Le président polonais défend une Union de «nations libres»

La Président Duda estime que Bruxelles ne s'occupe pas assez de l'Est. [@delaPR_ Twitter]

Andrzej Duda, le président polonais, a présenté sa vision pour l’avenir de l’UE lors d’un discours marquant le début de l’année académique du Collège de l’Europe de Varsovie. Un article d’Euractiv Pologne.

Andrzej Duda estime que le projet européen est en danger et qu’en cherchant des solutions, les personnalités politiques devraient être attentifs à ne pas « briser la fragile unité européenne ». Ce n’est pas la première fois que le président s’exprime contre une Europe à deux ou plusieurs vitesses. La Pologne et d’autres États de la région, comme la République tchèque, qui n’ont pas encore adopté l’euro s’inquiètent de voir les pays de la zone euro décider d’une intégration rapide et profonde qui les laisserait sur le carreau.

« Je ne doute pas un instant que le maintien d’une construction hiérarchique d’une Europe à deux vitesse aura pour résultat un affaiblissement interne et externe de la communauté. Cela renforcera également les tendances à la désintégration, au détriment des principales réalisations de l’UE : la zone Schengen et les quatre libertés du marché unique – la libre-circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux », a déclaré Andrzej Duda.

Selon lui, la communauté européenne doit redevenir une source de liberté et d’unité, plutôt que génératrice de limitations et de divisions. « L’UE doit faire preuve de davantage de démocratie et de respect pour les élections démocratiques des nations européennes », a-t-il assuré devant le collège de l’Europe. « Pour ce faire, elle doit retourner à ses racines, au modèle d’une communauté de nations libres et d’États égaux. Les citoyens sont la force de l’Europe, qui est inscrite dans leur ADN. »

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Depuis 2015, les tentatives du gouvernement pour contrôler le pouvoir judiciaire se multiplient. Des milliers de Polonais sont descendus dans la rue pour dénoncer cette dérive. Un article d’Euractiv Pologne.

 « L’ombre de la Guerre froide »

Le président polonais a également souligné que les structures de l’UE n’incluaient toujours pas toute l’Europe et qu’une vraie unification n’avait pas encore été atteinte, étant donné que « toute la région orientale de l’Europe ne fait pas encore partie de la communauté européenne ».

La Pologne est un grand défenseur de l’adhésion de l’Ukraine, alors que la plupart des autres États membres ne souhaitent pas se pencher sur la question, étant donné le parti-pris de la Commission Juncker sur les adhésions.

Andrzej Duda a par ailleurs indiqué qu’il n’était pas sûr que « l’ombre des divisions de la Guerre froide » ait été complètement éradiquée de toutes les sociétés européennes. « Une Europe unie ne devrait-elle pas  utiliser davantage les initiatives, l’énergie et l’optimisme des citoyens d’Europe centrale ? », se demande-t-il, faisant remarquer qu’il reste de nombreux stéréotypes et perceptions fausses associées aux pays de l’est.

L’Initiative des trois mers représente à ses yeux un exemple de programme « ambitieux » de coopération entre des pays du centre et du sud de l’Europe qui tentent de rattraper leur retard de développement. « Nous ne voulons pas être les seuls bénéficiaires de l’unité européenne, nous voulons la renforcer et la promouvoir de manière créative pour toute l’UE », insiste-t-il.

Cette initiative, aussi connue sous le nom d’Initiative des mers du Baltique, de l’Adriatique et de la Mer Noire (IMBAMN), est un projet récent comprenant la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, l’Autriche, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et la Slovénie. Le premier sommet a eu lieu à Dubrovnik, en 2016. Varsovie a accueilli une nouvelle rencontre dans ce cadre en juillet 2017.

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Liens transatlantiques

Maintenir des liens étroits avec les États-Unis et développer la dimension orientale de la politique européenne sont deux points importants pour la Pologne et sa sécurité, a expliqué le président. Il juge ainsi essentielle la solidarité transatlantique, « surtout à l’heure actuelle, alors que le caractère impérial de la politique étrangère de certains pays se manifeste de plus en plus, pour la sécurité du monde occidental et la durabilité du droit international ».

Varsovie, alarmée par ce qu’elle considère comme une affirmation de la puissance russe sur le flanc est de l’OTAN, milite pour le stationnement de troupes alliées sur son territoire, surtout depuis l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014. Le pays investit également énormément dans sa défense.

Selon Andrzej Duda, les guerres en Géorgie et en Ukraine, l’annexion de la Crimée et le conflit gelé de Transnistrie sont des rappels de « l’impermanence de la paix ». « Nous le voyons mieux que d’autres, parce que notre propre sécurité, comme la sécurité de l’Europe toute entière, en dépend », a-t-il conclu.

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