La crise politique à Berlin menace les projets d’Emmanuel Macron

Horst Seehofer et Angela Merkel [EPA-EFE/OMER MESSINGER]

Le président français Emmanuel Macron a volé au secours de la chancelière Angela Merkel en matière de politique migratoire. Un article de notre partenaire, le Tagesspiegel.

La visite d’Emmanuel Macron le 19 juin près de Berlin s’est transformée en une mission spéciale. Sa rencontre avec Angela Merkel s’est murée en réunion de crise lorsque le CSU, le petit partenaire bavarois de la coalition gouvernementale, a décidé de poser un ultimatum à la chancelière au sujet de la politique migratoire du pays.

Le ministre de l’Intérieur lui a en effet demandé de fermer les frontières aux réfugiés, quitte à le faire par décret si elle ne répondait pas à sa requête. Une décision qui pourrait provoquer l’explosion d’un gouvernement déjà fragile.

Emmanuel Macron veut aider Angela Merkel à trouver une solution européenne en matière de migration, ou du moins à se rapprocher d’une solution. Pourquoi ? La crise politique à Berlin devient dangereuse pour Emmanuel Macron, qui compte sur la coopération avec la chancelière au niveau de l’UE.

Si des décisions européennes sur la politique d’asile sont prises, elles doivent l’être au plus haut niveau, a déclaré Emmanuel Macron, un message adressé directement à Horst Seehofer et ses positions conservatrices.

Angela Merkel envisage de son côté des accords bilatéraux avec des pays comme l’Italie, l’Autriche, la Grèce et la Bulgarie. Son objectif ? Leur fournir un soutien financier pour l’accueil des réfugiés ayant été enregistrés dans ces pays, même si entre temps, ils ont déposé une demande d’asile en Allemagne.

Angela Merkel a déjà clairement indiqué qu’elle comptait sur l’aide extérieure : avant une conversation avec le nouveau Premier ministre italien Giuseppe Conte, elle avait exprimé l’espoir « que l’Allemagne soit également comprise en matière de solidarité en Europe concernant les questions de migration ».

Et Emmanuel Macron pourrait aider Angela Merkel à ouvrir la voie à de tels accords.

Avant la rencontre avec la chancelière, le président français avait aussi rencontré Giuseppe Conte à Paris. Suite à quoi il avait déclaré qu’il soutenait la proposition italienne de créer des centres de dépôt de demande d’asile en Afrique afin d’entamer des procédures d’asile dans les pays d’origine et de transit.

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Renforcement de Frontex

À Meseberg, Angela Merkel a déclaré aux côtés d’Emmanuel Macron que l’Allemagne voulait « inclure la position de l’Italie dans sa réflexion ». Une volonté plus qu’incertaine étant donné que le gouvernement d’extrême droite formé par la Ligue et le mouvement populiste cinq étoiles (M5S), adopte une position d’isolement sur la question des réfugiés.

La chancelière a reconnu que l’Italie était particulièrement touchée par les arrivées nombreuses de réfugiés en raison de l’instabilité de la situation en Libye. Dans ce contexte, elle a remercié Emmanuel Macron pour ses efforts visant à renforcer le gouvernement d’unité libyen.

Les causes de la migration doivent être éliminées, a expliqué la chancelière. Cela passe par une meilleure coordination entre États européens pour l’instauration de la paix dans les territoires touchés par la guerre civile tels que la Syrie ou l’Ukraine.

Elle a rappelé que l’Allemagne et la France soutenaient également les plans de la Commission européenne et de la future présidence autrichienne du Conseil de l’UE visant à renforcer la protection des frontières extérieures de l’UE. Selon elle, cela devra se traduire par une augmentation significative du personnel de l’agence européenne de protection des frontières Frontex. Elle reprend ainsi les projets de la Commission de porter à 10 000 le nombre de fonctionnaires de l’agence d’ici à 2027.

Malgré son insistance pour combattre les causes de migration, qui montre qu’elle ne veut pas se soumettre au chantage de Horst Seehofer, la chancelière a tout de même fait un pas vers le ministre de l’Intérieur : en aucun cas, les réfugiés ne pourront choisir le pays dans lequel ils déposent une demande d’asile.

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Selon l’Élysée, la situation a changé depuis l’apogée de la crise des réfugiés en 2015. Alors qu’à l’époque, les réfugiés de la guerre civile en provenance de Syrie débarquaient en Europe avec de véritables raisons de demander l’asile. Aujourd’hui, la majorité des migrants arrivent pour des raisons économiques, et à l’heure actuelle, la discussion porte sur la prévention de l’entrée de ces personnes dans l’UE.

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