Mario Draghi rejette l’idée d’« Etats-Unis d’Europe » pour sauver la monnaie unique

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Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a fait savoir dans une rare déclaration politique qu’il rejetait tout « choix binaire » pour l’avenir de la zone euro, écartant tout aussi bien l’idée d’Etats-Unis d’Europe que celle d’un retour aux devises nationales pour enrayer la crise de la dette souveraine.

« Ceux qui affirment que seule une véritable fédération pourrait être durable placent la barre trop haut », a écrit M. Draghi dans une opinion publiée mercredi (29 août).

« Nous avons besoin d’un effort graduel et structurel pour compléter l’UME [Union monétaire européenne] », a-t-il ajouté dans son article publié dans le journal allemand Die Ziet avant d'être repris sur EURACTIV.com.

Ce type d'incursions sur le terrain politique sont extrêmement rares de la part de la BCE et prouvent que la crise de la dette souveraine dans la zone euro atteint un tournant décisif.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré ce week-end qu'elle espérait que lors du sommet de décembre prochain, les leaders européens pourraient définir des étapes concrètes pour l'élaboration d'un nouveau traité renforçant l'union économique et monétaire au sein de la zone euro.

Elle a appelé à une « union politique » et à la supervision centralisée des budgets nationaux au niveau européen pour empêcher la monnaie unique de céder sous le poids de l'accumulation des dettes.

Même si la puissance économique de l'Allemagne place Mme Merkel en position de force pour réclamer une modification du traité européen, la chancelière pourrait être confrontée à une tâche colossale. De nombreux États membres, dont la France, sont réticents à l'idée de s'embarquer dans un nouveau processus de réforme institutionnelle de longue haleine. Ils ont encore bien en tête les débats interminables et les obstacles qui ont dû être surmontés avant l'adoption du traité de Lisbonne.

De manière plus fondamentale, Paris hésite à sauter le pas du fédéralisme réclamé par Berlin et souhaite plutôt renforcer la solidarité et mutualiser les dettes de la zone euro grâce à l'émission conjointe d’euro-obligations. Berlin refuse fermement d'envisager cette option tant que les contrôles budgétaires n'ont pas été renforcés.

Dans son article d'opinion, M. Draghi explique que l'union politique complète n'est pas un prérequis. « L'intégration économique et l’intégration politique peuvent être menées en parallèle.

« Nous n'avons pas besoin de centraliser toutes les politiques économiques », a précisé M. Draghi pour rassurer les sceptiques. « En ce qui concerne les politiques budgétaires, nous avons besoin d'une vraie supervision des budgets nationaux », a-t-il toutefois souligné. « Nous ne pouvons pas nous permettre de nos retrouver dans une situation où certaines régions creusent leur déficit en permanence vis-à-vis des autres. »

« La zone euro n'est pas un État-nation. Mais le partage des pouvoirs et celui des responsabilités peuvent être menés en parallèle », a-t-il conclu.

Lors du dernier sommet européen en juin, les chefs d'État et de gouvernement européens ont reçu un rapport sur l'union économique et monétaire co-écrit par Mario Draghi. Ce rapport devrait permettre d'ouvrir la voie à une intégration européenne renforcée. Il identifie en outre les pièces charnières de cette intégration, à savoir une union bancaire, une union budgétaire et des mesures en faveur d'une union politique.

Des propositions plus détaillées devraient être dévoilées lors du prochain sommet européen les 18 et 19 octobre.

Lors du dernier sommet en juin, les dirigeants européens ont consulté un rapport et une feuille de route pour l'avenir de la zone euro à long terme.

Ce document intitulé Vers une véritable Union économique et monétaire, a été préparé par M. Van Rompuy, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Voici quelques-uns des propositions les plus ambitieuses de ce rapport :

  • établir des plafonds pour les budgets annuels des États membres ;
  • devoir requérir l'autorisation d'émettre des titres de dette souveraine au-delà de ce qui a été décidé en commun ;
  • l'émission de titres de dette communs à moyen terme ;
  • établir un département européen du Trésor ;
  • une meilleure coordination en matière de mobilité de la main-d'œuvre et de fiscalité.
  • 18-19 oct. 2012 : le rapport intermédiaire sur la finalisation de l'union économique et monétaire devrait être présenté lors d'un sommet européen à Bruxelles
  • 13-14 déc. 2012 : le rapport final et la feuille de route pour une union économique et monétaire renforcée devraient être adoptés par les dirigeants européens lors d'un sommet à Bruxelles.

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