Le Brexit force les eurosceptiques à la quête d’une nouvelle rhétorique

[EPA-EFE/NEIL HALL]

Après la proclamation de victoire de Nigel Farage lors du référendum de 2016 sur le Brexit, Bruxelles redoutait de voir les candidats à la sortie de l’UE se multiplier. Mais le Brexit joue les repoussoirs : plus personne ne veut sortir.

Dans la foulée du scrutin britannique, des expressions telles Frexit, Dexit ou Nexit avaient surgi. Et la plupart des États membres comptaient au moins un parti plaidant ouvertement pour un retrait de l’UE.

« Grazie UK, maintenant c’est notre tour », avait alors tweeté l’Italien Matteo Salvini, une personnalité politique encore peu connue à l’époque. Marine Le Pen, à la tête du Front National, situé à l’extrême droite, avait pour sa part été surnommée « Madame Frexit ».

Trois ans plus tard, et alors que le Brexit a été différé pour la troisième fois, ces expressions accrocheuses semblent avoir fait long feu. Et les figures de proue de l’euroscepticisme ont progressivement changé de discours, cessant de prôner le retrait de l’UE pour défendre « une réforme menée de l’intérieur ».

« Certains eurodéputés militent encore pour une sortie de l’UE, mais aucun groupe parlementaire officiel n’en a fait son cheval de bataille. Même le groupe d’extrême droite Identité et démocratie (ID) a changé d’avis sur cette question », souligne la députée social-démocrate croate Biljana Borzan. Incapable de rassembler suffisamment d’eurodéputés acquis à la cause du retrait, Nigel Farage n’a pas été en mesure de reformer son groupe lors de cette législature, ajoute-t-elle.

Les séparatistes sont devenus des réformistes

Lors d’un rassemblement d’extrême droite organisé à Milan quelques semaines avant les élections européennes de mai, le changement radical de la rhétorique eurosceptique était devenu évident. La devise informelle du rassemblement était « Réformons l’UE de l’intérieur ».

« La plupart des eurosceptiques ont remplacé l’idée de quitter l’UE par l’idée de la réformer d’une manière qui la priverait de tout pouvoir réel », explique Biljana Borzan.

Matteo Salvini, l’une des principales figures eurosceptiques, qui projetait de sortir l’Italie de la zone euro, a déclaré plus tard qu’il n’avait « jamais sérieusement envisagé une telle idée ». L’ancien ministre italien de l’Intérieur a fait valoir que le principal objectif de son parti avait toujours été de « réformer le cadre financier pluriannuel qui, dans sa forme actuelle, n’est pas acceptable pour la Lega ».

En France, après avoir perdu l’élection présidentielle face au très pro-européen Emmanuel Macron, Marine Le Pen a pris conscience qu’il lui fallait une nouvelle formule pour conserver sa place à la tête de la droite française.

Elle a également réalisé que les Français, comme leurs voisins d’outre-Manche, aimaient critiquer l’Europe de l’intérieur. Par la suite, Marine Le Pen a décidé de moderniser son parti en le rebaptisant, dans le but d’attirer des électeurs plus modérés. Le Front National, le parti de son père, le très controversé Jean-Marie Le Pen, est alors devenu le Rassemblement national.

« L’isolement qui était autrefois possible en Europe appartient au passé. Nous devons accepter cette réalité », a-t-elle déclaré quelques jours avant les élections européennes qui ont vu son parti remporter triomphalement 22 sièges.

Le déferlement de populisme eurosceptique prédit par de nombreux analystes en amont du scrutin n’a finalement jamais eu lieu. La plupart des partis europhobes en Suède, au Danemark, en Finlande et en Grèce ont essuyé de sérieux revers au profit de leurs adversaires pro-européens. La France, le Royaume-Uni et l’Italie constituent les seules exceptions.

Bien que les partis eurosceptiques aient obtenu 154 sièges, conformément à ce que Matteo Salvini avait prévu, ils se sont montrés incapables de coopérer efficacement en raison de leurs profondes divisions internes.

Quelle influence pour les populistes au Parlement européen ?

Une nouvelle alliance d’extrême droite se profile au Parlement européen. Reste à savoir quelle sera l’influence de ces partis au sein du nouvel hémicycle. Un article d’Euractiv Allemagne.

« On trouve des parlementaires eurosceptiques d’un bout à l’autre de l’hémicycle européen : de l’extrême droite à l’extrême gauche. Ils constituent un ensemble totalement hétérogène, affichant des divergences manifestes sur des sujets clés et leur propos se limite généralement à une critique simpliste de l’état actuel de l’Union », relève l’eurodéputé croate Karlo Ressler.

Une alternative pour l’Alternative

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a été fondé en 2013 autour du projet de retrait de l’eurozone. L’idée avait trouvé suffisamment de soutien populaire pour que le parti obtienne sept sièges au Parlement européen lors des élections de 2014.

Bien que la popularité du parti continue de croître, en particulier en Allemagne de l’Est, l’AfD a décidé d’abandonner l’idée de « Dexit » qu’elle défendait en 2016.

Alexander Gauland, l’une des principales figures de l’AfD, affirme que l’on n’a « pas besoin de détruire l’Europe, nous devrions la ramener à un cadre plus raisonnable ».

L’AfD veut supprimer le Parlement européen

Les responsables de l’AfD ont adopté un manifeste appelant à série de changements pour l’UE, allant de l’abolition du Parlement européen à la sortie de l’Allemagne de la zone euro. Un article d’Euractiv Allemagne.

« La plupart des électeurs de l’AfD sont contre une sortie de l’UE, en particulier après le Brexit. La perspective d’un “Dexit” est très mal perçue actuellement. Le parti a donc été contraint de changer de position à l’égard de l’Union », souligne Claire Stam, rédactrice en chef d’Euractiv Allemagne.

L’AfD continue cependant d’afficher une ligne dure vis-à-vis de l’UE, en particulier à propos des réglementations qui « ne défendent pas au mieux les intérêts de l’industrie allemande ». C’est là l’un des leitmotivs d’une autre figure du parti, Alice Weidel.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, membre du parti eurosceptique Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne, veut pour sa part voir l’UE augmenter ses investissements à l’Est, bien que la Pologne soit déjà l’un des principaux bénéficiaires des fonds européens.

Étant donné que 91 % des Polonais soutiennent l’appartenance du pays à l’Union européenne, il est logique que le parti ait adopté une rhétorique plus modérée à son sujet. Il fait cependant toujours preuve d’une très grande susceptibilité face aux avertissements et aux critiques provenant de Bruxelles.

Lors de sa campagne pour les élections européennes de mai dernier, le parti s’est concentré sur les bénéfices apportés par le fonds de cohésion, qui a permis de redresser l’économie polonaise.

Même Janusz Korwin-Mikke, le leader du parti d’extrême droite Confédération Liberté et Indépendance (Konfederacja), qui militait auparavant en faveur d’un « Polexit », a admis récemment que dans le climat politique actuel, « il n’est pas possible de faire valoir une telle idée ».

L’euroscepticisme n’a jamais réellement pris racine en Croatie, le plus jeune membre de l’UE, qui ne compte aucun parti eurosceptique d’envergure.

Ruža Tomašić, eurodéputée de longue date, fait figure d’exception à la règle. Elle ne se définit cependant plus comme une « eurosceptique », se disant plus à l’aise avec le terme de « souverainiste ».

« L’objectif principal de notre groupe a toujours été d’adapter l’UE aux besoins des États membres et des citoyens européens. Nous avons toujours prôné la décentralisation et le frein à l’intégration, mais nous avons en même temps coopéré de manière constructive avec d’autres groupes au sein du Parlement », conclut-elle.

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