Baptême du feu pour le nouveau Premier ministre polonais

Mateusz Morawiecki [EPA-EFE/Radek Pietruszka]

Le nouveau Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, est à Bruxelles pour son premier sommet européen. Ses homologues espèrent qu’il se montrera plus coopératif que sa prédécesseuse, Beata Szydło, qui vient de démissionner.

Mateusz Morawiecki vient d’échanger son poste avec Beata Szydło, qui devient donc vice-Première ministre, après avoir été écartée par son parti, le PiS, qui la considérait « trop faible ». Elle avait pourtant dirigé le gouvernement le plus populaire depuis 1989, notamment grâce à un chômage bas, une augmentation des dépenses publiques et une attention particulière aux valeurs « historiques » de la Pologne.

Lors de sa première apparition au Sejm, le parlement polonais, comme chef de gouvernement, Mateusz Morawiecki s’est fendu d’un avertissement voilé : « Chère Europe ! La pièce polonaise du puzzle trouve sa place dans l’ensemble, mais vous ne pouvez pas le placer au mauvais endroit ou par la force, parce que non seulement cette pièce peut se briser, mais toute l’image pourrait également se briser ».

Il a ajouté que la Pologne n’adhérait pas à l’idée d’une UE constituée de mauvais membres et de bons membres. « Nous ne voulons pas d’une Europe à plusieurs vitesses », a-t-il rappelé.

« Malheureusement, certaines personnes profite encore de leur avance en Europe, et ce ne sont pas les plus pauvres », a-t-il continué.

Tension entre Berlin et Varsovie qui accuse l'Allemagne de soutenir l'opposition

Lors d’une visite en Ukraine, le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a exprimé son indignation face à la politique actuelle de Berlin vis-à-vis de la Pologne. Le ministre assure en effet que l’Allemagne soutient l’opposition. Un article d’Euractiv Pologne.

Du changement, mais pas trop

Mateusz Morawiecki est le contraire de Beata Szydło, qui représentait bien les provinces polonaises. Il maitrise bien l’anglais et l’allemand, a étudié aux États-Unis et en Allemagne et détient un diplôme de droit européen et intégration économique.

Après une expérience internationale à la Deutsche Bank, il a fait carrière dans la banque et a travaillé pour la commission gouvernementale de Jerzy Buzek, qui préparait le pays à son entrée dans l’UE. Les Européens espèrent que son expérience internationale le rendront moins intraitable que sa prédécesseuse et permettront de meilleures relations encore Berlin, Bruxelles et Varsovie.

Le Polonais n’a pourtant jamais fait mine d’abandonner son conservatisme. Sur le plan politique, il a profité d’une bonne relation avec Jarosław Kaczyński, qui dirige le PiS. Selon la rumeur, Jarosław Kaczyński voulait que Beata Szydło démissionne à cause de sa gestion des luttes intestines au sein du gouvernement, alors que Mateusz Morawiecki, nouveau dans le parti, ne représente pas une menace aussi importante.

Le fils de Kornel Morawiecki, fondateur et leader de Solidarność Walcząca, une organisation anti-communiste créée dans les années 1980, est devenu actif dans l’opposition anti-communiste polonaise à l’âge de 12 ans.

Même avant qu’il devienne Premier ministre adjoint en charge des affaires économiques, il soutenait que le plus grand problème de la Pologne était sa dépendance envers le capital étranger – un problématique à laquelle il promettait de s’attaquer. Dans le gouvernement de Beata Szydło, Mateusz Morawiecki a aussi occupé le poste de ministre des Finances depuis septembre de l’année dernière. Il a réduit le déficit budgétaire et mis en place un programme social fournissant 120 euros aux familles de plus d’un enfant.

Dialogue avec Bruxelles

Même s’il fait partie des rares membres du parti PiS à pouvoir réellement dialoguer avec l’élite européenne, sa nomination ne veut pas dire que la Pologne changera sa trajectoire. Cependant sa vision rationnelle et plutôt libérale sur les questions économiques pourrait aider le gouvernement polonais à améliorer ses relations avec l’UE puisqu’il sera un négociateur beaucoup plus modéré que Beata Szydło.

« Nous voulons ouvrir un dialogue avec Bruxelles, mais nous attendons aussi une ouverture de la part de Bruxelles. Moins d’émotion et d’idéologie et plus de rationalisme et de dialogue », a-t-il d’ailleurs déclaré dans une récente interview avec le journal conservateur Gazeta Polska.

Quant à la forêt de Białowieża, il a souligné qu’il « respecterait le verdict de la Cour de justice de l’UE, et qu’il agirait en fonction de ce jugement ».

La CJUE ordonne à Varsovie de cesser les abattages dans la forêt de Białowieża

Saisie par la Commission, la Cour de justice de l’UE a ordonné à la Pologne de suspendre les abattages d’arbres dans la forêt de Białowieża, un site naturel protégé. Varsovie soutient cependant que les abattages permettent d’entretenir la forêt.

Après sa nomination, le président de la Commission Jean-Claude Juncker et le président du Conseil européen, Donald Tusk l’ont félicité. « Je compte sur lui pour une bonne coopération », a twitté Donald Tusk.

Jean-Claude Juncker a quant à lui dit espérer que « la Pologne continuera d’être une force positive de l’intégration européenne » et que le gouvernement Morawiecki sera un important facteur de la réussite économique de la Pologne.

« Je compte sur vous pour participer activement aux activités de renforcement du rôle de l’UE sur la scène internationale, toujours en accord avec les valeurs démocratiques », a-t-il écrit dans sa lettre de félicitations.

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