Les conventions démocratiques de Macron démarrent en Roumanie

Victor Negrescu [Georgi Gotev]

La Roumanie pourrait devenir le 1er pays à organiser un débat dans l’esprit des « conventions démocratiques » proposées par Emmanuel Macron, dans le cadre de sa préparation à la présidence européenne.

Emmanuel Macron, le président français, a indiqué son souhait de « reconstruire » une Union européenne plus démocratique, notamment grâce à des « conventions ». En préparation des élections européennes de 2019, des assemblées démocratiques pour une réforme de l’UE, constituées de consultations en ligne, suivies de débats locaux, devraient avoir lieu de mai à octobre 2018.

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Consultation en ligne, puis débats locaux : les conventions démocratiques pour la refondation de l’UE devraient se tenir de mai à octobre 2018, en amont des élections européennes de 2019.

Si la France a lancé l’idée, la Roumanie pourrait être le premier pays à organiser ces débats. Victor Negrescu, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a ainsi indiqué qu’une réflexion s’amorçait sur la présidence roumaine, qui débutera le 1er janvier 2019, les priorités de cette présidence et de la stratégie européenne générale du pays, soulignant qu’un débat dans l’esprit des conventions européennes proposées par Emmanuel Macron aurait lieu en janvier.

Valeurs et citoyens

Le secrétaire d’État, ancien eurodéputé S&D, a expliqué que Bucarest se pencherait en particulier sur deux aspects lors de sa présidence : les citoyens et les valeurs.

En ce qui concerne les citoyens, il est évident qu’un grand nombre des problèmes auxquels l’UE est confrontée aujourd’hui résultent de la rupture entre les décideurs politiques, au niveau de l’UE et au niveau national et le grand public, estime le gouvernement roumain. Et dans le contexte de crises successives, l’« intérêt » semble prévaloir sur les « valeurs », regrette Bucarest.

Victor Negrescu a donc déclaré que les affaires européennes devaient être démocratisées, car pour l’instant seule une petite élite en comprend les rouages.

Des événements liés à la présidence internationale se tiendront dans tous les localités de Roumanie – soit plus de 40 villes. Un projet ambitieux, pour lequel la Roumanie tirera parti de ses nombreux aéroports assurant des liaisons avec Bruxelles, assure le représentant.

Pas moins de 60 000 visiteurs étrangers sont en effet attendus en Roumanie pendant la présidence. La Bulgarie a quant à elle indiqué qu’elle attendait 20 000 visiteurs étrangers pour sa présidence, qui commence le 1er janvier 2018. Le ministre a déclaré que les communautés locales étaient enthousiastes à l’idée d’accueillir de tels événements.

« L’UE, c’est aussi pour elles. La présidence ne concerne pas les ministres, ni le gouvernement, ce sont les citoyens roumains doivent se l’approprier », a-t-il assuré.

Victor Negrescu a également insisté sur la nécessité d’améliorer les compétences des fonctionnaires roumains, car il faudra remplacer ceux qui ont intégré les institutions européennes. Il affirme avoir personnellement rencontré les 250 présidents et coprésidents des groupes de travail qui œuvreront durant la présidence.

La situation politique en Roumanie pose cependant question. De fait, une nouvelle série de manifestations contre d’une réforme judiciaire, perçue comme une tentative du gouvernement de faire marche arrière sur les efforts de lutte contre la corruption.

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Mobiliser la diaspora

Le secrétaire d’État, qui a passé sa jeunesse en France, où il est devenu à 17 ans un soutien du Parti socialiste français, se considère comme un représentant de la diaspora roumaine, estimée à au moins quatre millions de personnes.

Lors de chacun de ses voyages à l’étranger, il organise ainsi des rencontres avec la communauté roumaine et essaie d’être en contact avec ses membres le plus directement possible. Il assure donc être parfaitement conscient de leur volonté légitime de participer à l’élaboration des priorités de la présidence.

« La consultation que nous allons mener se fera également par l’intermédiaire du ministre chargé des relations avec la diaspora, notamment grâce à une consultation publique spécifique », a déclaré Victor Negrescu, ajoutant que le site web de la présidence roumaine, qui sera en ligne avant Noël, présentera des fonctions spécialement conçues pour la diaspora.

Il a toutefois admis qu’il était difficile de mettre au point des outils pour atteindre l’ensemble de la diaspora, et encourage donc les Roumains à l’étranger devraient également rechercher activement ces canaux. Il a également mentionné des programmes de recrutement des Roumains vivant à l’étranger, qui pourraient revenir travailler pour la présidence pendant un an.

Schengen

La Bulgarie et la Roumanie ont été jugées aptes à rejoindre l’espace Schengen sans frontières depuis 2010. Cependant, l’admission requiert un vote à l’unanimité au Conseil et des États membres comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas s’opposent toujours à l’adhésion de ces deux pays à l’espace Schengen.

Dans son discours sur l’état de l’Union du 13 septembre dernier, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré que la Bulgarie et la Roumanie devraient adhérer « immédiatement » à Schengen. Toutefois, cette question n’a même pas été inscrite à l’ordre du jour des réunions du Conseil Justice et affaires intérieures.

Une adhésion avant la présidence roumaine faciliterait grandement les déplacements en supprimant les nombreux contrôles aux frontières. Victor Negrescu souligne cependant que même si l’adhésion n’avait pas lieu avant le 1er janvier 2019, il pourrait être décidé de suspendre les contrôles aux frontières dans les aéroports. Les invités de la présidence roumaine n’auraient alors pas besoin de passer les contrôles.

L’idée d’une adhésion à Schengen en deux étapes n’est pas nouvelle. Durant la première étape, les voyageurs ne seraient exemptés des contrôles aux frontières que dans les ports et les aéroports. Si le système fonctionne bien, la prochaine étape consisterait à supprimer également les contrôles aux frontières terrestres.

Dans un premier temps, la Roumanie souhaite un vote au Conseil, a indiqué Victor Negrescu. Même si le vote devait aboutir à un ou plusieurs vétos, Bucarest veut savoir quels pays s’opposent à son adhésion. Cela aurait le mérite de clarifier la situation. Pour l’instant, les pays ne cessent de se renvoyer la balle, regrette-t-il, « tout le monde nous dit d’en parler avec un autre pays ».

Le pays le mieux placé pour organiser ce vote est bien sûr la Bulgarie, dont la présidence commence dans trois semaines.

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