« Sans la France, l’Europe ne pourrait pas survivre » selon Van Rompuy

Herman Van Rompuy [Chatham House/Flickr]

Le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a donné son dernier discours le 25 novembre à Science Po, à Paris. Il a encouragé la France à reprendre confiance et à assurer à nouveau son rôle au sein de l’UE.

« La France a besoin de l’Europe, car la France n’est grande qu’en Europe. Mais l’Europe a elle aussi plus que jamais besoin de la France, d’une France économiquement forte, libérée des passéismes de tout genre, confiante en elle-même, a déclaré Herman Van Rompuy. C’est à votre nation, avec vos voisins et partenaires, de proposer de nouveaux projets, de dessiner une direction, d’animer, encore une fois, le travail commun pour l’avenir de notre continent. »

Durant ces cinq ans aux commandes du Conseil européen, le paisible ancien premier ministre belge est parvenu à maintenir l’unité de l’Europe, contre vents et marées : son mandat débuté avec la crise de l’euro, se finit aujourd’hui avec le conflit ukrainien.

Sa nomination, en 2009, avait surpris nombre d’Européens qui espéraient voir l’Europe dirigée par un leader de la stature de Tony Blair. En choisissant Herman Van Rompuy, l’UE a montré qu’elle ne voulait pas d’un président en vue, qui tomberait souvent d’accord avec d’autres dirigeants. La relative discrétion et l’expérience de l’ancien premier ministre belge auguraient au contraire un président dédié au consensus.

Au début de son premier mandat, Herman Van Rompuy a illustré sa vision dans le cadre d’un forum catholique. « Pas de realpolitik sans idealpolitik », avait-il déclaré à l’époque. S’il a sans doute pu appliquer les principes de la realpolitik, tous ne s’accordent pas sur sa transposition d’une idealpolitik.

>> Lire : Le président de l’UE profite d’un forum catholique pour présenter son projet

Une question de confiance

Aujourd’hui, alors qu’il quitte la scène politique, le Belge souligne le succès de sa politique de consensus, en particulier dans les moments de crise.

« Cela commence justement par ceci : instaurer la confiance. Installer la confiance entre les hommes et les femmes réunis autour de la table », explique-t-il, avant de détailler la structure qu’il a mise en place afin de garantir que tous les dirigeants européens se sentaient concernés et impliqués dans les prises de décisions.

Herman Van Rompuy admet que l’UE n’est pas toujours parvenue à rester proche des citoyens européens et offre trois pistes à son successeur, le premier ministre polonais Donald Tusk : parler vrai, créer de l’espoir et établir et veiller à la confiance entre les États, les institutions et les décideurs.

Estimant que l’Europe est devenue plus synonyme de désenchantement que d’espoir, le président du Conseil explique que pour la première fois depuis le début de la construction européenne, les citoyens ont compris que la mondialisation crée une nouvelle réalité, une nouvelle Europe dans un nouveau monde. « Le parler vrai commence par cette évidence : nous ne pouvons revenir en arrière ».

Il a également abordé le danger que représentent les populismes, alimentés par un sentiment d’anxiété et de peur, par l’illusion qu’en fermant les frontières, on arrivera à arrêter la course du temps. « Face aux mutations du monde d’aujourd’hui, les gens savent que certaines choses dans nos sociétés devront être adaptées », ajoute-t-il, affirmant que le problème n’est pas la mondialisation, mais le manque de réformes opportunes.

Pas d’Europe sans la France

Parmi les difficultés que l’Europe aura à affronter, au-delà de la crise économique et du conflit en Ukraine, Herman Van Rompuy s’est arrêté sur la question du Royaume-Uni. « C’est en premier lieu un débat britannique ; c’est au peuple britannique de décider. Je pense que les partenaires européens seraient prêts à examiner sérieusement certaines demandes qui s’avéreraient importantes pour Londres, mais non pas à négocier sur les principes fondamentaux de notre Union », estime-t-il, soulignant néanmoins que le pays ne fait partie ni de la zone euro, ni de l’espace Schengen, deux grands projets européens.

Herman Van Rompuy a toujours été en faveur d’une plus grande intégration européenne, surtout suite à la crise de la dette souveraine. Cependant, l’intégration « ne bouleverse pas et ne devrait pas bouleverser l’accord initial qui est au cœur de l’UE, en particulier pour les États membres qui n’ont pas rejoint l’Union monétaire et ne le feront pas », a-t-il déclaré à une autre occasion cette année, faisant encore allusion au Royaume-Uni et exprimant l’idée « d’une Europe à deux vitesses ».

>> Lire : Van Rompuy envisage « une Europe à deux vitesses »

Lors de son discours à Science Po, Herman Van Rompuy a ajouté que « Sans le Royaume-Uni, l’Europe serait blessée, amputée même – donc on doit tout faire pour l’éviter –, mais elle survivra. Sans la France, l’Europe – l’idée européenne – […] ne pourrait survivre. »

Le 1er décembre, la carrière politique d’Herman Van Rompuy prendra fin. Il donnera alors des cours au Collège de l’Europe (en anglais) et à l’université belge de Louvain-la-Neuve (en français).

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a annoncé l'année passée que la fin de son mandat européen le 1er décembre 2014 prochain marquera aussi la fin de sa carrière politique. Il donnera alors des cours au Collège de l'Europe (en anglais) et à l'université belge de Louvain-la-Neuve (en français).

Il a été la première personne à occuper le poste de président permanent du Conseil, créé par le traité de Lisbonne pour assurer plus de visibilité au niveau international à l'UE et une meilleure continuité des politiques européennes.

La famille Van Rompuy est bien représentée dans la scène politique belge. Son frère, Eric, est député au Parlement flamand et fait partie du parti démocrate-chrétien (CD&V). Sa sœur Tine est membre du plus parti de gauche, le Parti du travail de Belgique. Son fils, Peter, siège également au Parlement flamand. Sa femme, Geertrui, est échevine dans la commune où vit la famille, Rhode-Saint-Genèse.

>> Lire : Herman Van Rompuy quittera la politique en 2014

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