Romano Prodi: «L’Europe risque d’être marginalisée»

Romano Prodi [European Parliament]

À l’occasion des 60 ans du Traité de Rome, Romano Prodi estime que la France a une carte à jouer. Dans une Europe à plusieurs vitesses. Entretien avec celui qui a été deux fois chef du gouvernement italien et président de la Commission européenne de 1999 à 2004.

Romano Prodi est un économiste et homme politique italien. Il a notamment été Premier ministre deux fois et président de la Commission européenne.

Quel premier souvenir avez-vous de la construction européenne ?

Quand j’étais enfant, le message qui nous arrivait, c’était vraiment un message de paix. À l’école, juste après la guerre, quand on devait faire une composition sur l’Europe, l’esprit du temps, cela peut paraître un peu simplet, mais c’était cela : les ennemis peuvent devenir des frères, et on vivra mieux ensemble.

Dans quel pays européen avez-vous fait votre premier voyage ?

Je suis né en Émilie-Romagne et aller à Milan, c’était déjà loin. Mon premier vrai voyage, c’était en Allemagne. À 19 ans, avec une organisation catholique. J’ai fait le maçon, durant tout un été.

Quel souvenir en gardez-vous ?

On travaillait pour agrandir un orphelinat, je me suis retrouvé vraiment dans un autre monde. On l’a oublié mais la guerre s’est fait sentir longtemps. Il y avait des enfants et des jeunes qui venaient de Pologne, des Sudètes. J’ai beaucoup appris. C’était ça l’Europe pour nous. Reconstruire ensemble. Et un petit morceau, on l’a reconstruit nous aussi sur notre chantier. Mon attachement à l’Europe est directement lié à cette expérience personnelle. J’ai vu d’où elle est partie.

Réunis à Rome, les Européens se mobilisent aussi contre le nationalisme

Des milliers de citoyens européens se sont rassemblés dans la capitale italienne pour célébrer le 60ième anniversaire du traité de Rome. Et aussi pour appeler à plus d’ambition face à la montée des nationalismes. Euractiv était à Rome pour l’occasion.

Ce discours, aujourd’hui, porte encore ?

Non. C’est le problème. Quand je parle de paix aux jeunes, ils me regardent comme un dinosaure. Pour eux, elle est garantie. Même si on leur dit que cela n’est jamais arrivé depuis la chute de l’Empire romain, que trois générations successives vivent en paix.

Comment y remédiera-t-on ?

Uniquement si les jeunes ressentent de nouveau, sur leurs épaules, un risque historique. Je parle toujours en tant qu’Italien, et je leur dis en souriant que, si on n’est pas unis, on va être réduits en miettes. À la Renaissance, les États italiens étaient les premiers en tout. Dans la technologie, l’art, la finance, l’art de la guerre. Et puis la première globalisation est arrivée. On est restés désunis, et aucun État italien n’était capable de construire les nouvelles caravelles. Et l’Italie a disparu de la carte géographique pendant quatre siècles.

Lire la suite sur Ouest-France.

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