Présidence française de l’UE : quelle place pour le débat citoyen?

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9 mai 2008 : la France fête l’Europe et EURACTIV.fr son premier anniversaire. Cette journée consacrée au débat sur l’Europe en France revêt une importance particulière à deux mois du début de la Présidence française de l’UE. Le gouvernement a en effet annoncé une « présidence citoyenne ». Mythe ou réalité ?

« La Présidence française sera citoyenne ». L’annonce est claire. Ce moment fort de la vie politique française et européenne devra être « marquée par la réconciliation entre les Français et l’Europe », selon les termes employés par le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, en septembre 2007.

A deux mois du début de la Présidence, la volonté du gouvernement est toujours la même, comme en témoigne la vidéo enregistrée par le ministre pour convier les Français à la première édition du programme « Paroles d’Européens! ». Mais qu’en est-il vraiment dans les faits? Et est-ce l’objectif d’une Présidence de l’UE?

Le programme « Paroles d’Européens! »

Selon une enquête réalisée sur Internet par Touteleurope.fr entre le 24 janvier et le 10 mars 2008, 63% des personnes interrogées ne pensent pas que la Présidence permettra de rapprocher les Français de l’Europe. Cependant, 43% d’entre elles plébiscitent l’information et le débat sur l’UE pour renforcer la citoyenneté européenne.

Intéresser les Français aux problématiques européennes par le débat et l’information, tel est précisément l’objectif du programme « Paroles d’Européens! », qui sera lancé le 13 juin prochain à Marseille. Une première manifestation a eu lieu en amont, le 7 mai à Lille, pour célébrer la journée de l’Europe.

Sur les huit conventions régionales initialement prévues, seules deux ont donc été conservées. Trois évènements organisés par la société civile – les États généraux de l’Europe, le Forum civique européen et le Forum européen des think tanks –  y ont été adjoints. Si elles sont insérées dans le programme «Paroles d’Européens », ces manifestations gardent leur identité propre, selon leurs organisateurs.

Pourquoi le gouvernement a-t-il réduit le nombre de débats citoyens qu’il prévoyait d’organiser? Afin, notamment, de respecter l’équilibre entre événements du gouvernement et évènements de la société civile, explique-t-on au Quai d’Orsay. « Il est vrai que le projet de grande envergure a été réduit, mais il reste là », estime la secrétaire générale de Notre Europe, Gaétane Ricard-Nihoul. Une opinion que partage Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, pour qui ce programme constitue déjà une « excellente initiative ».

Le débat au sein de la société civile

Pour autant, une Présidence de l’Union européenne est-elle vraiment le moment pour un débat citoyen? « Ce n’est ni le lieu, ni la fonction, mais c’est indéniablement une occasion », répond le politologue Dominique Reynié. « Une présidence est traditionnellement le temps de faire vivre le débat dans le pays concerné », souligne aussi Gaétane Ricard-Nihoul. « Après le signal de défiance de mai 2005 (ndlr : le projet de Constitution européenne a alors été rejeté par les Français à près de 55%), la France doit donner un signal de confiance aux citoyens », analyse l’eurodéputé Gérard Onesta (Verts). Selon lui, « la dimension citoyenne est le fil rouge de la Présidence ».  

Quelle forme doit alors prendre ce débat? Dominique Reynié estime que « cette forme de consultation, par le haut, est inadaptée de nos jours ». Le politologue défend un débat issu et initié par la société civile. « C’est autant à l’État qu’à la société civile que revient ce rôle », pense au contraire Jean-Dominique Giuliani.
 
Un point de vue que semble partager le gouvernement qui a mis en place un système de labellisation « Présidence française de l’UE » des évènements organisés par la société civile au second semestre de l’année. Les six manifestations incluses dans le programme « Paroles d’Européens! » seront donc loin d’être les seuls lieux de débat citoyen pendant la PFUE. En marge de la Présidence française se tiendra une centaine d’événements labellisés. Sans parler du nombre incalculable de débats, séminaires et rencontres non labellisés également au programme.

Plus que jamais, le citoyen semble donc être invité à débattre sur l’Europe dans les huit prochains mois. « Le débat pour le débat n’intéresse que les initiés et les spécialistes, le débat sans enjeu n’est pas pour le citoyen. Le véritable débat, lui, pourra naître lors des élections européennes », estime cependant l’eurodéputé Alain Lamassoure (PPE).

La perspective des élections européennes de 2009

« Le taux de participation aux élections européennes de juin 2009 se décidera pendant la Présidence française », garantit l’eurodéputé vert Gérard Onesta.

Un défi de taille quand on connaît la teneur des débats autour des élections européennes dans les États membres et le taux de participation des citoyens. Souvent qualifiées d’élections de seconde zone, elles mobilisent sur des dossiers nationaux plutôt qu’européens. Pourtant, si le traité de Lisbonne entre en vigueur comme prévu, l’enjeu sera de taille en 2009 : le Parlement deviendra un véritable co-législateur et élira le Président de la Commission à la majorité de ses membres.

Les élections européennes de juin 2009 constituent donc sans aucun doute le prochain grand rendez-vous entre l’Europe et ses citoyens. Reste à savoir si la Présidence française permettra d’intéresser le citoyen et de créer ainsi une dynamique pour le scrutin à venir.

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