Thierry Breton souhaite un fonds européen de reconversion industrielle

Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton. [MSC/Müller]

Commissaire au marché intérieur, Thierry Breton répond aux critiques sur la gestion européenne de la crise sanitaire, et estime qu’une mutualisation des dettes sera nécessaire pour préserver les tissus industriels de chaque État membre. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

L’aide ostensible de la Chine à la France et l’Italie a semblé ces dernières semaines renforcer l’image d’une Europe divisée et égoïste face au coronavirus. Pour le commissaire français chargé du Marché intérieur, du numérique et de l’industrie, il est important de rétablir les faits. À ce jour, l’Allemagne et la France ont livré plus de masques à l’Italie que la Chine. L’Europe est, selon lui, le seul continent à se montrer solidaire dans cette crise, qui touche toute la planète.

L’aide ostensible de la Chine a fait débat ces derniers jours sur le comportement égoïste des Européens. Qu’en pensez-vous ?

On traverse une crise totalement inédite. Pas un seul pays sur la planète n’était préparé à un choc d’une telle ampleur. Prenez la Chine, l’Europe, les États-Unis, pas un. La Chine nous a demandé de l’aide au début de l’épidémie en janvier, et c’est ce que nous avons fait en envoyant 56 tonnes de matériel. Plus 250 millions d’euros. On nous a demandé de sauver des vies et on a été très solidaires. Un autre comportement aurait été inapproprié. Entre-temps, la Chine a augmenté ses propres capacités de production, et nous aide à présent.

L’aide chinoise à l’Italie a beaucoup fait parler…

Oui, mais à ce jour l’Allemagne et la France ont envoyé plus de masques à l’Italie que la Chine. Il faut rétablir les faits. Le moment n’est pas aux critiques, mais à la solidarité.

Les institutions européennes étaient-elles vraiment préparées ?

La Commission européenne n’avait aucun pouvoir de santé puisque c’était l’exclusive des États nationaux. En deux semaines, une demande a été faite à la Commission pour la doter du pouvoir de superviser ce qui se passe en matière d’équipements de santé, de stocks, de redistribution.

Où en est-on aujourd’hui ?

Heureusement on a beaucoup d’équipementiers en Europe, j’ai été en contact avec eux. Ils ont augmenté la production. Et on a appelé les plus grands industriels du textile en Europe (Zara, H & M, LVMH). En 24 heures ils ont pris la décision de reconfigurer les lignes de production. Il y a eu une grande réactivité. Un peu comme la Chine qui a réussi à remonter son industrie pour protéger ses personnels et produit 150 millions de masques par jour. L’objectif qui est le nôtre, c’est qu’on soit totalement autosuffisant dans les mois qui viennent dans la fabrication de ces équipements. Nous sommes bien conscients qu’une fois que la courbe commencera à décroître, il faudra sans doute, pendant un certain temps, équiper les gens qui reprennent le travail.

À quel stade sommes-nous de cette autosuffisance ?

Je ne vais pas donner de chiffres. La Chine n’en donne pas, les USA non plus, sur les stocks. Ce que je peux vous dire, c’est que la production des industries de base a été considérablement augmentée, par 2 à 3. L’autonomie complète sur ces produits est l’objectif. Maintenant, les supercalculateurs ont été mobilisés dans les centres de recherche qui dépendent de la Commission pour essayer d’anticiper le mieux possible les pics et la carte de la pandémie, pour anticiper sur les besoins et la distribution des matériels.

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Le chacun pour soi a dominé la réaction première à l’épidémie. Pour la sortie de crise, il est possible de se coordonner sur les besoins les plus urgents ?

Tout le monde a été pris de court. Et en tant que commissaire au Marché intérieur j’ai été particulièrement concerné quand la fermeture des frontières a été la première réaction. Mais on a dû intervenir face à des comportements spéculatifs et normaliser. Toutes ces barrières sont tombées, il ne reste plus que la Pologne et la Slovaquie qui ont gardé leurs frontières. Mais je suis en contact avec elles et ces barrières vont tomber également.

Donc les marchandises circulent librement au sein du marché unique ?

Oui. L’affaire est derrière nous. Il faut voir aussi ce qu’il se passe ailleurs. Aux États-Unis, par exemple, les frontières se sont fermées, qui l’eut cru. Un État qui confine, un autre complètement libre. Les gouverneurs ont pris des décisions inédites, y compris en établissant une frontière physique entre l’État de New York et celui du New Jersey. On voit des choses assez exceptionnelles qui ne sont pas spécifiques à l’Europe.

Vous préconisez une approche tracée, en impliquant les opérateurs téléphoniques, pour contenir l’épidémie et améliorer le confinement. Cela pose des questions juridiques sensibles, sur les données personnelles et le respect des droits. À quel stade en êtes-vous ?

C’est très simple. À partir du moment où la Commission s’est vue confier la supervision générale des besoins, des stocks, il fallait mobiliser les outils mathématiques les plus précis possible. Or, la quasi-totalité de l’Europe a été confinée, un fait totalement inédit. La moitié de la planète est confinée, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’Humanité. Pour que les modèles d’analyse soient les plus précis possible, il faut tenir compte du confinement et de son respect, ou non. On a demandé l’autorisation au régulateur européen des télécommunications. Non pas pour demander les données personnelles des usagers, mais les métadonnées de densité de population, à l’échelle d’une ville par exemple. Les données totalement agrégées pour permettre d’avoir cette information complètement anonymisée. Pour entrer ces paramètres dans nos modèles. Dès la fin de la pandémie, elles sont détruites.

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