Malte promet une présidence pragmatique

Jean-Claude Juncker et Joseph Muscat [European Commission]

Brexit, élections en France et en Allemagne, 2017 marque une période d’incertitude pour l’UE. Le Premier ministre maltais, dont le gouvernement prend les rênes du Conseil européen jusqu’en juin, a promis d’aligner sa présidence sur les inquiétudes des citoyens.

Joseph Muscat, le Premier ministre de Malte, a assuré que le plus petit pays de l’UE n’avait pas de rêve de grandeur pour sa présidence, qui sera ancrée dans un pragmatisme réaliste associé aux idéaux européens, et notamment à l’objectif de réunir une Europe fragmentée.

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« Tous les travaux que nous réaliserons dans les six mois à venir se transformeront en véritables changements dans la vie des familles et citoyens européens », a déclaré le Premier ministre lors d’une conférence de presse le 11 janvier, alors qu’il accueillait la Commission européenne dans la capitale de La Valette pour le début officiel de la présidence du pays.

Faisant référence à la profonde déconnexion entre les élites et les citoyens de l’union, Joseph Muscat a promis de faire de l’Européen lambda le centre de sa présidence et de se concentrer sur le renforcement du projet européen, qui a pris du plomb dans l’aile lors des crises récentes.

Avec son leitmotiv, « rEUnion », Malte promet une « réelle philosophie d’écoute des gens et de travail avec eux ».

Avenir de l’Europe

Séduits par les promesses de solutions nationales à leurs problèmes, les citoyens européens se détournent du projet européen, a regretté Louis Grech, vice Premier ministre, lors d’une rencontre avec la presse. La réémergence des extrêmes nationalistes et protectionnistes divise des dirigeants qui ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la manière d’aller de l’avant, a-t-il ajouté.

En mars, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE fêteront le 60e anniversaire du traité de Rome dans la capitale italienne. Ce sera l’occasion de mettre en place une nouvelle vision d’avenir pour l’UE. Les préparations de cet événement débuteront le 3 février lors d’un sommet à Malte, durant lequel les dirigeants européens devraient discuter de l’avenir d’une UE à 27, un dialogue entamé à Bratislava.

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« Dans les valeurs européennes qui nous unissent depuis 60 ans, nous pouvons trouver la solution aux vraies questions que nous pose le peuple », a affirmé Joseph Muscat lors de la cérémonie de lancement de la présidence maltaise.

Face à l’immigration et aux inégalités, assumons la solidarité

Il serait cependant mal avisé d’espérer de grandes réformes. « Nous devons nous en tenir aux fondamentaux. Nous ne devrions pas créer de nouvelles initiatives qui accentueraient les tensions existantes », a indiqué Louis Grech, qui estime que l’UE n’est pas prête à une modification des traités.

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Malte se concentrera donc sur « un programme qui compte vraiment », avec en tête l’immigration, le terrorisme, la sécurité et le marché interne. L’inclusion sociale figurera également en haut de la liste, afin de redresser le malaise socio-économique entrainé par la non-application des mesures adoptées après la crise économique.

« Je vois bien les limites de l’approche par ruissellement », a assuré Joseph Muscat aux journalistes, soulignant les inégalités croissantes et l’absence d’une redistribution des ressources adaptée et de politiques dynamisant la croissance.

Dénonçant le politiquement correct, le Premier ministre a juré de trouver des solutions fondées sur la notion de solidarité entre les pays et les peuples et garantissant la croissance et sa redistribution là où elle est le plus nécessaire.

En ce qui concerne l’immigration, le Maltais a admis que la situation était extrêmement difficile. « Nous n’avons pas de solution miracle », a-t-il regretté, appelant à une stratégie à long terme qui rassurerait les citoyens sur le partage égal des efforts.

À tout juste 300 km de la côte tunisienne et de tout temps accostée par des conquérants et nouveaux arrivants, Malte est directement impliquée dans la crise migratoire et a promis de faire des progrès sur le contrôle des frontières, de soutenir une réforme du système d’asile européen et de transformer le Bureau d’appui en matière d’asile en vraie agence européenne.

Au sujet de la réforme du système de Dublin, le vice-Premier ministre a toutefois tempéré les attentes, indiquant que la présidence s’assurerait de l’existence d’une « convergence » entre les États membres.

Brexit, bonne nouvelle pour l’unité européenne

Si Londres déclenche l’article 50 en mars, comme prévu, le Brexit sera un autre sujet important pour la présidence maltaise. Ancienne colonie britannique et alliée traditionnelle de Londres à Bruxelles, La Valette sera chargée de l’organisation des négociations de divorce entre l’union et le Royaume-Uni.

Malte, qui est également à la présidence tournante du Commonwealth, a déclaré avoir rarement vu les États européens aussi unis que lorsqu’il s’agit de préparer la négociation d’un accord qui ne devrait pas avantager un Royaume-Uni hors UE. Le Premier ministre a insisté sur le fait que cette unité ne devrait pas se dissoudre après l’activation de l’article 50 par Theresa May et  le début des tractations.

Lors de la même conférence de presse, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a affirmé que l’UE devait montrer que le départ de Londres ne signifiait pas la fin de l’intégration européenne. « Considérer le Brexit comme le début de la fin serait une grave erreur », a-t-il asséné. « Le sommet de Rome rassemblera les meilleures énergies des nations européennes. »

Malte pourrait être très bien placée pour canaliser ces nouvelles énergies. Le pays, qui a rejoint la zone euro en 2008, n’a presque pas été touché par la crise financière. De fait, contrairement à d’autres pays méditerranéens, Malte n’a pas de dette et sa situation est stable.

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