Un troisième mandat pour José Manuel Barroso ?

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La vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding a appelé le président de la Commission, José Manuel Barroso, à conserver sa place pour un troisième mandat, après avoir tenu des propos houleux sur le premier ministre roumain, Victor Ponta.

Lors d'un entretien avec EURACTIV, Mme Reding, commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, a déclaré qu'elle souhaitait personnellement que M. Barroso effectue un troisième mandat. Elle a précisé qu'elle serait satisfaite de renouveler sa position de vice-présidente. 

Dans les traités de l'UE, rien n'empêche le président de la Commission de se porter candidat à un troisième mandat consécutif, mais cela ne s'est jamais produit.

Lors de la publication de cet article, la porte-parole de la Commission européenne Pia Ahrenkilde Hansen ne souhaitait pas répondre à la question d'EURACTIV quant à la volonté de M. Barroso d'effectuer un troisième mandat.

Mme Reding a tenu ces propos suite à une querelle avec le premier ministre roumain, Victor Ponta, qui a commencé avec un entretien publié par Le Monde et dans lequel elle a qualifié de « putsch » les événements récents en Roumanie. Elle a ajouté qu'elle ne serait pas surprise si les pays de l'UE faisaient une distinction claire entre les candidatures de la Roumanie et de la Bulgarie à l'adhésion à l'espace Schengen de libre circulation.

L'adhésion à Schengen est la priorité absolue des deux pays depuis deux ans, mais certains Etats membres y sont fermement opposés.

Campagne électorale

Comme l'a rapporté EURACTIV Roumanie, M. Ponta a répondu que les commentaires de Mme Reding lui importaient peu dans la mesure où la commissaire est selon lui « en campagne électorale » et brigue la présidence de la Commission.

Ce n'est en effet pas la première fois que le nom de Mme Reding est évoqué pour la succession de M. Barroso, en tant que candidate du Parti populaire européen (PPE), actuellement le plus grand groupe au Parlement européen.

Lors d'un entretien avec EURACTIV Italie publié aujourd'hui, M. Reding a esquivé une question quant à ses ambitions de candidature au poste de présidente de la Commission. « Pour moi, le poste de commissaire européen à la justice est le poste idéal : aujourd’hui, je suis chargée de faire de l'Europe un continent de justice et de droits fondamentaux, proche de ses citoyens. »

« En plus, avec José Manuel Barroso, nous avons un président très qualifié et très actif. Je l'admire pour sa force, son intelligence juridique, sa patience et son bon sens face à la crise actuelle », a-t-elle poursuivi.

« Il est un peu plus jeune que moi [56 ans contre 61]. Je souhaite personnellement que José Manuel Barroso serve un troisième mandat, car je suis convaincue que nous aurons besoin de continuité et de stabilité à la tête des gouvernements dans les années à venir, afin de rendre l'Europe plus forte et plus résistante face à d'éventuelles crises. »

« Bien sûr, s'il a besoin de vice-présidents, je pourrais envisager cette possibilité, car j'aime ce travail », a-t-elle ajouté.

M. Barroso, ancien premier ministre du Portugal, a été choisi par les chefs d'État et de gouvernement et sa candidature a été approuvée par le Parlement européen en 2004. Il est alors devenu le 11e président de la Commission. Lorsque son parti de centre-droit PPE a remporté les élections européennes en 2009, M. Barroso a été nominé par le Conseil pour un second mandat, le 17 juin 2009. Le Parlement lui a apporté son soutien le 16 septembre de la même année. Il a alors entamé son second mandat quinquennal.

S'il arrive au terme de ce mandat, il sera le second président de la Commission à effectuer deux mandats après Jacques Delors, qui a en fait effectué une année de son troisième mandat en 1994.

Collège électoral

Mme Reding a fait part à EURACTIV de sa conviction que le président de la Commission devrait être directement élu par le Parlement européen, qui représente les citoyens européens.

L'idée que les candidats de chaque famille politique devraient être annoncés par avance lors des prochaines élections européennes de 2014 gagne du terrain. Traditionnellement, la famille politique qui remporte ces élections obtient également le droit d'investir son candidat à la présidence.

Il est toutefois possible que la sélection de M. Barroso au sein de son groupe politique ne soit pas une mince affaire.

En tant que détenteur du poste exécutif le plus important de l'Union depuis des années, en ces temps de crise, il est au coeur de tous les débats.

L'un de ses opposants les plus virulents, le leader du groupe libéral, Guy Verhofstadt, lui reproche de ne pas faire bon usage du droit d'initiative de la Commission dans la crise de la zone euro. Les Socialistes et Démocrates de centre-gauche, le second groupe au Parlement européen, le considèrent comme « une girouette ».

Ils affirment qu'il a « volé » certaines idées à d'autres groupes politiques, mais les a vidées de leur sens. Pour le public au sens large, M. Barroso apparaît parfois comme un leader dénué de charisme à la tête de la bureaucratie européenne, bien payé et hors d'atteinte pour les citoyens ordinaires. Lors de ses deux mandats, il a toutefois réussi à éviter toute controverse ou gaffe majeure.

Quand il se sentait en sécurité, il a tenté de faire preuve d'éloquence à plusieurs occasions. Il s'en est pris aux conservateurs britanniques lors de la crise de la zone euro et a accusé le gouvernement roumain d'avoir « ébranlé » la confiance de l'UE.

Même si les groupes politiques n'ont pas encore sélectionné leur candidat pour les élections européennes de 2014, le nom de Donald Tusk, le premier ministre polonais, a été évoqué dans certains quartiers du camp PPE. 

Pour les Socialistes & Démocrates, Martin Schulz semble être en tête.

Le 12 septembre, M. Barroso prononcera son troisième discours sur l'état de l'Union (voir « Contexte »), de sa propre initiative. Ce discours s'inspire cependant du modèle américain. Le même jour, la Cour constitutionnelle allemande devrait rendre sa décision sur la compatibilité du fonds de sauvetage permanent de l'UE, le Mécanisme européen de stabilité (MES), avec la législation du pays.

Jeudi (6 septembre), les commissaires se retireront dans la ville d'Overijse, en périphérie de Bruxelles, pour préparer le discours de M. Barroso.

Alors que ses intentions restent floues, M. Barroso a ouvert hier un compte Twitter : @BarrosoEU. En quelques heures, plusieurs milliers de personnes se sont inscrites pour suivre son compte.

Le discours sur l'état de l'Union, qui s'inspire largement des pratiques américaines, est une récente initiative du président de la Commission, José Manuel Barroso. Il a prononcé son premier discours l'année dernière dans une atmosphère chaotique. Certains disent que les eurodéputés avaient été forcés d'y assister.

Lors de son second discours annuel sur l'état de l'Union prononcé le 28 septembre 2011, José Manuel Barroso a reconnu que l'UE était face à la crise de confiance la plus sévère de son histoire. Il a présenté des propositions pour avancer vers une union économique, appelant les dirigeants européens à soutenir une meilleure intégration.

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