Présidence française de l’UE : la France devra être le «porte voix» des Européens, selon Kouchner

2a073bdf4c07dcc4e2ab61b6374fe0d0.jpg

Faire le point sur la préparation de la future Présidence de l’UE, tel était l’objectif de la conférence de presse organisée, mardi 13 mai, par Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet, cinquante jours avant le début de la Présidence. Aucun élément nouveau n’a cependant été annoncé.

Pour la première fois de manière officielle, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, s’est donc exprimé sur la préparation de la Présidence française de l’UE (PFUE), qui démarre le 1er juillet prochain.

Revenant sur les grandes lignes des priorités de la PFUE – énergie et lutte contre le changement climatique, immigration, Europe de la défense, régulation financière et avenir de la PAC – Bernard Kouchner n’a cependant fait aucune annonce particulière (Lire le dossier d’EURACTIV.fr sur les priorités de la Présidence française de l’UE). Mais il s’est positionné sur l’Europe, un domaine sur lequel, depuis un an, le ministre des affaires étrangères et européennes n’a pas été entendu. Contrairement à son secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, d’ailleurs à ses côtés à cette occasion.

« Proposer et convaincre »

Fier de la relance de la construction européenne depuis la signature du traité de Lisbonne, Bernard Kouchner a estimé que les avancées institutionnelles induises par le texte (notamment la nomination d’un haut représentant pour la politique étrangère et la mise en place d’un président de l’UE pour deux ans et demi) donnaient à la période qui s’annonce « une gravité » et impliquaient pour la future Présidence française de l’UE « de proposer et de convaincre », en se faisant « le porte voix des Européens ».

Une attitude visant à donner tort aux détracteurs de la France, qui en Europe et à Bruxelles, accusent l’Hexagone d’arrogance et ont été exaspérés, au début de l’année, par les annonces anticipées de la France en pleine présidence slovène de l’UE.

« La présidence de l’Europe n’a pas pour objectif d’imposer nos idées, mais de travailler à proposer les idées des autres », a-t-il encore martelé. Illustration, selon lui, de la volonté française de tout faire pour concilier les points de vue des États membres, le deuxième dîner informel en présence des ministres des Affaires étrangères des 27 s’est tenu, mardi 13 mai, au Quai d’Orsay. Sans parler des visites bilatérales dans les 26 pays de l’UE effectuées depuis le début de l’année par Jean-Pierre Jouyet.

« Réconcilier l’Europe avec les citoyens français »

Autre leitmotiv du gouvernement de nouveau évoqué par Bernard Kouchner, saisir l’occasion de la Présidence française pour « réconcilier l’Europe avec les citoyens français ». « Il faut faire en sorte que les Français ressortent de ces six mois avec le sentiment que l’Europe peut faire plus pour eux, qu’elle peut incarner leur avenir et celui de leurs enfants ». Des conférences-débats prévues en région vont donc donner la parole aux citoyens. A noter toutefois que les huit prévues au départ par le Quai d’Orsay ont été réduites à trois. « Il ne s’agissait pas pour le gouvernement de se substituer aux initiatives de la société civile », a justifié Jean-Pierre Jouyet.

L’immigration, priorité controversée de la PFUE

Parmi les priorités de la Présidence française, l’immigration a fait l’objet de nombreux commentaires lors de la conférence de presse. Si aucune précision sur le contenu et l’impact juridique du pacte européen de l’immigration n’a été donnée, Bernard Kouchner a souligné le « formidable accueil » reçu par l’initiative du ministre de l’immigration français, Brice Hortefeux.

Souvent opposé à la position de Nicolas Sarkozy sur cette question, notamment en ce qui concerne la régularisation des sans-papiers, le ministre des Affaires étrangères a souligné qu’il était attaché à ce que l’Europe reste ouverte et pluraliste. Il a néanmoins reconnu avoir été convaincu par la volonté des Européens, particulièrement des Espagnols, de mettre au point une charte commune sur l’immigration, après des régularisations massives en 2006.

Interrogé sur les grandes divisions parmi les États membres sur la directive retour*, actuellement en discussion au Parlement européen, Bernard Kouchner s’est contenté de répondre qu’il était « toujours difficile de se mettre d’accord à 27 », tout en espérant que les six mois de la présidence française suffiraient à parvenir à un accord sur ce dossier. Jean-Pierre Jouyet a de son côté ajouté que la position du Parlement européen en juin prochain serait une bonne base de compromis, révélatrice des positions des 27 États membres sur ce sujet.

L’Italie devrait coopérer sur l’immigration

Quant à la volonté de l’Italie de prolonger le délai de rétention des clandestins à 18 mois, Bernard Kouchner a indiqué que son homologue, l’ancien commissaire à la Justice et aux Affaires intérieures, Franco Frattini, l’avait rassuré sur la volonté de coopération de l’Italie sur ce point.

Sujet cher à Bernard Kouchner, la situation au Kosovo et en Serbie a été largement évoquée. Les deux ministres se sont réjouis de la défaite des nationalistes serbes, lundi 12 mai, et ont indiqué que la PFUE serait l’occasion de donner une impulsion européenne forte pour la Serbie. Invitée surprise de la conférence de presse, la secrétaire d’État roumaine aux affaires européennes, Raduta Matache, a d’ailleurs insisté sur la forte influence de la diplomatie française pour que la Serbie signe le récent accord d’association et de stabilisation avec l’UE.

Mais c’est clairement dans le domaine de l’énergie et du changement climatique que la Présidence française aura, selon Jean-Pierre Jouyet, « une obligation de résultat ».

* Texte portant sur la définition des normes et des procédures communes en matière de retour et d’enfermement et de rapatriement des ressortissants d’États-tiers en situation irrégulière.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.