Macron, roi de l’Europe ?

Emmanuel Macron a bien compris qu'il devrait compter sur Angela Merkel pour mener à bien ses projets pour l'UE. [360b/Shutterstock]

Sept mois après son élection, Emmanuel Macron s’est imposé sur la scène internationale. Alors que certains voient en lui le « nouveau leader de l’Europe », le couple franco-allemand demeure crucial pour mettre en place ses idées. Un article de notre partenaire le Tagesspiegel.

Quand Emmanuel Macron s’exprime, il donne souvent l’impression d’être sur une scène de théâtre plutôt que derrière un pupitre. Il laisse ses mots résonner. Ses gestes sont parfois un peu démonstratifs, mais toujours déterminés. La semaine prochaine, il fêtera ses 40 ans : il est le plus jeune président de l’histoire française. D’aucuns voient en lui la nouvelle figure de proue de l’Europe.

En France sa popularité est en hausse après des premiers mois difficiles. La semaine dernière, quand le pays a rendu hommage à la légende du rock, Johnny Hallyday, Emmanuel Macron a pris la parole devant l’église de la Madeleine. Le chef d’État a encouragé les applaudissements de la foule pour le chanteur décédé « pour que demeure l’esprit du rock and roll et du blues ».

Le président a dédié son appel télévisé à tous les Français, « qui que vous soyez », alors que ses applaudissements se confondaient aux milliers d’autres.

Certains assurent que les compatriotes d’Emmanuel Macron ont davantage remarqué son apparition ce jour-là que le programme politique qu’il a déroulé ces dernières semaines. La popularité de Johnny Hallyday était particulièrement élevée en province, une population parfois oubliée par l’élite politique.

L’icône du rock réussissait à faire le pont entre les citadins aisés et les moins privilégiés. D’une certaine manière, c’est aussi la mission d’Emmanuel Macron : réconcilier la France avec elle-même – et ne pas la laisser aux mains de l’extrême droite du Front national. Pour beaucoup, le chanteur était comme « un ami, un frère », a déclaré le président lors de son discours. Ses fans le soutenaient avec une de ces énergies « qui font un peuple ».

Mettre autant de pathos dans un éloge funèbre est très courant en France quand un président se bat avec ferveur pour ses idées. « En France, nous attendons de notre président de mentionner quelques termes accrocheurs comme initiative, mouvement, dynamique. Les Allemands attendent d’autres choses de leurs leaders : stabilité, réflexion, approche par étapes », explique un responsable du gouvernement français.

Une remarque qui pourrait être directement adressée à Angela Merkel : après treize ans à la chancellerie, celle-ci peine actuellement à former un gouvernement. À Paris, on s’étonne que la stabilité habituelle en Allemagne soit perturbée par les résultats des élections.

Il est dans l’intérêt d’Emmanuel Macron que la formation du gouvernement à Berlin se fasse en accord avec ses idées. Cet été, quelques mois seulement après son investiture, il a défendu un budget de plusieurs milliards pour la zone euro. Quand le parti libéral-démocrate allemand (FDP) a menacé de bloquer ce projet ambitieux lors des négociations avec la coalition Jamaïque, Emmanuel Macron a envoyé son ministre des Finances, Bruno Le Maire, à Berlin. Ce dernier a insisté pour que l’Allemagne ne tue pas dans l’œuf l’idée d’un budget de la zone euro.

Quand la crise politique allemande menace la réforme de la zone euro

La rupture des négociations de coalition en Allemagne menace aussi la réforme de la zone euro, qui ne se fera pas sans Berlin, et les négociations sur le Brexit. Un article d’Euroefe.

Macron parie sur une grande coalition

Lorsque les négociations se sont effondrées à Berlin, c’est Angela Merkel qui a fait appel à Emmanuel Macron. Après sa discussion avec la chancelière, le locataire du Palais de l’Élysée a décroché son téléphone pour s’entretenir avec le chef de file du SPD, Martin Schulz. Suite à l’échec des négociations de la coalition Jamaïque, il espère qu’une grande coalition sera formée. Dans une nouvelle version de cette grande coalition, Martin Schulz doit poursuivre son rêve de budget de la zone euro, un signe de solidarité parmi les États membres.

Un mouvement pro-Macron émerge au Parlement européen

« Refondation européenne » : c’est le nom du mouvement pro-Macron qui se dessine au Parlement européen qui compte déjà 70 soutiens, dont Gilles Pargneaux ou l’espagnol Enrique Caluet-Chambon.

Attentes revues à la baisse

Au vu de la résistance, Paris a revu ses attentes à la baisse sur la réalisation du projet controversé à court terme. Emmanuel Macron devra d’abord attendre et voir si les choses évoluent en sa faveur en Allemagne.

L’impasse politique dans laquelle se trouve Berlin montre à quel point le rôle du couple franco-allemand a changé. Pendant des années, Angela Merkel a donné le ton en Europe. Les présidents français, qu’ils s’appellent Nicolas Sarkozy ou François Hollande, étaient vus comme étant à la botte de la chancelière lorsqu’il s’agissait de politique européenne. La donne est toutefois en train de changer.

Merkel veut des résultats

Sept mois se sont écoulés depuis qu’Emmanuel Macron a foulé les pavés de la cour du Louvre au son de l’Ode à la joie de Beethoven. Tout de suite après son investiture, il a rendu visite à Angela Merkel.

Après leur rencontre, la chancelière avait déclaré qu’il y avait « quelque chose de magique » dans tous les nouveaux départs mais que cette magie ne triompherait que s’il elle débouchait sur des résultats. Le message de Merkel était donc : la France doit d’abord procéder à des réformes nationales avant que Paris n’étende ses demandes en matière de politique européenne.

En France, certains connaissent en détail les doutes des Européens. Les prédécesseurs d’Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy, avaient fait de grandes annonces de réformes mais finalement, rien n’avait changé. Le mécontentement de Berlin résidait surtout dans le fait que la France enfreignait année après année les règles de déficit du Pacte européen de stabilité.

Macron a réussi

Sept mois après sa prise de fonction, Emmanuel Macron peut se targuer d’avoir répondu aux attentes de la chancelière. Il a enclenché un rythme de réformes qui a amené la machinerie gouvernemental au bord de l’épuisement.

Les députés français veulent des conventions démocratiques pour toute l'Europe

Consultation en ligne, puis débats locaux : les conventions démocratiques pour la refondation de l’UE devraient se tenir de mai à octobre 2018, en amont des élections européennes de 2019.

Malgré les difficultés, Macron a su poursuivre le programme de réformes nationales. En novembre dernier, l’Assemblée nationale a adopté la réforme controversée de la loi travail, censée entraîner une baisse du chômage. Les manifestations des syndicats contre la réforme étaient relativement limitées.

Par ailleurs, Emmanuel Macron profite du fait que son parti « La République en Marche » n’a pas de concurrent très sérieux : les anciens partis au pouvoir, les socialistes et les Républicains peinent à se relever d’élections désastreuses.

Optimisme en France

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions des réformes d’Emmanuel Macron, mais il est déjà évident que le jeune président a réussi à insuffler un sentiment de renouveau non seulement dans son pays, mais dans l’UE toute entière.

Son pari de faire campagne sur un engagement fort dans l’UE a également eu d’autres retombées positives, comme ce prix Charlemagne qui vient de lui être décerné, moins d’un an après son arrivée au pouvoir.

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Le président de la République a marqué les esprits avec son discours de la Sorbonne sur le futur de l’UE. Le Prix Charlemagne, récompensant un fort engagement pour l’Europe, lui a été attribué le 8 décembre. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Si en France le système politique tente depuis quelques mois de se renouveler, l’Allemagne s’est retrouvée coincée dans des négociations de coalition vaines. Pour Angela Merkel, les élections ont été une « victoire amère », avait titré Le Figaro au lendemain des résultats.

Depuis, le gouvernement allemand semble collectionner les critiques. « Y-a-t-il un pilote dans l’avion », s’est ainsi demandé France Inter après la décision unilatérale du ministre CSU à l’Agriculture, Christian Schmidt, de voter pour la réautorisation du glyphosate. À Paris, la différence entre la chancelière, 63 ans et monument politique depuis bien longtemps, et l’énergique jeune président Macron, a été bien notée.

Combler le vide

Emmanuel Macron essaie d’ailleurs de combler le vide laissé ces dernières semaines par Angela Merkel sur la scène internationale. Ce week-end, il a reçu Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, et lui a demandé de cesser la colonisation des territoires palestiniens.

Le 12 décembre, il a accueilli à Paris le One Planet Summit, auquel ont pris part pas moins de 50 chefs d’État et de gouvernement et 4 000 autres participants. Le lendemain, il appelait les cinq pays du Sahel, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, à établir une lutte coordonnée contre les terroristes islamistes dans la région.

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Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s’est clairement opposé à la doxa européenne sur la question de la Palestine et du statut de Jerusalem que les Etats-Unis souhaitent voir devenir capitale d’Israël.

Un nouveau leader européen ?

Le magazine américain Time a tranché : sur sa couverture, la photo d’Emmanuel Macron est titrée « le prochain leader de l’Europe ». Avec cependant un astérisque judicieuse : « Encore faudrait-il qu’il arrive à diriger la France ».

Le président français sait bien qu’il ne pourra pas mener à bien ses nombreux projets pour l’UE sans le soutien de la chancelière allemande. Et il le dit. Lorsque le journaliste du Time lui demandait s’il voulait prendre la direction de l’Europe, Emmanuel Macron a répondu : « la classique réponse française serait un grand ‘oui’. Mais je pense que ce serait une erreur ». Il souhaite donc être « l’un des dirigeants » de l’Europe, expliquant qu’il estime faire partie d’une « nouvelle génération […] pleinement convaincue du fait que l’avenir, c’est l’Europe ».

Lors du sommet européen des 14 et 15 décembre, il s’appuiera donc sur son alliée allemande.

Le président ne compte pas s’arrêter à un mandat à l’Élysée. Il estime donc que les élections européennes de 2019 doivent lui servir de tremplin vers des présidentielles réussies en 2022. Si d’ici là certaines de ces idées pour l’Europe ont pu être mises en place, avec l’aide de Berlin, c’est en effet son parti, La République en Marche, qui en sortira grandie. Et vu la situation actuelle, ce plan pourrait très bien fonctionner.