme n’est pas le seul obstacle à une tentative de modifier les traités. Certains États membres pourraient s’opposer à l’idée pour des motifs de politique intérieure, ou de carrière des dirigeants.

Pourtant, une modification des traités semble nécessaire si l’UE veut créer une zone euro avec son propre budget et une représentation parlementaire, ou introduire des règles plus efficaces face aux États membres qui s’éloignent des valeurs européennes ou qui ne sont pas solidaires, comme c’est le cas des pays de Visegrad dans le contexte de la crise des réfugiés.

La Pologne, la Hongrie et la République tchèque font l’objet d’une procédure d’infraction car ils refusent d’accepter le système commun de relocalisation de migrants. La Pologne est le seul pays à être suivi par la procédure de protection de l’État de droit pour les menaces systémiques planant sur ses fondations démocratiques.

« L’UE est fondée sur des valeurs communes », a déclaré Angela Merkel. « Si nous constatons une violation de ces valeurs, nous devons le dénoncer. »

Bruxelles compte sévir sur la relocalisation des réfugiés

La Commission européenne a demandé à l’Espagne et à d’autres pays de l’UE d’accroître l’accueil des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce et a menacé de lancer des procédures d’infraction contre les États les moins solidaires. Un article d’Euroefe.