Souveraineté de la France et de l’Europe : ce que veut vraiment Emmanuel Macron

Le président français Emmanuel Macron. [EFE/TATYANA ZENKOVICH]

Emmanuel Macron a prononcé un discours important portant sur la souveraineté de la France et de l’Europe. Elle passe non seulement par la défense, mais aussi par l’économie et le numérique. Un article de notre partenaire La Tribune.

Au-delà de son discours très attendu sur la dissuasion nucléaire, Emmanuel Macron a partagé sa vision sur ce que doit être la souveraineté de la France et de l’Europe. Autant sur la dissuasion nucléaire, le président est resté dans les pas de ses prédécesseurs ; autant sur la souveraineté, Emmanuel Macron a complètement été en rupture avec la stratégie des anciens locataires de l’Élysée. Un discours ambitieux, très ambitieux, qui va bien au-delà de la politique de défense et qui devra être suivi d’effets si le président veut marquer l’histoire. Ce qui ne sera pas si facile, car la barre est très haute. Elle n’est pas seulement au niveau national, elle est européenne. En outre, la France tout comme l’Europe sont chaque jour confrontées aux « conséquences de la mondialisation, directes ou indirectes, sur notre souveraineté et notre sécurité », a reconnu Emmanuel Macron.

« La liberté d’action européenne, la défense et la sécurité de l’Europe ne peuvent reposer sur une approche uniquement militaire. (…) Il nous faut, au niveau européen, maîtriser nos infrastructures maritimes, énergétiques et numériques », a expliqué vendredi Emmanuel Macron.

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Quand il s’agit d’Europe, le président est toujours positif en dépit de toutes les portes que la France a vu se fermer. Mais pour le chef de l’État, les Européens ont commencé « à élaborer concrètement les outils qui leur permettent de faire émerger une conscience commune, de défendre des intérêts partagés, et d’agir de façon autonome et solidaire chaque fois que cela sera nécessaire ».

La souveraineté, une stratégie assumée

Pour le président, « tout cela aujourd’hui suppose un aggiornamento de l’approche européenne, de ces approches économiques et budgétaires pour que chacun en tire les conséquences. Nous ne sommes plus dans le monde des années 90 ! » Un temps pas si lointain où « l’Europe était devenue un gros marché, confortable, théâtre d’influence et de prédation à tout-va ». Pour le président cette époque est une « funeste erreur ». D’autant qu’Emmanuel Macron a rappelé que les Européens avaient abandonné des pays du Sud de l’Union européenne comme la Grèce aux investisseurs, notamment chinois, prendre des infrastructures stratégiques. C’est pour cela qu’Emmanuel Macron se dit aujourd’hui convaincu que « les Européens doivent d’abord et avant tout définir ensemble ce que sont leurs intérêts de sécurité et décider souverainement de ce qui est bon pour l’Europe ».

Ainsi, « la bonne utilisation de ces outils de souveraineté commune nécessite, d’abord et avant tout, bien évidemment des investissements, une politique industrielle, des standards de souveraineté, beaucoup plus forte et ambitieuse, mais aussi la construction d’une culture stratégique partagée, car notre incapacité à penser ensemble nos intérêts souverains et à agir ensemble de façon convaincante met chaque jour en cause notre crédibilité en tant qu’Européens. Elle offre aux autres puissances la possibilité de nous diviser, de nous affaiblir ».

Souveraineté en matière de défense

« Fondement de toute communauté politique, la défense est au cœur de notre souveraineté », a rappelé Emmanuel Macron. Et de préciser que « pour que la France soit à la hauteur de son ambition européenne, elle doit rester souveraine ou décider elle-même, sans les subir, les transferts de souveraineté qu’elle consentirait, tout comme les coopérations contraignantes dans lesquelles elle s’engagerait ». Le chef de l’État veut « une véritable souveraineté française ». C’est l’un des quatre piliers de la stratégie qu’il veut pour la France : outre la souveraineté nationale, le chef de l’État préconise la promotion du multilatéralisme qui fonctionne, le développement de partenariats stratégiques et la recherche d’autonomie européenne.

Pour Emmanuel Macron, la stratégie de défense se définit « d’abord et avant tout », par sa capacité à protéger les Français, à contribuer à la sécurité et à la paix de l’Europe et de ses approches. « Mais elle ne s’y limite pas », a rappelé le chef de l’État. Cette stratégie doit également donner à la France, a-t-il assuré, « la capacité de défendre nos intérêts souverains partout dans le monde, en lien avec notre géographie des outremers et avec la densité de nos partenariats stratégiques. Elle doit nous permettre d’assumer nos responsabilités dans le maintien de la paix et de la sécurité internationale. Elle doit nous mettre à l’abri d’un chantage, et ainsi préserver notre autonomie de décision. Elle doit nous permettre de tenir notre rang et notre influence parmi les nations. Elle doit, en somme, nous garantir la maîtrise de notre destin ».

Citée 38 fois par le président lors de son discours-fleuve de près de 1 h 30, l’Europe n’est jamais loin. Et selon Emmanuel Macron, « cette volonté de souveraineté nationale n’est absolument pas incompatible avec notre volonté de développer les capacités européennes, je dirais même que c’est un prérequis indispensable. On coopère mieux quand on peut décider souverainement de coopérer ». Avec beaucoup d’échecs, mais aussi quelques succès importants comme le Fonds européen de défense quand bien même son budget va être probablement réduit.

« La construction de cette culture stratégique européenne partagée, c’est ce à quoi s’emploie la France, sur la base des importants progrès accomplis depuis, un peu plus de deux ans, et qui rendent, je le crois, d’ores et déjà, plus tangible la vision arrêtée en 1999 : le Fonds européen de défense, la coopération renforcée, mais aussi l’Initiative européenne d’intervention que nous avons proposée, portée, voulue et qui se déploie. »

Mais les pays européens doivent s’engager sur un « réel investissement européen en matière de défense ». Car pour longtemps encore, l’Europe, en matière de défense, « ne pourra tirer sa force que des armées nationales, a analysé Emmanuel Macron. C’est une certitude et le redressement des budgets et des capacités de ces armées nationales doit être la priorité ».

Souveraineté européenne

Dans le domaine de la souveraineté en matière de politique de défense, la sécurité passe « inévitablement par une plus grande capacité d’action autonome des Européens, a jugé Emmanuel Macron. Que le dire, l’assumer, le porter suscite tant de réactions, tant de doutes, me surprend vraiment ». Car l’Europe doit se mettre en situation de pouvoir « davantage garantir sa sécurité et agir dans son voisinage ». Cet objectif d’action autonome a d’ailleurs été fixé lors du Conseil européen de Cologne, en 1999. Cette autonomie est « le pendant d’une relation transatlantique rééquilibrée, d’une alliance dans laquelle les Européens sont des partenaires crédibles, efficaces ». « Ce rééquilibrage est d’ailleurs souhaité par les États-Unis », a-t-il rappelé.

« Les Européens doivent aujourd’hui assumer davantage cette Europe de la défense, ce pilier européen au sein de l’OTAN. Et je l’assume pleinement, sans état d’âme ! (…) L’OTAN et l’Europe de la défense sont les deux piliers de la sécurité collective européenne. Assumons-le ! », a bombardé Emmanuel Macron.

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Pour cela, les Européens doivent se poser les vraies questions et non plus les adresser aux Américains : « pourquoi ont-ils diminué à ce point leur effort de défense depuis les années 90 ? Pourquoi ne sont-ils plus prêts à inscrire la défense parmi leurs priorités budgétaires et à faire pour cela les sacrifices nécessaires, alors même que les risques s’accumulent ? Pourquoi avons-nous aujourd’hui des débats si compliqués sur les montants à allouer au Fonds européen de défense que nous venons de créer — parce que c’est une question accessoire, dont d’autres se chargeraient pour nous ? Pourquoi y a-t-il de tels écarts entre les budgets et les capacités de défense des États européens, alors que les menaces auxquelles nous sommes exposés nous sont très largement communes ? »

« Les Européens doivent pouvoir ensemble se protéger. Ils doivent pouvoir décider et agir seuls lorsque cela est nécessaire. Ils doivent le faire en n’oubliant jamais ce que l’Histoire leur a appris : la démocratie et le droit sans la force ne tiennent pas longtemps ! »

Souveraineté numérique et industrielle

Pour le président « la liberté d’action européenne » passe également par la souveraineté économique et numérique. « Les intérêts européens, qu’eux seuls sont à même de définir, doivent être entendus. C’est à l’Europe de définir le cadre de régulation qu’elle s’impose, car il s’agit à la fois de protéger les libertés individuelles, les données économiques de nos entreprises, au cœur de notre souveraineté, et notre capacité concrète opérationnelle à agir aussi de manière autonome », a-t-il affirmé.

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« Pour construire l’Europe de demain, nos normes ne peuvent être sous contrôle américain, nos infrastructures, nos ports et aéroports sous capitaux chinois et nos réseaux numériques sous pression russe ».

C’est clair et net. Pour le président, il faut maîtriser « au niveau européen, les infrastructures maritimes, énergétiques et numériques ». C’est le cas pour « les infrastructures 5G, le cloud, décisif pour le stockage des données, les systèmes d’exploitation, les réseaux de câbles sous-marins, systèmes névralgiques de notre économie mondialisée ». En outre, il souhaite que soit maîtrisé au niveau européen l’accès à l’espace tout comme l’Europe doit décider elle-même « des standards qui s’imposent à nos entreprises ».

« Cette politique de normes, cette politique d’infrastructures stratégiques, est essentielle. Et elle l’est pour notre sécurité collective, notre capacité à agir. Nous vivons dans le monde de l’interopérabilité, avec des équipements de plus en plus numérisés. Dépenser ce que nous dépensons pour avoir des équipements parfaits et remettre les infrastructures de connexion, entre nos équipements et nos pays, à d’autres, sans garantie, serait quand même une étrange naïveté. Vous me permettrez de ne pas vouloir y participer. Nous devons pour ces infrastructures critiques, retrouver, au niveau européen, une vraie politique de souveraineté ! »

Souveraineté technologique

Pour Emmanuel Macron, « il nous faut également conforter l’indépendance technologique de l’Europe et sa capacité à anticiper les prochaines ruptures stratégiques. Il nous faut pour cela une base industrielle de défense autonome et compétitive, un effort résolu et massif d’innovation, la maîtrise de nos technologies de sécurité et la maîtrise de nos exportations de défense ».

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