Le PPE veut remodeler l’Union économique et monétaire

Exclusif. Une économie tournée vers l’innovation, où les règles sont respectées et le marché du travail est souple, aidera l’Europe à assurer sa position dans un monde en constante mutation, selon un document du Parti populaire européen consulté par Euractiv.

Le Parti populaire européen (PPE), de centre droit, présente aujourd’hui, le 28 février, sa vision pour l’avenir de l’Union économique et monétaire (UEM).

Euractiv s’est procuré la contribution du PPE à la consultation de la Commission européenne dans le livre blanc sur l’avenir de l’Europe.

>> Lire : La Commission façonne sa nouvelle vision de l’Europe pour fin 2017

Le PPE propose d’apporter trois changements principaux à la zone euro dans le but de l’ajuster à la nouvelle réalité mondiale : séparer les États de leurs banques nationales, assouplir le marché du travail et lever les obstacles à l’investissement pour les entreprises européennes les plus innovantes.

Par ailleurs, le document demande à la Commission de s’assurer que les règles budgétaires sont respectées par les États membres et soutient que la solidarité doit bien être présente, mais pas « sans conditions ».

Le PPE souligne aussi la nécessité de procéder à des réformes dans les pays européens lorsque leur économie prospère et non pas quand l’économie d’un État membre est à l’épreuve. Étant donné que le PPE détient actuellement les présidences des trois institutions de l’UE, il y a une grande chance pour que les priorités du centre-droit soient reflétées dans le livre blanc de la Commission.

>> Lire : Un vote historique porte Tajani à la présidence du Parlement

Séparer l’État et les banques

Selon le document, la création d’une Union bancaire est indispensable pour sauvegarder l’argent du contribuable.

Pour le président du PPE, Joseph Daul, il est dans l’intérêt des citoyens européens que les banques et l’État soient séparés l’un de l’autre.

« Nous voulons protéger les économies des citoyens et nous assurer que jamais plus l’argent du contribuable n’est utilisé pour porter secours aux banques ou à ceux qui ont pris des décisions mauvaises et irresponsables dans leurs affaires », a déclaré Joseph Daul, soulignant qu’une séparation nette entre les banques et l’État servira de « porte coupe-feu pour éviter que les problèmes d’une banque ne se propagent dans une autre ».

Le centre droit voit l’interdépendance entre les Etats et leurs banques nationales comme un gros problème pour la stabilité de l’économie de l’UE et rappelle que la crise bancaire précédente « a été source de grandes difficultés pour les pays »

Restructuration de la dette et défaut ordonné

Tant que des pays seront endettés, le PPE prévient que la dette d’un État membre ne peut pas devenir la responsabilité des autres et que par conséquent, la « clause de non-sauvetage » devrait être défendue.

« Il est néanmoins important de comprendre que la clause de non-sauvetage ne doit pas être confondue avec la solidarité entre les États membres et leurs citoyens lorsqu’un pays fait face à des difficultés », explique le document.

Le PPE estime que l’aide fournie par le passé aux pays en difficulté était une bonne décision, mais qu’à l’avenir, si « tout espoir de salut dépasse la limite du raisonnable, la restructuration de la dette et un défaut de paiement ordonné devront être envisagés ».

« La clause d’action collective (CAC) a été introduite dans le cadre du traité instituant le mécanisme européen de stabilité. Toutefois, l’utilisation du CAC est gravement entravée par le lien étroit entre les pays émettant la dette et leurs banques nationales », regrette le PPE.

La séparation entre États et banques nationales est un processus long, qui pourrait prendre entre 15 et 20 ans, mais, sans cette séparation, la CAC ne sera jamais fonctionnelle.

Solidarité conditionnelle

Le PPE souligne par ailleurs la nécessité d’une certaine solidarité entre États membres, qu’il assortit cependant de conditions. « Nous voulons que ce soutien dépende de la mise en place, par l’État membre en question, d’actions correctives et de réformes. Le soutien accordé par les États membres de l’UE ou les institutions doit avoir le statut de créancier privilégié – et être protégé des ‘décotes’ puisque notre intention n’est pas de soutenir les plans de sauvetage. »

Dans le cas où la situation d’un État membre est considérée comme intenable, alors la clause de non-sauvetage doit être appliquée et la CAC utilisé pour remettre le pays en question sur le droit chemin.

« Nous pensons que cette manière de faire ne déstabilisera pas le marché des obligations souveraines, mais le rendra au contraire plus rigoureux. En même temps nous considérons qu’utiliser la CAC rendra les ajustements plus rapides et permettra à l’État membre en question de mettre en place les réformes et les actions correctives nécessaires pour retrouver rapidement la stabilité. »

>> Lire : Lisbonne plaide pour la création d’un Fonds monétaire européen

Un marché du travail souple, mais social

La transformation du marché du travail européen est au centre de la vision du PPE pour l’avenir de l’Europe. En le rendant plus souple, cela aura des effets à tous les niveaux sur l’employabilité.

« Les marchés du travail doivent être souples pour répondre rapidement aux changements et faire du processus de recherche d’emplois vacants un processus plus efficace. Des marchés plus flexibles nous permettraient aussi de régler le problème d’inadéquation des compétences ; pour cela, la mobilité à l’intérieur de la zone euro est vitale », indique le document.

Cette souplesse doit toutefois être récompensée par des normes sociales élevées et un équilibre durable entre vie professionnelle et vie personnelle.

Carrefour d’innovation

Un autre élément important du document est la volonté de faire de l’Europe un carrefour d’innovation, capable de se mesurer aux États-Unis.

Pour Joseph Daul, l’innovation est la clé de la croissance et du succès. « C’est là que nous devons concentrer nos efforts pour faire de l’Europe la meilleure plateforme de talents du monde. Nous devrions accueillir à bras ouverts les innovations radicales pour que notre continent soit le lieu de naissance des prochains Facebook ou Apple », a-t-il déclaré à Euractiv.

Le PPE reconnaît que l’UE est à la traine comparée aux États-Unis en ce qui concerne les entreprises innovantes, et suggère donc la création d’un environnement qui permettra l’éclosion de nouveaux talents.

Selon ses membres, un nouveau cadre pour l’accès aux financements est aussi nécessaire pour encourager ces entreprises à investir en Europe.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.