Rebelote : Londres et Bruxelles prolongent le feuilleton du Brexit

Les négociateurs britanniques et européens se sont retrouvés à Bruxelles le 13 décembre 2020 pour les dernières heures des négociations de Brexit avant la dernière échéance. Ici, le Premier ministre britannique Boris Johnson a fait un geste d'accueil à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avant ces négociations le 9 décembre. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET / POOL]

L’interminable saga du Brexit se poursuit. Londres et Bruxelles vont relancer cette semaine leurs interminables négociations en vue d’un accord commercial, mais sans se fixer cette fois de date butoir, avant le couperet de la rupture définitive le 31 décembre.

« Malgré l’épuisement après presque un an de négociations, malgré le fait que les délais ont été dépassés à maintes reprises, nous pensons qu’il est responsable, à ce stade, de faire un effort supplémentaire », ont affirmé dans un communiqué commun la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson.

« Nous avons donc mandaté nos négociateurs pour poursuivre les discussions et voir si un accord peut être conclu, même à ce stade tardif », ont-ils ajouté, à la suite d’un entretien téléphonique.

Les discussions devaient se poursuivre dès lundi à Bruxelles, moins de trois semaines avant la date couperet du 31 décembre. « Beaucoup d’entre nous anticipent totalement qu’il est tout à fait possible que nous soyons obligés de retourner devant le Parlement entre Noël et le Nouvel An pour examiner tout ça et voter s’il y a un accord », a déclaré le député conservateur Mark harper, cité par l’agence britannique Press Association.

Reprise des négociations dès lundi

Le négociateur européen Michel Barnier doit rencontrer lundi les représentants permanents des 27 à Bruxelles pour les informer de l’état des négociations, a indiqué de son côté le porte-parole de la présidence allemande de l’UE, Sebastian Fischer.

Mme von der Leyden et M. Johnson s’étaient promis mercredi lors d’un dîner dans la capitale belge, de prendre une « décision ferme » sur la poursuite ou non des discussions, embourbées depuis des mois. Boris Johnson a une nouvelle fois répété que le scénario d’un « no deal », malgré ses lourdes conséquences sur les économies européenne et britannique, restait pour lui le « plus probable ». « Nous allons continuer d’essayer et nous allons essayer de tout notre coeur et nous serons aussi créatifs que possible », a-t-il cependant promis.

Les équipes du négociateur européen Michel Barnier et de son homologue britannique David Frost, qui ont repris leurs échanges dimanche matin après les avoir achevées tard dans la nuit, vont donc continuer leurs tractations, pour l’instant à Bruxelles.

Bluff et exaspération

Une prolongation ne pourra être que « de quelques jours au maximum », avait cependant averti le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, dans le Journal Du Dimanche.

Entre coups de bluff et dates butoirs non tenues, les négociations ont déjà été riches en rebondissements depuis leur lancement en mars. Et dans ce bras de fer interminable, personne n’entend jeter l’éponge en premier, pour ne pas porter la lourde responsabilité d’un échec La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE, a d’ailleurs insisté dimanche sur la nécessité de faire « tout ce qui est possible pour parvenir à un résultat ».

La poursuite des discussions « est un bon signal », a estimé le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, dont le pays est en première ligne en cas de « no deal ».

L’eurodéputé allemand Bernd Lange, chef de la commission Commerce du Parlement européen, s’est inquiété de cette énième prolongation : « Comment les citoyens et les entreprises, 18 jours avant la fin de la période de transition, peuvent-ils être soumis à cette incertitude ? »

En dépit d’échanges toujours plus intensifs, les positions affichées sont aux antipodes entre des Britanniques qui veulent retrouver une liberté commerciale totale et des Européens soucieux de protéger leur immense marché unique.

Tensions en perspective

Signe d’un regain de tension, le ministère britannique de la Défense a annoncé que des navires de la Royal Navy se tenaient prêts à protéger les zones de pêche nationales où pourraient survenir des accrochages en cas d’absence d’accord.

Le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier, abandonnera définitivement le marché unique et l’union douanière le 31 décembre. Sans accord commercial, ses échanges avec l’UE se feront selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d’un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.

Les discussions butent sur trois sujets : l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, la manière de régler les différends dans le futur accord et surtout les conditions que les Européens exigent des Britanniques pour éviter toute concurrence déloyale.

L’UE est prête à offrir à Londres un accès sans droits de douane ni quotas à son immense marché. Mais elle entend dans ce cas disposer de leviers contre tout risque de dumping britannique en matière environnementale, sociale, fiscale ou sur les aides d’État. Elle veut pouvoir prendre des contre-mesures rapides, comme des droits de douane, sans attendre que le différend soit tranché par une procédure d’arbitrage classique, afin de protéger ses entreprises. Londres s’y oppose fermement.

Pragmatique, la Commission a publié jeudi des mesures d’urgence pour maintenir, en cas de « no deal », la pêche, le trafic aérien et le transport routier entre le Royaume-Uni et l’UE.

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