Sofia veut protéger les fonds de cohésion européens, même pour la Pologne

Boyko Borissov ne veut pas mettre la Pologne dans l'embarras.

Protection des fonds de cohésion et indulgence face à la Pologne : la Bulgarie donne déjà le ton de sa présidence.

La Bulgarie, qui vient de prendre la présidence tournante de l’UE, s’est engagée à défendre les fonds de cohésion européens en faveur des pays de l’Est malgré le trou dans les futurs budgets de l’UE provoqué par le prochain départ du Royaume-Uni. Et ce pour tous les États membres, quelles que soient leurs relations avec Bruxelles.

« Je ferai de mon mieux pour qu’il n’y ait pas de réduction drastique en matière de politique de cohésion. Sinon nous nous sentirons sanctionnés. Nous espérons être entendus », a assuré le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, lors d’une conférence de presse à Sofia à l’occasion du lancement de la présidence bulgare du Conseil de l’UE.

La Commission européenne, qui a lancé cette semaine un débat épineux sur les budgets post-Brexit de l’UE, a d’ores et déjà prévenu les États membres qu’ils devaient se préparer à des « coupes impressionnantes » dans certains domaines, tout en contribuant davantage au pot commun.

L’exécutif européen doit présenter des propositions détaillées pour dessiner les contours des budgets européens après 2020 en mai. Il s’agit à la fois de compenser la perte de la contribution annuelle nette des Britanniques au budget de l’UE et de financer de nouvelles politiques européennes, en matière de défense notamment.

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Fonds structurels et État de droit

Plusieurs pays, l’Allemagne en tête, ont par ailleurs suggéré de conditionner à l’avenir l’accès aux fonds européens au respect de valeurs et décisions de l’UE, visant la Hongrie et la Pologne, accusée de ne pas respecter l’État de droit.

« Il est question de lier la politique de cohésion et l’État de droit. Certains sont pour. Mais d’autres disent que les deux n’ont rien à voir », a déclaré devant des journalistes le vice-Premier ministre bulgare chargé de la Politique européenne, Tomislav Dontchev. « Est-ce que le financement européen doit être transformé en carotte ? »

Pour moderniser leurs infrastructures, les pays d’Europe centrale et orientale, anciennement du bloc soviétique, dépendent de ces fonds structurels.

Les dirigeants des pays de l’UE auront une première occasion d’échanger entre eux sur les budgets post-Brexit de l’UE lors d’un sommet informel prévu le 23 février à Bruxelles.

Pas de sanctions contre la Pologne

Boyko Borissov appelle de manière générale à éviter une crise avec la Pologne, accusée de violations de l’État de droit et menacée de sanctions inédites par l’Union.

« Il faut faire le nécessaire pour que les relations s’améliorent » entre l’UE et Varsovie, a plaidé le Premier ministre.

L’exécutif européen, qui reproche au gouvernement conservateur de Varsovie de mettre sa justice au pas, a annoncé son intention d’activer l’article 7 du traité de l’UE, prévu en cas de menaces sur l’État de droit.

« La Pologne est un grand pays. Je ne peux pas dire que mes amis polonais ne respectent pas l’État de droit », a indiqué Boyko Borissov.

Le dirigeant bulgare a cependant exhorté les Polonais à « faire le nécessaire pour ne pas nous obliger à participer à un vote » sur les sanctions.

« J’espère qu’on n’en arrivera pas là », a-t-il souhaité, qui se voit en médiateur entre les pays de l’Est et le reste de l’Union.

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L’exécutif européen a activé l’article 7 du traité de Lisbonne contre la Pologne, suite à « un risque d’infraction grave à l’état de droit ».

Le mécanisme enclenché par Bruxelles peut déboucher, au terme d’une procédure complexe, sur une suspension des droits de vote au sein du Conseil de l’UE. La Hongrie a cependant déjà assuré qu’elle y mettrait son veto.

Après avoir ouvert une phase préliminaire de cette procédure, la Commission a toutefois encore laissé une porte ouverte pour faire marche arrière, en donnant trois mois à Varsovie pour infléchir ses réformes.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a affiché une volonté d’apaisement en recevant à Bruxelles le nouveau Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, le 9 janvier. Les deux dirigeants ont convenu de se revoir « pour avancer d’ici à la fin février ».

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