Les eurodéputés dénoncent l’échec des négociations sur l’élargissement

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Reporter les négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie serait une « grave erreur » selon Donald Tusk, mais aussi plusieurs eurodéputés.

Les conséquences du report des négociations ne se sont pas fait attendre : le Premier ministre réformiste de Macédoine du Nord, Zoran Zaev, a appelé à des élections anticipées. De son côté, la Serbie avance dans ses pourparlers visant à la signature d’un accord commercial avec l’Union économique eurasienne dirigée par la Russie.

A l’issue du sommet de l’UE, la grande majorité des États membres a exprimé sa déception face au veto du président français Emmanuel Macron au sujet des deux pays des Balkans occidentaux, évoquant le danger d’une ouverture à une influence extérieure dans la région.

« C’est une grave erreur de ne pas avoir ouvert les négociations, car cela affecte profondément ces deux pays et l’UE donne l’impression de faire des promesses qu’elle ne tient pas », a déclaré Jean-Claude Juncker lors de son dernier discours devant le Parlement.

Ultime effort de la Macédoine du Nord pour tenter de lever le veto français à l’élargissement

Des représentants nord-macédoniens et des pays du groupe de Visegrad ont plaidé pour l’importance de l’élargissement, dans une dernière tentative d’ouvrir les discussions sur l’adhésion de la Macédoine du Nord avant le sommet européen des 17 et 18 octobre.

La Macédoine du Nord et l’Albanie « avaient le droit d’ouvrir des négociations », a-t-il souligné, ajoutant que si le bloc ne tient pas ses promesses, « personne ne nous respectera dans le monde ».

Bien qu’une majorité de gouvernements ait été disposée à lancer le processus, l’absence d’unanimité des États membres n’a pas permis d’aller de l’avant, a déclaré Donald Tusk en dénonçant les obstacles qui se dressent sur la voie européenne des Balkans occidentaux et en qualifiant lui aussi l’impasse actuelle de « grave erreur ».

Le président du Conseil européen a exprimé son espoir de voir les dirigeants de l’UE « tirer les bonnes conclusions » lorsque le processus d’adhésion sera réexaminé avant le sommet UE-Balkans occidentaux prévu en mai 2020.

La France, les Pays-Bas et le Danemark se sont opposés à l’ouverture des pourparlers, soulignant le manque de préparation des deux candidats, et exprimant des réserves particulièrement à l’égard de l’Albanie.

La France fait barrage à l’élargissement européen

La France a bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. Celle-ci avait pourtant promis de récompenser Skopje par un ticket d’entrée pour l’UE grâce à l’accord historique de Prespa conclu avec la Grèce.

Les tentatives de dissocier les deux pays sont restées infructueuses, principalement en raison de l’opposition grecque et italienne. De son côté, Paris a appelé à une réforme de l’ensemble du processus d’élargissement avant l’ouverture de toute nouvelle négociation d’adhésion.

Décision unanimement condamnée

« Nous en avons demandé beaucoup à ces pays et maintenant nous leur claquons la porte au nez », a déploré Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen (PPE), lors du débat.

« Nous sommes d’accord d’envisager des changements structurels, mais nous aurions dû prévenir les deux pays plus tôt » a-t-il ajouté, soulignant que tous les dirigeants européens affiliés au PPE avaient apporté leur soutien à la décision d’élargissement. Une manière de mettre indirectement en cause Emmanuel Macron et son groupe libéral Renew Europe.

Le leader des Verts, Philippe Lamberts, a qualifié cette décision de « grave bévue », ajoutant qu’Emmanuel Macron avait été accueilli au Parlement européen il y a deux ans comme un « grand Européen », mais « avec le temps qui passe, le veto français à l’élargissement montre que Macron n’est ni aussi grand ni aussi européen » que ce que tout le monde pensait.

Dacian Cioloș, à la tête du groupe Renew Europe, construit autour du parti d’Emmanuel Macron, a déclaré : « En tant que citoyen roumain, je suis persuadé que l’élargissement doit rester au cœur de la politique européenne ».

« Nous ne pouvons pas demander à ces pays de mener des réformes sans leur offrir une ambition et une perspective claire pour l’Europe », a -t-il ajouté devant les eurodéputés, se livrant à une critique soigneusement formulée de l’idée du président français de revoir le processus d’adhésion de l’UE.

Une source du Parlement européen a cependant déclaré à Euractiv que « certains membres » de Renew ont « tout essayé » pour empêcher l’inscription d’une résolution à l’ordre du jour de la séance du Parlement européen de jeudi prochain.

Une source de Renew Europe a précisé que les eurodéputés français estimaient « que cela n’avait aucun sens de parler d’élargissement, alors que nous avons à gérer un pays qui tente de quitter l’Union européenne ».

« C’est aussi la raison pour laquelle les Britanniques se sont abstenus lors du vote – nous pensons que l’élargissement est une bonne chose, mais nous ne voulions pas aller totalement à l’encontre de Renew », a-t-elle ajouté.

Iratxe García Pérez, cheffe du groupe socialiste, a déclaré que l’élargissement « insufflerait une nouvelle vie dans l’UE » et que l’adhésion éventuelle des deux pays « contribuerait à la stabilité dans la région ».

L’accord sur le changement de nom en Macédoine du Nord menacé

L’impasse dans laquelle se trouve l’élargissement a incité le Premier ministre proeuropéen de Macédoine du Nord à convoquer des élections anticipées le 12 avril 2020. Zoran Zaev, qui a qualifié la décision de reporter les pourparlers d’« erreur historique », démissionnera le 3 janvier et un gouvernement technique sera nommé.

Selon le site d’information grec News247, la date choisie par Zoran Zaev pour les élections ne doit rien au hasard. La Macédoine du Nord aura probablement rejoint l’OTAN d’ici là, étant donné que seuls six pays doivent encore ratifier son adhésion. En outre, la perspective d’ouvrir des négociations d’adhésion s’accroîtra avant le sommet UE-Balkans occidentaux prévu en mai.

Mais les choses devraient se compliquer si le parti nationaliste conservateur VMRO-DPMNE, qui est lié au Parti populaire européen (PPE), prend le pouvoir à Skopje.

VMRO-DPMNE a adopté une position ferme sur le conflit avec la Grèce voisine au sujet du nom du pays et a tenté jusqu’au dernier moment de bloquer l’accord touvé, poussant le PPE à réagir en invitant le parti macédonien à voir le potentiel positif de l’accord sur le long-terme.

VMRO-DPMNE est en tête des derniers sondages, réalisés avant le veto français, avec une avance de 6% sur le parti au pouvoir de Zoran Zaev, le SDSM, puisque 42,6% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles voteraient pour VMRO-DPMNE et 36,6% pour le SDSM.

Il n’est pas certain que VMRO-DPMNE tente de faire sauter l’accord conclu par Zoran Zaev avec son homologue grec Alexis Tsipras, car la résolution du conflit de nom constituait une condition essentielle pour qu’Athènes consente à débloquer les négociations d’adhésion de Skopje à l’UE.

A Athènes, le gouvernement conservateur de la Nouvelle Démocratie (PPE), qui s’est également battu contre l’accord de changement de nom lorsqu’il était dans l’opposition, reste discret sur cette question.

Toutefois, selon les médias grecs, il se retrouvera probablement dans une position difficile si VMRO-DPMNE prend le pouvoir.

« Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis se trouvera dans une position difficile vis-à-vis de son public étant donné le climat préélectoral qu’il a instauré. Il devra défendre l’accord de Prespa [sur le changement de nom] et s’aligner sur la communauté internationale et Berlin », écrit News247.

Adonis Georgiadis, le ministre de la Croissance du gouvernement Mitsotakis et l’un des farouches opposants à l’accord, a déclaré que celui-ci devrait être annulé si Skopje le rompait.

« Nous n’aimons pas l’accord de Prespa, mais il est valable tant que… [le peuple de Macédoine du Nord] y adhère. Si l’accord n’est pas respecté, ce sera pour nous une raison de le dénoncer, il ne sera donc plus en vigueur », a-t-il déclaré à Skai TV.

L’ancien Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui a signé l’accord avec Zoran Zaev, a critiqué Kyriakos Mitsotakis pour sa position « passive » sur la question de l’élargissement. Il a déclaré que la Grèce ne devrait pas être un observateur, mais qu’elle devrait diriger les initiatives dans la région des Balkans. La Grèce avait lancé le processus d’élargissement dans la région en organisant le sommet de Thessalonique en 2003.

« Avant, [ Kyriakos Mitsotakis] qualifiait l’accord de désastreux, traître et dommageable. Maintenant, il dit que nous devons le respecter et l’honorer. J’imagine que M. Mitsotakis suppliera M. Zaev de ne pas perdre les élections, car dans ce cas, il devra traiter avec son peuple aux vues similaires », a déclaré Alexis Tsipras en faisant référence au VMRO-DPMNE.

Selon Balkan Insight, le Premier ministre italien Giuseppe Conte se rendra à Skopje la semaine prochaine afin de maintenir le cap des efforts d’adhésion et d’éviter un scénario de dissociation des deux pays candidats.

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