Avec le traité d’Aix, Paris et Berlin prennent «leurs responsabilités»

EPA-EFE/SASCHA STEINBACH [Sascha Steinbach/ epa]

Plus de 50 ans après la signature du Traité de l’Élysée, Paris et Berlin renouvellent leur alliance pour coopérer économiquement, culturellement et politiquement. Un traité leur permettra-t-il de passer outre les différences d’opinions. Un article d’Euractiv Allemagne.

C’est Armin Laschet, ministre-président de l’État allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui a ouvert la cérémonie de signature du Traité, à Aix-la-Chapelle, en français, mardi 22 janvier.  De nombreux représentants des gouvernements français et allemand avaient fait le déplacement, tout comme des ministres, des maires, et même les présidents de la Commission et du Conseil européens, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk.

Le traité signé le 22 janvier représente « l’inverse de la doctrine ‘mon pays d’abord’ », a souligné Armin Laschet. 56 ans après le Traité de l’Élysée, Paris et Berlin se sont engagés à coopérer davantage dans les domaines de la culture, de l’éducation, de la recherche, de la mobilité et de l’action climatique.

Si l’Europe est au cœur du premier chapitre du texte, celui-ci n’est pas non plus complètement altruiste.

Emmanuel Macron, autrefois considéré comme le fer de lance d’une Europe jeune et libérale en pleine croissance, fait face à des pressions considérables au niveau national. En mai 2018, il se tenait dans la salle la plus prestigieuse de l’hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle, pour recevoir le prix Charlemagne pour son engagement en faveur de l’Europe. Depuis, le ciel s’est assombri pour « Jupiter », au plus bas dans les sondages et confronté à la crise persistante des gilets jaunes.

« Avant les élections européennes, Emmanuel Macron doit regagner l’aura qu’il avait lors de sa victoire. La signature du nouveau Traité est liée à ses espoirs de raviver la flamme », estime Julie Hamann, spécialiste au Conseil allemand de relations internationales (DGAP). À ce jour, le président n’est pas parvenu à rediriger l’attention de ses concitoyens vers l’Europe.

Ses propositions pour approfondir l’Union n’ont récolté que peu de soutien, notamment en Allemagne, où l’on craint que trop de concessions à l’UE ne renforcent le parti d’extrême droite AfD. Pour Emmanuel Macron, il devient urgent de marquer des points.

Le président français en est bien conscient, et y a fait référence dans son discours. « Je préfère regarder en face notre Europe. Elle va mal parfois, nous n’allons pas assez vite de temps en temps, mais regardez aussi tout ce que nous avons accompli », a-t-il souligné.

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L’appel lancé par Emmanuel Macron devant le Bundestag en faveur d’une relance de l’Europe ne sera probablement pas suivi d’effets, tant sa vision de l’UE reste chimérique aux yeux des Allemands, estime Albrecht Meier.

L’Allemagne amie

L’été dernier, Emmanuel Macron a fini par obtenir des promesses importantes d’« Angela », comme il l’appelle en toute simplicité, à Meseberg. Certaines de ces promesses ont été consolidées dans le traité d’Aix-la-Chapelle.

Le texte mentionne par exemple, une approche commune en matière d’exportation d’armes, un domaine dans lequel ces pays ont traditionnellement eu des points de vue totalement différents.

L’appel du président français en faveur d’une armée européenne apparaît également, du moins indirectement. Les deux pays s’engagent à « développer la capacité de l’UE dans le domaine militaire » et à établir un conseil de sécurité commun. En novembre, la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, avait rejeté l’idée de créer une armée franco-allemande. Il n’empêche, « nous n’avons jamais été aussi loin aussi explicitement dans le domaine de la défense commune », assure l’Élysée.

Julie Hamann, de la DGAP, a une vision plutôt sobre de la question. « Le traité peut engager les deux États à continuer de négocier leurs principales divergences d’opinions. Je ne m’attends toutefois pas à ce que la politique de sécurité commune soit plus facile à façonner après la signature de cet accord. »

Cela vaut également pour d’autres points, comme la politique énergétique. La France dépend largement de l’électricité nucléaire, que l’Allemagne a décidé d’éliminer. L’harmonisation prévue des lois économiques des deux pays pourrait également être un processus difficile. Lors de son allocution, la chancelière allemande a reconnu qu’il y avait du pain sur la planche.

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La plupart des 26 articles du Traité d’Aix-la-Chapelle restent vagues, et ses critiques se plaignent de l’absence de concessions concrètes.

« Bien sûr, on peut critiquer l’absence de points concrets, mais ce texte est un traité, il est fait pour durer des décennies, ce n’est pas un décret », explique Christophe Arend de La République En Marche (LREM) et président du groupe d’amitié franco-allemande à l’Élysée.

Dans une Europe « menacée par les nationalismes, bousculée par le Brexit », l’Allemagne et la France « doivent assumer leurs responsabilités et montrer la voie, de l’ambition, de la souveraineté réelle, de la protection des peuples », juge Emmanuel Macron. En encourageant les deux pays à faire entendre leur voix, il fait référence au fameux « moteur franco-allemand » de l’Europe. Celui-ci existe-t-il encore ?

Oui, estime Julie Hamann, tant que les deux États restent conscients que l’unité est nécessaire pour faire avancer les réformes européennes. Par contre, « la formule selon laquelle l’Allemagne et la France peuvent parvenir à un accord et les autres États les suivront ne fonctionne plus. La manière de faire de la politique européenne a changé à la lumière des crises majeures et des blocages internes, comme le Brexit ».

Le président français le sait bien : « aucun succès européen ne peut se construire dans l’isolement, seul ou même à deux. C’est pour cela que ce traité aujourd’hui est essentiel ». Le désir de coopération est fort, et les symboles toujours aussi importants », assure Emmanuel Macron, pour qui la puissance de l’alliance franco-allemande ne saurait être sous-estimée.

« Dans tous nos pays, les nationalismes, les populismes gagnent en importance, pour la première fois avec le Royaume-Uni, un pays quitte l’Union européenne, dans le monde entier le multilatéralisme est mis sous pression », a pour sa part insisté la chancelière allemande.

Ce qu’il faut à présent, conclut-elle, c’est la détermination de « vraiment faire vivre le traité ». « Je pense que nous avons la détermination absolue de le faire. »

Traité d'Aix-la-Chapelle : 14 projets et des critiques

La signature du traité d’Aix-la-Chapelle, mardi 22 janvier, a été suivi de l’annonce de projets concrets, conséquences du traité. Les pro-Européens soulignent le manque d’ambition du traité, alors que l’extrême-droite veut saisir le Conseil constitutionnel.

 

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