La Serbie dans l’UE en 2025, une mission impossible ?

Le président serbe Aleksandar Vucic aux côtés du commissaire européen à l'élargissement EPA-EFE/KOCA SULEJMANOVIC

Si l’adhésion de la Serbie à l’UE pour 2025 semble peu réaliste, elle ne serait pas pour autant impossible, selon les représentants de la société civile. Un article d’Euractiv Serbie.

L’année dernière, l’UE avait adopté la Stratégie pour les Balkans occidentaux, qui envisageait l’adhésion de la Serbie et du Monténégro pour 2025. Un an plus tard, les points visés par le texte semblent encore au point mort dans la région, notamment en ce qui concerne la corruption, les différends bilatéraux et les dysfonctionnements de l’économie de marché.

Le document élaborait six stratégies de développement en matière de sécurité et de migration, de renforcement de l’État de droit, de développement socio-économique et des réseaux de transport et d’énergie. Le texte comprenait également une stratégie en matière de numérique et prévoyait la réconciliation et l’entente cordiale entre les pays de la région.

« Une adhésion en 2025 n’est pas impossible mais pas vraiment réaliste parce qu’aucune des parties n’y travaille assez », a déclaré Srdjan Majstorović, président du comité de pilotage du groupe de réflexion European Policy Centre à l’occasion d’une rencontre avec les organisations de la société civile qui avaient évalué les progrès effectués depuis l’année dernière.

Doutes européens

Parmi les obstacles à une adhésion plus rapide, celui-ci a notamment cité les doutes de l’Europe et son manque d’optimisme par rapport à son propre avenir ainsi que le manque de motivation des pays des Balkans occidentaux (à l’exception de la Macédoine du Nord) pour mettre en place de véritables réformes sociales.

Pour lui, la stratégie de l’UE est « la meilleure initiative que Bruxelles aurait pu formuler à l’époque » et rappelle aux citoyens des Balkans occidentaux qu’ils appartiennent à l’UE et aux gouvernements que des progrès doivent être effectués pour parvenir à une adhésion. Si la Serbie souhaite rejoindre l’UE d’ici à 2025, elle devra avoir adopté tout l’acquis communautaire pour décembre 2023, compte tenu de la durée du processus de ratification de l’accord d’adhésion au Parlement européen et dans les parlements nationaux. Après cinq années de négociations, la Serbie n’a ouvert que 16 chapitres des 35 chapitres de l’acquis et en a provisoirement fermé deux.

À Belgrade, dans les cercles proches de l’intégration européenne, certains pensent que la Serbie ne pourrait ouvrir aucun ou peut-être un seul nouveau chapitre lors de la nouvelle conférence intergouvernementale du mois de juin, bien que sept chapitres soient déjà prêts.

Habituellement publié en avril, le rapport d’étape annuel de la Commission européenne sur les Balkans occidentaux paraîtra plus tard cette année en raison des élections du mois de mai. Ce texte constituera un nouvel indicateur de l’avancement de l’adhésion serbe.

Relations serbo-kosovares

L’UE dirige actuellement des négociations pour normaliser la relation entre la Serbie et l’ancienne province serbe du Kosovo, qui avait déclaré son indépendance en 2008. La Serbie, tout comme la Russie et cinq autres États membres de l’UE ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo.

La normalisation des relations entre les deux pays demeure toutefois une condition préalable à l’adhésion, mais la situation est au point mort : il n’y a pas eu de dialogue entre les deux pays depuis des mois et Belgrade refuse de rouvrir les négociations si Priština n’accepte pas de lever les droits de douane sur les importations serbes.

Le commissaire européen au voisinage et à l’élargissement, Johannes Hahn, a exprimé son regret à ce sujet lors de sa visite à Belgrade la semaine dernière, ajoutant toutefois que cette impasse n’était pas une raison pour interrompre le processus d’intégration de la Serbie. Sans la conclusion d’un accord général et juridiquement contraignant avec le Kosovo, Belgrade ne pourra pas adopter les 35 chapitres de l’acquis communautaire et conclure ainsi les négociations d’adhésion.

Le processus d’adhésion de la Serbie est également lent en raison de nombreuses questions liées à l’État de droit, à la politique étrangère et à la politique de sécurité. Des données récentes de l’ONG serbe ISAC fund ont révélé qu’en 2018, le pays avait seulement adopté 28 des 54 déclarations de politique étrangère requises par l’UE pour les États tiers partenaires. Un domaine où la Serbie est à la traîne en comparaison à d’autres candidats à l’adhésion et à d’autres potentiels candidats dans la région.

Toujours selon l’ISAC Fund, le pays s’opposerait systématiquement à approuver les déclarations de l’UE ayant directement ou indirectement trait à la Russie, allié historique de Belgrade, comme ce fut le cas de 16 déclarations en 2018.

En Serbie, des attaques contre les journalistes compromettent la liberté de la presse

102 cas de pressions et autres attaques envers des  journalistes et d’autres professionnels des médias ont été recensés en Serbie. Une tendance à la hausse inquiétante pour l’État candidat à l’UE.

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