Un site Internet néerlandais révolte l’Europe centrale

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L'homme politique néerlandais de droite Geert Wilders a lancé un site Internet, invitant la population à dénoncer les Polonais, les Roumains et les Bulgares causant des « nuisances » aux Pays-Bas. Sofia, Bucarest et Varsovie se sont dites outrées par cette initiative. Un reportage du réseau EURACTIV en Europe centrale.

Le Parti pour la liberté de M. Wilders (PVV) a déjà rassemblé des milliers de dénonciations depuis le lancement du site Internet cette semaine. Ce site invite les citoyens néerlandais à rapporter les nuisances, la pollution, les problèmes liés au logement ou la concurrence sur le marché de l'emploi causés par les citoyens européens en provenance de Bulgarie, de Pologne et de Roumanie.

Le PVV est le troisième plus grand parti aux Pays-Bas. Dans le cadre de la formation de l'actuel gouvernement du premier ministre, Mark Rutte, la participation active du PVV a résulté en l'adoption d'un « accord de soutien » avec les trois partis de la coalition.

Le parti de M. Wilders estime qu'environ 200 000 à 350 000 personnes originaires de ces pays vivent et travaillent aux Pays-Bas.

« Vous causent-ils des problèmes ? Avez-vous perdu votre emploi au bénéfice d'un Polonais, d'un Bulgare, d'un Roumain ou d'un autre citoyen d'Europe centrale ou orientale ? Nous souhaitons recevoir vos commentaires », peut-on lire dans la déclaration d'ouverture du site Internet.

Le PVV affirme s'être battu depuis le début contre l'ouverture du marché du travail aux Polonais et aux autres citoyens de l'UE. Les Polonais jouissent d'un accès total au marché du travail néerlandais, contrairement aux nouveaux venus dans l'UE, les Bulgares et les Roumains, qui en disposeront à partir du 1er janvier 2014.

Voici ce que l'on peut lire sur ce site : « Nous sommes là pour vous écouter. Le Parti pour la liberté propose une plateforme sur ce site Internet pour récolter vos témoignages. Nous vérifierons ces plaintes et soumettrons les résultats au ministère des affaires sociales et de l'emploi. »

Le lancement de ce site a suscité l'émoi des trois pays concernés. Un porte-parole de l'ambassade polonaise aux Pays-Bas a déclaré que la manière dont M. Wilders qualifiait les travailleurs polonais de « pollueurs du marché du travail néerlandais » était insultante.

L'ambassade a porté plainte, mais le médiateur néerlandais a affirmé qu'il n'avait pas l'intention d'agir, dans la mesure où les actions des partis politiques n'entrent pas dans ses compétences.

En Roumanie, le ministère des affaires étrangères a demandé à son ambassade à La Haye d'exprimer son mécontentement et de demander aux autorités néerlandaises de réagir de manière appropriée, étant donné le « caractère discriminatoire de ce site qui va à l'encontre des valeurs européennes ».

Vessela Cherneva, la porte-parole du ministère bulgare des affaires étrangères, a déclaré que son pays ne pouvait pas accepter que l'un des membres fondateurs de l'UE tolère des incitations à la haine, à la discrimination et à la xénophobie en totale contradiction avec la charte européenne des droits fondamentaux. Elle a également demandé au gouvernement néerlandais de se démarquer de l'initiative de ce parti et de prendre les « mesures qui s'imposent ».

Matthew Newman, le porte-parole de la vice-présidente de la Commission Viviane Reding, en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a affirmé que l'exécutif européen était au courant de cette affaire et était sur le point de faire part de sa position sur le sujet.

 

Les travailleurs bulgares et roumains jouissent aujourd'hui de tous les droits européens de liberté de circulation dans 16 Etats membres : Chypre, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède.

Des restrictions demeurent en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en France, en Irlande, au Luxembourg, à Malte, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Ces pays requièrent des citoyens bulgares et roumains qu'ils disposent d'un permis de travail.

A partir de janvier 2014, sept ans après leur adhésion à l'UE, la Bulgarie et la Roumanie pourront jouir d'une totale liberté de circulation.

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