Tusk contre l’Europe à plusieurs vitesses

Donald Tusk, président du Conseil européen, prône l'unité de l'UE. [European Council]

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, voit la proposition d’une intégration européenne à plusieurs vitesses comme un avertissement. Pour lui, l’unité de l’union devrait être la priorité après le Brexit.

Donald Tusk est convaincu que si un nouveau projet devait naître à Rome, ce devrait être celui de « l’unité » et non pas d’une Europe à « plusieurs vitesses », a déclaré un haut responsable européen le 6 mars, en faisant référence au sommet de Rome qui se tiendra à la fin du mois.

En septembre dernier, l’Union annonçait vouloir présenter une nouvelle vision pour l’Europe après le Brexit. Le débat sur l’avenir de l’Europe pourrait cependant durer plus longtemps que prévu, étant donné que les États membres de l’UE ne sont pas d’accord sur la manière de surmonter la « crise existentielle » à laquelle est confronté le projet européen.

Le 9 mars prochain, les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se rassembleront pour le Conseil européen de printemps à Bruxelles. La santé économique de l’Union, le lancement d’une coopération renforcée pour la création d’un parquet européen et la question des Balkans occidentaux seront à l’ordre du jour.

>> Lire : La Commission façonne sa nouvelle vision de l’Europe pour fin 2017

Donald Tusk présidera aux discussions sur l’avenir de l’Europe le 10 mars en compagnie de tous les dirigeants européens, à l’exception de la Première ministre britannique, Theresa May. Ce débat s’est intensifié depuis la publication du livre blanc de la Commission européenne à ce sujet, selon lequel la Commission envisage cinq scénarios possibles.

Les dirigeants français, allemand, espagnol et italien, qui se sont entretenus à Versailles le 6 mars, soutiennent l’idée d’une Europe à géométrie variable. Cette option permettrait aux gouvernements nationaux qui souhaiteraient s’intégrer davantage de le faire sans que les autres États membres en pâtissent, en mettant sur pied un cadre institutionnel plus structuré, ouvert à tous. Les détails et répercussions de l’Europe « à deux vitesses » restent cependant flous.

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Dans sa lettre adressée aux dirigeants européens avant le sommet de la Valette en janvier dernier, Donald Tusk a préconisé que ceux-ci renouvellent leur « déclaration de foi » en un « objectif d’intégration plus profonde ».

Le 7 mars, un haut responsable européen a toutefois souligné que le président du Conseil européen était convaincu que « le but ultime » devait être « l’unité ». L’ancien Premier ministre polonais se montre cependant en faveur du recours à l’instrument de coopération renforcée existant déjà dans les traités.

Le même responsable a également fait remarquer que Donald Tusk était contre « l’esprit » du débat actuel, dans lequel l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses impliquerait d’exclure certains États membres du processus d’intégration. Cette option serait un « avertissement », a-t-il ajouté.

Les pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) adoptent le même point de vue. Ces pays, parmi les plus réticents à intensifier l’intégration européenne, ont souligné après la publication du livre blanc que « l’unité de l’UE est d’une importance vitale et devrait toujours être le point de départ de notre approche ».

>> Lire : Le groupe de Visegrád craint d’être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est également conscient de la peur des partenaires d’Europe centrale et orientale de devenir des citoyens de deuxième classe. Même s’il avait initialement soutenu une Europe à géométrie variable, des sources européennes ont déclaré qu’il favorisera au final « plus d’Europe » dans son discours sur l’état de l’Union en septembre prochain.

Dans les mois à venir, tous les regards seront tournés vers l’Allemagne. La chancelière Angela Merkel a indiqué après le mini-sommet de Versailles qu’une Europe à plusieurs vitesses était « nécessaire ». « Nous devrions avoir le courage de permettre à certains pays d’aller de l’avant, d’avancer plus rapidement que d’autres. La coopération peut rester ouverte aux autres pays », a précisé la chancelière.

Des responsables allemands ont cependant déclaré à Euractiv que l’unité devait également faire partie de la formule. Autrement, l’UE imploserait.

Les élections générales de septembre prochain en Allemagne pourraient dissuader Angela Merkel d’exprimer sa vision de l’avenir de l’Europe, étant donné que l’intégration de l’Union économique et monétaire reste une question controversée dans son pays.

>> Lire : Juncker luttera pour «plus d’Europe» après le Brexit

 

  • 9-10 Mars: Conseil européen
  • 25 Mars: Sommet de Rome

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