Puigdemont reste en Belgique pour des raisons de «sécurité»

Carles Puigdemont

Le président catalan déchu, Carles Puigdemont, ne rentrera pas en Espagne tant qu’il n’aura pas reçu des assurances quant à un procès juste, mais ne demandera pas l’asile politique en Belgique.

Carles Puigdemont, qui s’était fait discret après avoir été déchu de ses fonctions de président de la région catalane par l’Espagne, a réapparu à Bruxelles. « Pas en Belgique, mais à Bruxelles, il est important de le préciser, parce que c’est la capitale de l’Europe », a-t-il souligné, ajoutant que si Madrid convoquait des élections, il y participerait et en accepterait le résultat.

Le Catalan n’a pas indiqué combien de temps il compte rester à Bruxelles, mais affirme qu’il rentrerait « immédiatement » en Espagne si lui et les autres personnalités catalanes accusées recevaient des garanties quant à un procès équitable. La délégation justifie donc sa présence à Bruxelles par des raisons de sécurité.

Carles Puigdemont a cependant assuré qu’il restait président de la Catalogne et était à Bruxelles « pour expliquer le problème catalan au cœur institutionnel de l’Europe ». « Nous voulons dénoncer la politisation de la justice espagnole, son manque d’impartialité, le fait qu’elle poursuit non pas des crimes, mais des idées et expliquer au monde les manquements démocratiques graves de l’Espagne », a-t-il déclaré depuis une salle de presse bondée à craquer du quartier européen.

À Bruxelles, Puigdemont se prépare à une bataille juridique contre l’Espagne

Le président catalan limogé, Carles Puigdemont, a rencontré le lundi 30 octobre un avocat à Bruxelles alors que le parquet espagnol le poursuit pour rébellion et sédition pour son rôle dans la déclaration unilatérale de l’indépendance catalane.

Le 27 octobre, l’exécutif catalan a déclaré l’indépendance de la région. Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, a immédiatement réagi en relevant Carles Puigdemont et le reste du gouvernement régional de leurs fonctions. Il a convoqué des élections anticipées le 21 décembre.

Le 30 octobre, le procureur général de l’État, José Manuel Maza, a déposé une plainte pour « rébellion, sédition, malversation et délits connexes » à l’encontre du président déchu et de 19 autres personnalités politiques du gouvernement catalan. Les charges de sédition et rébellion pourraient leur valoir un maximum de 30 ans de prison.

Carles Puigdemont a appelé la communauté européenne « et surtout l’Europe » à réagir et à s’opposer à ce qu’il qualifie de répression de la démocratie et de la liberté d’expression espagnole.

Il a par ailleurs rejeté les rumeurs selon lesquelles il s’était rapproché des nationalistes flamands de la N-VA. Ravi de l’occasion, Theo Francken, secrétaire d’État à l’asile  et à l’immigration belge, issu de la N-VA, avait déjà indiqué que le Catalan et sa délégation pourraient demander l’asile en Belgique.

« Cela n’a rien à voir avec la politique belge », a déclaré Carles Puigdemont, tout en réfutant avoir rencontré des politiques belges depuis son arrivée à Bruxelles.

Paul Bekaert, l’avocat représentant Carles Puigdemont en Belgique a pourtant déclaré à Reuters avant la conférence de presse que le Catalan envisageait de demander l’asile.

Paul Bekaert a déjà représenté des séparatistes basques qui luttaient contre leur extradition de la Belgique vers l’Espagne dans les années 1990. Selon lui, il serait toutefois plus difficile de rejeter une extradition depuis l’introduction des mandats d’arrêt européen en 2004. L’Espagne n’a encore jamais émis de mandat européen.

Le dirigeant catalan s’est adressé à la presse durant environ 40 minutes en espagnol, en catalan et en français et a brièvement répondu à une question en anglais. Après la conférence de presse, Carles Puigdemont a été escorté à travers la foule jusqu’à son taxi. La plupart des manifestants brandissaient des drapeaux espagnols et européens, à l’exception de trois personnes avec des drapeaux catalans.

L’une d’entre elles, Dimitri Hoegaerts, souhaite que sa région se sépare de la Belgique. Le flamand espère donc que la Belgique reconnaîtra l’indépendance de la Catalogne.

Le quotidien belge La Libre Belgique a rapporté avant la conférence de presse que le Premier ministre Charles Michel avait refusé que Carles Puigdemont s’exprime dans un édifice détenu par le gouvernement fédéral belge.

Le Premier ministre belge essaye d’étouffer le tapage depuis que Theo Francken a déclaré que les Catalans pouvaient demander l’asile en Belgique. Charles Michel lui a demandé de ne « pas jeter de l’huile sur le feu ». Le parti libéral du Premier ministre fait partie d’un gouvernement de coalition aux côtés de la N-VA, le parti nationaliste flamand.

Catalogne: le dilemme des trois ivresses cumulées

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