Piotr Maciej Kaczy?ski : Le trio de présidences est une « vaste blague »

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Le trio de présidences est une « vaste blague », d'autant plus aujourd'hui avec un trio qui regroupe la Pologne, le Danemark et Chypre, trois pays avec des programmes complètement différents, explique un éminent analyste politique à Bruxelles.

Piotr Maciej Kaczy?ski, un chercheur du Centre for European Policy Studies, a déclaré que la Pologne n'était guère préoccupée des deux présidences suivantes, le Danemark et Chypre, et qu'elle ne s'était intéressée qu'à sa propre période de six mois à la tête de l'UE qui se terminera le 31 décembre.

Les Danois, qui succèderont à la Pologne, ne s'intéressent aux affaires européennes que depuis de récentes élections. Ils n'ont donc pas été impliqués dans la définition des objectifs communs, a expliqué M. Kaczy?ski à Bruxelles hier (20 décembre).

Le chercheur s'est montré encore moins tendre avec Chypre, l'île divisée qui a rejoint l'UE en 2004 et qui exercera sa première présidence de l'UE au second semestre de 2012.

« Les Chypriotes sont paralysés, car les défis sont énormes pour leur petite administration publique et le géant politique qu'est la Turquie les menace », a avancé M. Kaczy?ski.

La Turquie a prévenu qu'elle pourrait suspendre ses relations avec la présidence de l'UE si Chypre assumait cette fonction à partir de juillet 2012 sans qu'une solution n'ait été trouvée sur la division de l'île. Le vice-premier ministre turc, Be?ir Atalay, aurait affirmé qu'Ankara envisagerait même de geler ses relations avec l'UE, et ce malgré les efforts du pays pour rejoindre l'Union.

M. Kaczy?ski a déclaré que les Chypriotes n'étaient « pas disposés » à coopérer avec les Polonais et les Danois.

« Personne n'est intéressé »

« Personne n'est intéressé en réalité. Ils ont participé à 14 réunions préparatoires environ, bien, et ont présenté un programme sur 18 mois, mais il ne s'agit pas de leur programme, c'est celui de la Commission », a-t-il affirmé.

Ce chercheur du CEPS s'est exprimé à l'occasion de la publication de son étude, intitulée « Polish Council Presidency 2011 – Ambitions and Limitations », par le Swedish Institute for European policy Studies (Sieps).

S'agissant de la préparation de la Pologne en amont de sa présidence, il a déclaré que Varsovie avait pratiquement refusé les conseils de la Hongrie qui occupait ce poste au semestre précédent. « Les Hongrois ont dit : nous avons acquis des connaissances, nous voudrions les partager avec la future présidence [polonaise]. Certains diplomates hongrois ont été déçus que les Polonais n'aient pas souhaité bénéficier de leur expérience. Mais les Polonais n'avaient de leçon à recevoir de personne. »

Il a expliqué que la Pologne avait travaillé en étroite collaboration avec l'Allemagne et le secrétariat du Conseil pour préparer sa présidence.

La Hongrie a été sous le feu des critiques lors de ses six mois à la barre de l'UE début 2011 pour des questions de politique intérieure, notamment une loi controversée sur les médias qui, selon ses détracteurs, restreint la liberté de la presse.

De bons soldats, pas de généraux

Les Polonais ont été « de bons soldats dans l'armée qui a lutté contre la crise, mais pas des généraux », a déclaré M. Kaczy?ski. Dans la mesure où la Pologne ne fait pas partie de la zone euro, elle n'a en effet pas pu participer aux réunions de l'Eurogroupe. Le ministre polonais des finances, Jacek Rostowski, a été autorisé à participer à une réunion en juillet en tant que représentant de la présidence, mais les membres de l'Eurogroupe se sont par la suite opposés à cette pratique, a-t-il expliqué.

« La Pologne s'est rendu compte que toutes les portes ne lui étaient pas ouvertes », a-t-il affirmé, prévenant que le Danemark pourrait se retrouver dans la même posture, étant donné son refus d’adopter l'euro suite à un référendum en 2000. Il pourrait en être de même pour Chypre également, dans la mesure où l'île ne fait pas partie de l'espace Schengen de libre circulation. Le Danemark jouit en outre d'un statut particulier dans l'espace Schengen.

Un seul point à l'ordre du jour en six mois

La Pologne n'a pas pu influer sur le programme du Conseil européen, à une exception près, a affirmé M. Kaczy?ski. Elle est en effet parvenue à convaincre le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, de mettre l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'espace Schengen à l'ordre du jour d'une réunion du Conseil de l'UE en septembre. Cette tentative a cependant échoué, dans la mesure où la Finlande et les Pays-Bas ont opposé leur veto à l'élargissement de l'espace Schengen.

En termes de prestige international, la présidence du Conseil de l'UE n'a pas accordé spécialement beaucoup d'importance au premier ministre polonais, Donald Tusk, a affirmé M. Kaczy?ski.

« La meilleure occasion pour M. Tusk de se mettre en avant a été le sommet du Partenariat oriental », qui a eu lieu en septembre dernier à Varsovie. Mais ce sommet n'a remporté qu'un succès mitigé en raison de tensions avec le Bélarus.

En revanche, le principal objectif de la Pologne était d'améliorer sa position dans l'UE et cet objectif a été atteint, a souligné M. Kaczy?ski.

« Vous ne pouvez pas accomplir de miracles en Europe. Si vous le pensez, vous êtes condamnés à échouer », a-t-il ajouté.

Fin 2009, la Belgique, l'Espagne et la Hongrie se sont mises d'accord sur un programme de 18 mois débutant en janvier 2010 pour leur « trio » de présidences de l'UE.

Les trois pays ont promis une certaine continuité à la barre de l'UE. Il s'agissait du premier « trio de présidences » à prendre les rênes depuis la révision des institutions de l'UE dans le cadre du traité de Lisbonne.

L'actuel « trio de présidences » comprend la Pologne, le Danemark, qui occupera ce poste dès le 1er janvier 2012, et Chypre, qui exercera la présidence à partir du 1er juillet 2012.

  • 31 déc. 2011 : fin de la présidence polonaise.
  • 1er jan. 2012 : début de la présidence danoise.
  • 1er juil. 2012 : début de la présidence chypriote.
  • 1er jan. 2013 : début de la présidence irlandaise.
  • 1er juil. 2013 : début de la présidence lituanienne.
  • 1er jan. 2014 : début de la présidence grecque.

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