Les eurodéputés formalisent la rupture avec Moscou

[EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Pour les parlementaires européens, la Russie n’est plus un partenaire stratégique depuis l’annexion de la Crimée. Et l’UE devrait se préparer à imposer des sanctions plus importantes à son ex-allié.

À 402 voix pour, 163 contre et 89 abstentions, les eurodéputés ont largement voté en faveur d’une résolution spécifiant que « la Russie ne peut plus être considérée comme un partenaire stratégique » et que « l’UE ne peut plus envisager un retour progressif à une relation normale tant que la Russie n’applique pas complètement l’accord de Minsk et ne restitue pas son intégrité territoriale à l’Ukraine. »

Cette résolution parlementaire vient renforcer un état de fait, puisqu’en réalité, l’UE ne considère plus la Russie comme un partenaire stratégique après l’annexion de la Crimée en 2014.

Dans la résolution, les eurodéputés précisent que depuis 2015, de nouvelles tensions se sont créées entre l’UE et la Russie. Le document inclut une longue liste d’actions entreprises par le Kremlin qui vont à l’encontre du droit international et des droits de l’homme, notamment l’intervention russe en Syrie ou l’ingérence dans des pays tels que la Libye et la République centrafricaine et ses multiples violations en Ukraine.

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Les eurodéputés ont également souligné le soutien de la Russie aux partis eurosceptiques et aux mouvements d’extrême droite, l’ingérence russe dans les élections politiques et les violations des droits de l’homme en Russie.

Ceux-ci ont déclaré être « très inquiets des liens entre le gouvernement russe et les partis et gouvernements populistes et d’extrême droite en Europe, tels que le gouvernement hongrois » et ont appelé à la création d’un « mécanisme européen permettant de vérifier l’origine des financements des partis politiques » ainsi qu’à l’adoption de mesures visant à « empêcher que certains partis et mouvements soient instrumentalisés pour déstabiliser le projet européen de l’intérieur ».

« Le temps du langage diplomatique et policé est révolu. Il n’y a plus beaucoup d’espace pour la coopération tant que la Russie continuera à occuper des parties de l’Ukraine et à lancer des cyberattaques sur d’autres pays européens.’’», a déclaré l’eurodéputé lettone Sandra Kalniete (PPE), rapporteure du rapport sur l’état des relations politiques entre l’Union européenne et la Russie.

La résolution « réaffirme que la Russie n’a pas de droit de veto sur les aspirations euro-atlantiques des nations européennes » et « invite les autorités russes à condamner le communisme et le régime soviétique, ainsi qu’à punir les auteurs de leurs crimes et méfaits. » Le texte condamne également la militarisation de la mer d’Azov, de la région de la Baltique et de la région de Kaliningrad, ainsi que les violations répétées des eaux territoriales de pays européens dans les régions de la Baltique et de l’Arctique.

« Je pense que le Parlement européen est très cohérent à ce sujet », a déclaré après le vote l’eurodéputée polonaise Anna Fotyga (CRE), rapporteure fictive et auteur des amendements. « Les pays d’Europe centrale et orientale ne connaissent que trop bien les méthodes de la Fédération de Russie, et avaient prévenu [l’UE] il y a bien longtemps, mais avant l’annexion de la Crimée et les opérations militaires à l’est de l’Ukraine, l’Europe occidentale n’en était pas vraiment consciente. Je pense que la réflexion s’est faite après l’annexion de la Crimée », a-t-elle ajouté.

Dans le texte, les eurodéputés spécifient également que l’UE doit être prête à imposer des sanctions plus drastiques à l’égard de la Russie. Selon eux, les sanctions devraient être « proportionnelles aux menaces russes ». Le rapport appelle également à plus de coopération de la part de certains États membres qui ont fait l’objet d’un examen pour avoir vendu des visas et des passeports à des citoyens étrangers fortunés. Connue sous le nom de « visas/passeports dorés », il s’agit d’une pratique inquiétante « qui permettrait chaque année le blanchiment de centaines de milliards d’euros issus de la corruption d’entreprises et de particuliers russes ».

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Le Parlement européen a également exprimé ses inquiétudes à l’égard du projet Nord Stream 2, expliquant que le gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne en passant par la Baltique pourrait occasionner une dépendance plus importante de l’UE au gaz russe et menacer le marché unique.

Enfin, les eurodéputés ont appelé l’UE à adopter une version européenne de la loi Magnitski, une législation bipartite adoptée par le Congrès américain en 2012 et visant à punir les hauts fonctionnaires russes responsables de la mort du comptable fiscaliste, Sergei Magnitski, dans une prison de Moscou en 2009. Depuis 2016, la loi autorise le gouvernement américain à sanctionner les responsables de violations des droits de l’homme en gelant leurs actifs et en leur refusant l’accès au territoire américain.

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