Peu de place pour l’Europe dans la politique de civilisation de Nicolas Sarkozy

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Très brièvement évoquée, l’Union européenne fait cependant partie de la politique de civilisation détaillée mardi 8 janvier par Nicolas Sarkozy. Revenant sur les priorités de la Présidence française de l’UE (PFUE) en 2008, annoncées de longue date, le président français a indiqué qu’elle serait l’occasion de moraliser le capitalisme financier.

En bref  :

Maigre place pour l’Europe dans la politique de civilisation. Lors de la séance de questions-réponses qui a remplacé la traditionnelle cérémonie des voeux à la presse, mardi 8 janvier, le président de la République a détaillé ce qu’il entendait par « politique de civilisation », un terme énoncé lors de ses voeux télévisés.
N’évoquant que très brièvement la Présidence française de l’Union européenne, qui aura lieu au deuxième semestre 2008, Nicolas Sarkozy n’en a pas moins affiché de très grandes ambitions.

« A la fin de la Présidence française, nous voulons que soient mises en place des politiques communes dans le domaine de l’immigration, de la défense, de l’énergie et de l’environnement », a indiqué le chef de l’État.

Si la politique européenne de l’immigration ou celle de l’énergie et du changement climatique seront débattues à cette occasion, la mise en place d’une politique commune entre les 27 États membres dans ces différents domaines est loin d’être gagnée.

Au cours de son discours introductif, Nicolas Sarkozy est revenu sur sa conception de la politique européenne de l’immigration. « Nous voulons une politique d’immigration basée sur les quotas, qui soit déterminés en fonction des capacités d’accueil et d’intégration ». « Tous les Européens sont d’accords », a-t-il ajouté.

Les Espagnols s’étaient opposés à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, sur ce sujet en septembre 2006. Madrid venait de procéder à une régularisation massive de sans-papiers. Mais Espagnols et Italiens se sont aujourd’hui ralliés à la position française, indiquant qu’il n’y aurait plus de régularisation massive. Ces deux pays « ont même demandé à la France de procéder à des expulsions communes », a précisé Nicolas Sarkozy.

Le huitième Conseil des ministres franco-allemands du 12 novembre dernier a également donné l’occasion à Angela Merkel de rallier la position du président français sur ce sujet. (Lire EURACTIV 13/11/2007)

Durant la conférence de presse, Nicolas Sarkozy est également revenu sur l’une de ses marottes  : l’Europe protection. (Lire EURACTIV 24/05/2007). « Les citoyens de toute l’Europe réclament de la protection. L’Europe n’a pas été bâtie pour inquiéter. La libre concurrence n’est plus compatible avec le dumping social, la réciprocité doit être la règle ». « Si l’on veut faire une Europe politique il faut protéger nos entreprises », a martelé le président français.

« Du point de vue de la demande de protection des Européens, il n’a pas tort », explique Frédéric Allemand, chargé de recherche à la Fondation pour l’innovation politique. Selon une étude menée conjointement par la Fondation pour l’Innovation et Kairos Future, intitulée Les Européens face à la mondialisation, « les Européens attendent une présence des autorités publiques pour réguler la mondialisation ».

En ce qui concerne la régulation de la concurrence et la protection des entreprises, « on peut toujours considérer à bon droit que la politique de concurrence européenne a tendance à empiéter sur la politique industrielle. Mais la politique industrielle est aujourd’hui inexistante en Europe car les États membres refusent que l’UE s’en préoccupe! », explique Frédéric Allemand. « La vraie question est donc plutôt de savoir sur quelle base organiser une politique industrielle européenne et quelle coordination assurer avec la politique de concurrence », poursuit-il.

A noter que cette idée d’Europe protection va à l’encontre de la vision d’une Europe ouverte, partagée par le président de la Commission européenne, la chancelière allemande Angela Merkel, le commissaire en charge du Commerce, Peter Mandelson, et le Premier ministre britannique Gordon Brown.

Nicolas Sarkozy souhaite enfin que la Présidence française de l’UE soit l’occasion de moraliser le capitalisme financier. Evoquant la crise des subprimes aux États-Unis, le président a indiqué que la Caisse des Dépôts et Consignations serait chargée par l’État de mettre en place une « stratégie de protection dans le domaine de la politique industrielle » pour éviter qu’un fonds spéculatif (hedge fund) ne puisse dépecer une grande entreprise française.

Le président français fait aussi partie des chefs d’État de l’UE faisant pression pour qu’un code de conduite soit mis en place afin de réguler les fonds spéculatifs.

Dans un courrier adressé au premier ministre du Portugal au mois d’octobre dernier, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont demandé à la présidence portugaise de l’UE de réfléchir à des moyens pour assurer plus de transparence et de supervision sur les marchés financiers afin de mieux lutter contre les effets négatifs des fonds spéculatifs.

Une série de premières mesures pourrait être adoptée lors du Sommet européen de printemps, les 13 et 14 mars prochains.

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