Pour Syriza, les pro-européens doivent être fédéralistes

Nikos Pappas [Nikos Pappas]

Proclamer une vision pro-européenne sans soutenir le fédéralisme « n’a pas de sens » et revient à ne pas joindre le geste à la parole, selon le ministre grec de la Politique numérique.

Dans une interview avec le journal grec Avgi, le ministre de la Politique numérique, des Médias et des Télécommunications, Nikos Pappas, proche allié du Premier ministre Alexis Tsipras, a insisté sur le fait que l’Europe devait renforcer la rhétorique concernant une intégration sérieuse.

« Le modèle de gouvernance européenne a montré ses limites et toutes les critiques dont il a fait l’objet depuis vingt ans se sont révélées juste », a-t-il observé.

Selon Nikos Pappas, l’européanisme sans fédéralisme « n’a pas de sens ». Dans une critique dissimulée envers l’opposition grecque, le ministre a déclaré que ceux qui promouvaient le mouvement pro-européen, mais ne plaidaient pas pour des changements radicaux comme une allocation chômage européenne, un budget européen plus élevé, une union bancaire et le renforcement des pouvoirs du Parlement européen, « nagent en eaux idéologiquement peu profondes ».

Le mouvement « Nous restons en Europe » a été créé en Grèce juste avant le référendum de juillet 2015 qui avait pour but de déterminer si la Grèce devait accepter les conditions du troisième plan de sauvetage. Presque tous les partis grecs d’opposition ont rejoint ce mouvement et fait campagne sur la plateforme pour insister sur le fait qu’un « non » au référendum serait synonyme de Grexit.

Cette position était partagée par de nombreux dirigeants européens, qui ont toutefois changé de rhétorique lorsque le « non » l’a finalement emporté.

Le gouvernement de gauche Syriza avait toutefois clarifié le fait que le référendum mettait en question les conditions du plan de sauvetage et non l’adhésion à l’UE.

Consensus néolibéral

Selon le ministre grec, ce qui prédomine depuis plus de vingt ans en Europe est un « consensus néolibéral », qui est tout simplement le résultat d’une coopération entre les sociaux-démocrates et les conservateurs de centre droit. « La recette fait maintenant face à une impasse », a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que l’Europe se trouvait à un carrefour et avait deux choix : soit se tourner vers l’extrême droite et revenir vers le nationalisme et l’idéologie de la haine, soit se diriger vers un programme progressiste et de gauche.

« Il semblerait que certains responsables de la démocratie sociale aient commencé à revoir les choix stratégiques qu’ils avaient faits ces vingt dernières années », a-t-il souligné.

L’effondrement de la grande coalition au Parlement européen après l’élection d’Antonio Tajani (PPE) à la présidence a été perçu comme une chance de renforcer la coopération avec les pouvoirs progressistes du côté gauche du spectre politique.

A Strasbourg, le départ de Schulz soulage les socialistes et démocrates

La décision de Martin Schulz de retourner à la politique nationale a soulagé les Socialistes et démocrates, qui sont à présent libres de former des alliances avec des partis politiques de gauche, a appris EURACTIV à Strasbourg.

Dans une récente interview avec Euractiv, Gianni Pittella, leader des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, a déclaré qu’il pourrait coopérer avec Manfred Weber et Guy Verhofstadt pour renforcer l’intégration politique de l’UE. Mais lorsqu’il s’agit du programme social et du pacte fiscal, la donne change.

« Je trouve davantage de convergences sur ces sujets avec les forces progressistes », a-t-il indiqué.

Néanmoins, une partie de la famille socialiste, surtout dans les pays de l’est, n’est pas convaincue et reste sceptique face à une telle décision.

Mis sous pression par la gauche, les socialistes européens adoptent une nouvelle approche pour l’UE, une approche fédéraliste.

Le groupe S&D a officiellement rejoint la marche pro UE le mois dernier à Rome et les eurodéputés socialistes se sont exprimés ouvertement en faveur d’une Europe fédérale et unie. Le parti ALDE était également de la partie, alors que le PPE n’a pas officiellement rejoint la marche, mais a tout de même compté sur la participation de quelques eurodéputés.

L’un d’entre eux, Elmar Brok, également président de l’Union des fédéralistes européens (UEF), s’en est pris lors d’une conférence aux partis nationalistes à travers l’Europe, mais n’a fait aucune référence à une Europe fédérale.

Réunis à Rome, les Européens se mobilisent aussi contre le nationalisme

Des milliers de citoyens européens se sont rassemblés dans la capitale italienne pour célébrer le 60ième anniversaire du traité de Rome. Et aussi pour appeler à plus d’ambition face à la montée des nationalismes. Euractiv était à Rome pour l’occasion.

Sommet Med7 en Espagne

Pendant ce temps, les États membres du sud européen se retrouvaient pour la troisième fois sous ce format le 10 avril.

Des sources du gouvernement grec, citées par l’agence de presse d’Athènes, auraient déclaré que cette coopération améliorée avait donné des résultats tangibles jusqu’à maintenant.

« Le rôle des pays du sud de l’Europe face au Benelux et aux pays de Visegrád est renforcé et encore plus soutenu via cette initiative […], mais aussi depuis le Brexit », ont déclaré les sources.

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