Puigdemont exacerbe les tensions régionales belges, selon un eurodéputé espagnol

Le président catalan déchu, Carles Puigdemont,lors d'une conférence de presse à Bruxelles le 31 octobre. [@EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

L’exil de Carles Pingdemont en Belgique ravive les tensions entre Wallons et Flamands, d’après l’eurodéputé Esteban Gonzalez Pons, proche de Madrid.

Un député européen espagnol a affirmé lundi que le cas du président catalan destitué Carles Puigdemont, réclamé à la Belgique par la justice espagnole, alimentait les tensions entre Wallons et Flamands indépendantistes, qu’il a traités de « collaborateurs » avec les nazis.

Dans une série de déclarations et de tweets depuis dimanche, Esteban Gonzalez Pons, qui appartient au parti au pouvoir à Madrid, s’en est pris aux hommes politiques belges qui critiquent la façon dont le gouvernement espagnol a géré la crise de la sécession catalane.

La Catalogne soutenue par les Flamands

« Il n’y a pas un conflit entre la Belgique et l’Espagne mais un conflit intérieur entre Belges, entre la Flandre et la Wallonie », a-t-il déclaré à propos de critiques du ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon, membre du parti nationaliste Nouvelle alliance flamande (NVA).

Puigdemont reste libre en Belgique malgré un mandat d'arrêt européen

Visés par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, le président catalan destitué Carles Puigdemont et quatre de ses anciens ministres sont finalement ressortis libres du bureau d’un juge d’instruction belge au terme d’une longue journée d’audition.

Conformément aux réquisitions du parquet de Bruxelles, les cinq Catalans réfugiés en Belgique depuis une semaine ont été laissés en …

« Les Flamands sont indépendantistes et souhaitent le succès du processus catalan » de sécession, a-t-il dit dans une interview à la télévision publique espagnole. « M. Jambon appartient à un parti qui a collaboré avec l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, un parti xénophobe qui n’est un allié recommandable pour personne ».

Le député espagnol utilisait un des thèmes qui divisent néerlandophones et francophones en Belgique depuis la fin de la guerre. M. Jambon avait fait scandale juste avant la formation de l’actuel gouvernement belge en 2014 en déclarant que les Flamands qui avaient collaboré avec les nazis « avaient leurs raisons ».

Son collègue Theo Francken, ministre de l’Immigration et lui aussi membre de la NVA, avait dû s’excuser pour avoir assisté à la fête d’anniversaire d’un homme de 90 ans condamné pour collaboration.

Puigdemont a choisi la justice flamande

« Il y a en ce moment un problème en Belgique entre partis européens et partis xénophobes et anti-européens, et Carles Puigdemont n’est qu’une excuse comme une autre », a affirmé M. Gonzalez Pons.

Puigdemont et les quatre « conseillers » (ministres) de son gouvernement qui se sont rendus dimanche à la justice belge « n’ont pas choisi la justice belge, mais la justice flamande », a poursuivi l’eurodéputé. Alors qu’il parle français, il veut « un juge flamand parce qu’il espère que parmi les nationalistes il y ait un juge et qu’il lui soit favorable ».

Catalogne: le dilemme des trois ivresses cumulées

Le moment catalan donne l’occasion de prendre au sérieux l’hypothèse d’un tournant émotionnel dans les façons de faire de la politique et des politiques au sein des démocraties occidentales, estime Alain Faure, du CNRS, pour notre partenaire, La Tribune.

Alain Faure, Directeur de recherche en science politique à Sciences Po Grenoble, Centre national de la …

Jambon avait déclaré dimanche s’étonner du « silence assourdissant de l’Europe quand des membres d’un gouvernement sont mis en prison [alors qu’ils] n’ont fait qu’exécuter le mandat qu’ils ont reçu de leurs électeurs ».

Huit membres du gouvernement catalan ont été placés en détention provisoire la semaine dernière pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne, par une juge d’instruction qui a aussi lancé un mandat d’arrêt européen contre M. Puigdemont et ses quatre « ministres » en Belgique.

L’ancien Premier ministre belge socialiste Elio di Rupo avait lui accusé le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy de s’être « comporté en franquiste autoritaire », en référence à la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

« J’espère que M. di Rupo va s’excuser, il sait parfaitement que le franquisme est du passé et que l’Espagne est une démocratie où règnent la loi, l’État de droit, la séparation des pouvoirs et le respect des droits » humains, a répondu M. Gonzalez Pons dans un communiqué.