La Slovénie, soupçonnée de vouloir une « dissolution pacifique » de la Bosnie-Herzégovine

Lundi (12 avril), les médias bosniaques ont révélé que l’ambassadrice slovène à Sarajevo Zorica Bukinac avait été convoquée par le ministère des Affaires étrangères en raison d’un document officieux que le Premier ministre slovène Janez Janša aurait envoyé à Bruxelles concernant la redéfinition des frontières dans les Balkans occidentaux. [EPA-EFE/IGOR KUPLJENIK]

Le ministère bosniaque des Affaires étrangères a sommé l’ambassadrice de Slovénie à Sarajevo d’expliquer les rumeurs récentes selon lesquelles Ljubljana envisagerait de dissoudre le pays et de redessiner les frontières au sein des Balkans occidentaux.

Lundi (12 avril), les médias bosniaques ont révélé que l’ambassadrice slovène à Sarajevo Zorica Bukinac avait été convoquée par le ministère des Affaires étrangères en raison d’un document officieux que le Premier ministre slovène Janez Janša aurait envoyé à Bruxelles concernant la redéfinition des frontières dans les Balkans occidentaux. Des allégations que M. Janša a réfutées.

À la suite des guerres de Yougoslavie en 1991-1995 et de l’intervention américaine, la Bosnie-Herzégovine est devenue un État fédéral divisé en deux entités : la Republika Srpska (RS) et la Fédération de Bosnie-Herzégovine.

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Chacune dispose certes de son propre gouvernement, organe législatif et corps de police, mais les deux se rassemblent en un gouvernement central, lui-même dirigé par une présidence collégiale. La constitution veut en effet que les trois ethnies majoritaires du pays (serbe, bosniaque et croate) soient chacune représentées par un président.

Lundi (12 avril), l’un des membres de la présidence, Željko Komšić, a confirmé que le président slovène Borut Pahor avait demandé lors d’une discussion informelle au fil d’une visite officielle le 5 mars si « une séparation pacifique de la Bosnie-Herzégovine » était possible, faisant référence à la sécession de la République Srpska (RS, entité serbe).

« Récemment, de plus en plus d’acteurs européens avancent qu’il serait nécessaire de finaliser la désintégration de la Yougoslavie. Pouvez-vous dissoudre la Bosnie-Herzégovine de façon pacifique ? », aurait-il demandé aux membres du triumvirat, Milorad Dodik (serbe), Šefik Džaferović (bosniaque) and Željko Komšić (croate).

Si MM. Džaferović et Komšić ont répondu par la négative, M. Dodik ne semble pas du même avis.

« Le président Pahor met régulièrement en garde [les autorités] contre l’idée d’une désintégration de la Bosnie-Herzégovine et la restructuration des frontières. C’est dans ce contexte qu’il a interrogé ses interlocuteurs lorsqu’il s’est rendu à Sarajevo en mars », a souligné le bureau du président slovène.

Entretemps, plusieurs médias ont dévoilé que le Premier ministre slovène Janez Janša avait envoyé un document officieux au président du Conseil européen Charles Michel, énumérant les priorités de Ljubljana – à la tête de la présidence tournante de l’UE à partir de juillet 2021. Parmi celles-ci figurerait « la désintégration définitive de la Yougoslavie ».

La concrétisation de la dislocation impliquerait des changements dans l’agencement des frontières au Monténégro, en Macédoine du Nord et en Albanie, ainsi qu’une sécession éventuelle de République Srpska.

M. Janša a réfuté toute allégation à ce sujet. Le bureau de presse de M. Michel n’a toujours pas confirmé l’existence dudit document qui, selon certaines sources, aurait été envoyé en automne dernier.

Le porte-parole de Charles Michel, Barend Leyts, a déclaré lundi (12 avril) qu’il ne pouvait pas affirmer que le Conseil avait reçu la lettre, mais qu’il chercherait davantage.

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Cependant, d’après le média slovène 24ur.com, « des sources ont confirmé qu’il y avait de fortes chances pour que ce document existe, mais qu’il avait [sans doute] été envoyé en dehors de tout canal diplomatique ».

« Nous avons également appris que les hauts représentants slovènes à Bruxelles n’en avaient pas non plus été tenus informés. Nos sources avancent même que la missive met en exergue le retour de l’ancien Premier ministre de Macédoine du Nord Nikola Gruevski », peut-on lire.

En outre, selon l’agence de média croate Hina, Milorad Dodik a indiqué lors d’une séance plénière de la RS (le 10 mars) que les politiques européens parlaient désormais ouvertement de la possibilité d’une dissolution pacifique de la Bosnie-Herzégovine. De ce fait, il a aussi annoncé qu’il demanderait personnellement un referendum du statut de la RS « dans un an ou deux ».

Le plus grand parti bosniaque, le Parti d’action démocratique, a réagi à ces propos en arguant que « les acteurs européens qui souhaitent éventuellement soutenir la “séparation pacifique de la Bosnie-Herzégovine” et la modification des frontières dans les Balkans occidentaux doivent savoir que cela n’arrivera jamais, et que la seule conséquence pourrait être des guerres dans la région et une réaction en chaîne dans toute l’Europe ».

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