Relations US/EU : les eurodéputés soulignent la nécessité d’une autonomie stratégique

Le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, lors d'un débat sur l'avenir des relations entre l'UE et les États-Unis, dans le cadre d'une session plénière au Parlement européen à Strasbourg, le 5 octobre. [FREDERICK FLORIN/EPA]

En amont du vote d’un rapport sur l’avenir des relations entre l’UE et les États-Unis au Parlement européen mercredi 6 octobre, les députés européens ont discuté de l’autonomie stratégique de l’UE et affirmé la nécessité pour l’Union de garder une relation de proximité avec l’allié américain.

« L’autonomie stratégique européenne doit être poursuivie », a déclaré l’eurodéputé croate Tonino Picula (S&D) lors de la séance plénière à Strasbourg, soulignant qu’elle implique à la fois « l’autonomie de décision » et « l’autonomie d’action ».

M. Picula, ancien ministre des Affaires étrangères, a rédigé un rapport sur l’avenir des relations entre l’UE et les Etats-Unis, couvrant les négociations commerciales, la coopération dans les domaines de l’environnement et du numérique, la diplomatie, une politique coordonnée vis-à-vis de la Chine et de la Russie, et la sécurité.

Pour de nombreux députés, le moment ne pouvait pas être mieux choisi — référence aux critiques adressées à l’administration Biden après le retrait non coordonné des États-Unis d’Afghanistan et la crise diplomatique concernant le nouveau partenariat AUKUS.

Pour rappel, AUKUS est l’acronyme d’un accord trilatéral entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, annoncé le 15 septembre, en vertu duquel l’Australie a choisi des sous-marins à propulsion nucléaire dotés de technologies américaines et britanniques, abandonnant ainsi un accord de 40 milliards de dollars sur les sous-marins avec la France.

« La lune de miel est terminée », a déclaré Bern Lange (S&D), rapporteur de l’avis pour la commission du commerce international du Parlement (INDA). « L’accord sur les sous-marins est certainement quelque chose qui n’a pas contribué à rendre notre relation plus stable », a-t-il noté.

Certains députés ont profité de ce débat pour appeler à une plus grande autonomie stratégique européenne, et plus particulièrement à une défense européenne, mentionnée dans le rapport.

Alors que l’eurodéputée Željana Zovko (PPE) a salué les « retours à la réalité » que les dernières semaines ont permis de réaliser, son collègue Radosław Sikorski, président de la délégation pour les relations avec les États-Unis, a souligné que « nous devons être sérieux sur la défense européenne dès maintenant ».

Hilde Vautmans, du parti européen Renew, a déclaré que l’Europe doit « lancer sa propre armée européenne, non pas pour affaiblir l’OTAN mais pour la renforcer ».

D’autres députés ont averti que l’Europe était confrontée à un problème systémique plus profond dans ses relations avec Washington.

« [Donald] Trump n’était pas le problème, tout comme [Joe] Biden ne l’est pas aujourd’hui », a averti l’eurodéputé Marco Zann (ID), critiquant « l’incapacité chronique des dirigeants de l’UE » dans ce rapport de force.

L’eurodéputée Assita Kanko, de l’ECR (droite), a déclaré sans ambages que « le temps du multilatéralisme semble être totalement révolu » et a appelé « l’UE [à] agir en conséquence ». 

Allié proche

Pourtant, la plupart des députés ont semblé favoriser une approche diplomatique avec les États-Unis, soulignant l’importance de cette relation. « Nous ne sommes peut-être pas le partenaire le plus proche géographiquement de l’Amérique mais nous sommes son plus proche allié », a déclaré l’eurodéputé Nicolae Ștefănuță (Renew), condamnant le « US bashing ».

S’exprimant avant le débat, le plus haut diplomate de l’UE, Josep Borrell, avait déclaré : « Les États-Unis restent le partenaire stratégique le plus proche et le plus important de l’Europe » et il n’y a, selon lui, aucun doute sur le fait que « cela doit continuer ».

Certains députés ont salué le nouveau Conseil du commerce et de la technologie (TTC), qui a tenu sa session inaugurale la semaine dernière, comme un pas dans la bonne direction, tout en soulignant que la question des droits de douane sur l’aluminium et l’acier doit encore être correctement traitée.

« Les entreprises de l’UE ne constituent pas une menace pour la sécurité nationale américaine », a déclaré l’eurodéputée Liesje Schreinemacher (Renew) à ce sujet.

LEAK: Le projet de déclaration du Trade and Technology Council révèle les priorités des négociations transatlantiques

Les principaux domaines dans lesquels l’UE et les États-Unis chercheront à converger lors de ce Conseil sont les investissements étrangers, le contrôle des exportations, l’IA et les semi-conducteurs, selon une information divulguée à EURACTIV.

Perspective française

Si la question de la défense européenne n’est « plus une marotte française », selon l’eurodéputée Nathalie Loiseau (Renew), qui s’est entretenue avec des journalistes après le débat, les frictions transatlantiques semblent pousser les boutons de plusieurs délégations françaises — dont certaines sont probablement encore furieuses de la « trahison » américaine sur le partenariat AUKUS.

Mme Loiseau a expliqué à EURACTIV que l’idée d’une défense européenne « est de plus en plus partagée » et que désormais, les deux dirigeants de la Commission et du Conseil, Ursula von der Leyen et Charles Michel, sont convaincus. « Il faudra que cela se passe aussi au niveau des États membres », a-t-elle ajouté.

L’eurodéputé S&D Raphaël Glucksmann a cependant déclaré que ce rapport était teinté d’une « forme d’optimisme délirant » et a dit aux journalistes que la délégation S&D française ne voterait pas le rapport parce qu’il ne prendrait pas assez en considération les événements récents.

« Il ne s’agit pas de dire que nous ne devons pas coopérer avec les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

Les législateurs français de gauche, opposés de longue date à la dépendance vis-à-vis de Washington, ne devraient pas non plus voter en faveur du rapport.

« Nous devons sortir de la tutelle des États-Unis », de la « subordination volontaire », a déclaré le député Emmanuel Maurel.

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